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La Toussaint: le cimetière Saint Jean a de la place pour vous !
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La Toussaint: le cimetière Saint Jean a de la place pour vous !
L’incinération est toujours moins pratiquée que l’inhumation chez les catholiques. C’est ce que confient Jacques Dinan, président de la Fabrique du cimetière Saint-Jean, et Tony Thomas, le cadre responsable du cimetière depuis maintenant 14 ans. À titre indicatif, en 2017, seuls 77 défunts y ont été incinérés. C’était sans doute selon leur dernière volonté.
En 2015, un recensement a été effectué pour déterminer le nombre de concessions laissées à l’abandon. Les résultats démontrent que le cimetière n’est plus saturé.
La Fabrique a initié un inventaire des concessions abandonnées depuis cinq ans et plus. Cette instance a commencé par envoyer des circulaires aux concessionnaires et à publier des avis de presse leur demandant de se rapporter à la Fabrique. De nombreux concessionnaires l’ont déja fait.
Sur les 30 sections du cimetière, sept ont été recensées jusqu’ici. «En février 2015, nous avons recensé 290 tombes abandonnées dans la section A et B. En avril 2016, il y avait 262 tombes abandonnées dans les sections C et D. En avril dernier, nous avons recensé 198 tombes inertes dans les sections Dbis, E et F.» On ne peut donc plus parler de saturation puisque des concessions non réclamées sont disponibles. Comme ce recensement n’est pas terminé, il y a tout à parier que d’autres tombes seront déclarées inertes.
Un délai sanitaire de cinq ans est imposé entre deux inhumations par les autorités. Cela ne s’applique pas aux urnes funéraires contenant les cendres de personnes incinérées.
De même, alors que pour une inhumation, il faut briser la pierre tombale et fouiller un trou de six pieds – d’où l’expression six pieds sous terre – pour l’urne funéraire, il suffit, après avoir brisé la pierre tombale, de fouiller un trou de moins d’un pied et y placer l’urne avant de la recouvrir de terre. Toutefois, même dans le cas de l’enterrement d’urnes funéraires, la Fabrique doit être avertie. Tony Thomas raconte que certaines per- sonnes veulent parfois verser directement les cendres du disparu sur les tombes. Une telle démarche n’est pas autorisée.
Près de 17 000 tombes et caveaux
Le cimetière Saint-Jean, dont l’aménagement date de 1849, contient près de 17 000 tombes et caveaux, répartis en 32 sections. La Fabrique est, cependant, incapable de dire exactement combien de défunts y ont élu leur dernière demeure avant 1960. Car en emportant la toiture de l’église, la pluie et les violentes bourrasques du cyclone Carol ont abîmé les registres qui étaient conservés à la sacristie. «Tout a été perdu», déclare Jacques Dinan. «Mais il devait y avoir beaucoup de monde car Saint-Jean était la seule église pour toutes les Plaines-Wilhems à l’époque». Pour refaire les registres, le personnel de l’époque de la Fabrique a dû comptabiliser les noms sur les épitaphes et faire aussi appel aux familles dont les défunts étaient enterrés au cimetière.
La situation était devenue assez chaotique au cimetière. Des entrepreneurs de toutes sortes offraient leurs services aux familles des défunts et certains en profitaient au détriment des autres.
Le prêtre spiritain Jean-Luc Rencker, qui était le prêtre de la paroisse, a donc décidé en 1995 d’y mettre bon ordre. Il a demandé aux concessionnaires de s’acquitter d’une somme de Rs 300 pour l’entretien du cimetière et ses allées. L’entretien des tombes et des caveaux revenaient, toutefois, aux concessionnaires.
Actuellement, la Fabrique emploie à plein-temps 16 personnes : des jardiniers, de peintres et des fossoyeurs. «Nous gardons un œil sur ceux qui ne sont pas employés par nous et qui proposent leurs services aux visiteurs surtout les 1er et 2 novembre. Les membres de la sécurité à l’entrée ont fait des photocopies de leur carte d’identité. À la moindre plainte, nous tâchons de les identifier et leur demandons de rembourser. S’ils ne le font pas, ils sont interdits d’entrée au cimetière. À vie», précise Tony Thomas.
Que fait-on des restes des défunts quand une concession abandonnée est donnée à un autre concessionnaire ? «On laisse les ossements sur place. On enlève l’épitaphe et on la conserve car un de nos projets est d’aménager un coin spécial avec les épitaphes de tombes non réclamées. Nous avons un devoir de mémoire», déclare Jacques Dinan. Tony Thomas précise que quand il s’agit de tombes et de caveaux datant des années 1800, la Fabrique ne les alloue pas à de nouveaux concessionnaires. «Vu leur grand âge, nous allons les considérer comme des monuments du patrimoine.»
Bien que l’incinération soit moins prisée que l’inhumation, la Fabrique a déjà évoqué un projet d’aménagement d’un columbarium. Il s’agit d’un bâtiment pourvu de niches où l’on place les urnes funéraires avec les cendres des défunts. Les familles peuvent venir s’y recueillir. «Ceux qui ne possèdent pas de concession au cimetière Saint-Jean en ont déjà fait la demande», dit Tony Thomas. «Il n’y a pas d’urgence mais on se rend compte que les choses vont évoluer et que nous devrons un jour faire des provisions», ajoute Jacques Dinan.
La Fabrique de Saint-Jean surplombe le cimetière. La grande croix à l’entrée a dû être enlevée car ceux qui entretiennent le cimetière en avaient assez de retrouver, au petit matin, des coqs décapités, des bougies et des limons au pied de ce monument. «C’est à cause de ces pratiques occultes que la grande croix a été enlevée». Faudrait-il craindre les revenants alors ? «Je n’en ai pas vu », dit Jacques Dinan en riant. «Laissons cela à ceux qui fêtent Halloween !».
Rumeurs de fantômes
Tony Thomas, lui, parle de rumeurs de fantômes. Il se rappelle l’histoire d’un jeune homme qui avait pris une voiture une jeune femme trempée qui marchait dans les environs de Saint-Jean. Il lui aurait prêté son blouson et l’aurait ramenée chez elle. En allant récupérer le blouson le lendemain, quelle ne fut sa surprise, d’apprendre que la jeune femme était morte depuis des années. «Ce sont des fables», estime-il.
À l’écouter, ce sont des vivants dont il faudrait se méfier. «On a beaucoup de problèmes avec ceux qui survivent aux morts», dit-il. Il précise que des disputes familiales se poursuivent parfois jusqu’à devant la tombe. Tony Thomas ajoute qu’il n’oubliera pas de sitôt le cas d’un frère et d’une sœur qui étaient censés se partager une concession à leur mort. Le frère, lui, ne voulait absolument pas qu’elle serve aussi sa sœur. «Elle a dû aller en cour et l’affaire a pris des années mais la sœur a remporté le procès car la cour a statué qu’elle avait le même droit que son frère sur la concession.»
Les responsables du cimetière ont également été les témoins de disputes entre plusieurs couples, le mari ou la femme ne voulant pas qu’un membre de sa belle-famille soit enterré dans la concession commune. «L’ancien cadre responsable du cimetière a même dû aller en cour représenter le bureau car un couple nous avait mis au centre de sa dispute. Pour éviter des réclamations et des ennuis, nous conseillons aux concessionnaires de désigner la personne qui les succédera et de jurer un affidavit pour que nous ayons toutes les preuves sur le papier. Cela peut paraître routinier mais la gestion d’un cimetière n’est pas de tout repos.»
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