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Martine Guildhary: le savoir-faire d’une pionnière de la confection

23 décembre 2017, 18:46

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Martine Guildhary: le savoir-faire d’une pionnière de la confection

Où aller si vous êtes une femme en quête de vêtements exclusifs, à la coupe impeccable, cousus main, avec un souci du détail et pas hors de prix ? Tout simplement sur Facebook à la page Trésors de M. M aurait pu être Maurice ou Mascareignes. En réalité c’est M pour Martine Guildhary, une des pionnières de la confection à Maurice.

Martine Guildhary a longtemps cousu pour des particuliers et a été partie prenante du lancement du prêt-à-porter industriel au début du boom textile avant de ne travailler qu’avec des boutiques huppées à La Réunion. C’est sa fille Clothilde et son gendre Xavier Clément qui l’ont incitée à créer de petites collections exclusives toutes les trois semaines pour les Mauriciennes et à faire son marketing sur Facebook. Mais ne brûlons pas les étapes.

Martine Guildhary vient d’une longue lignée de couturières aux mains habiles. Son arrière-grandmère, sa grand-mère et sa mère cousaient pour de grandes familles comme celle du gouverneur sir William Stevenson, la famille Ireland ou encore pour Mme Amédée Maingard. Pour connaître les tendances, elles sont abonnées aux magazines officiels de grands couturiers comme Balmain ou Dior, d’immenses revues vintage que Martine Guildhary conserve encore précieusement.

À l’époque, elle est encore enfant. Mais elle ne veut qu’une chose, faire comme les adultes qu’elle voit manier l’aiguille. Elle commence par demander comme cadeau de Noël qu’on lui donne du tissu et qu’on lui apprenne à broder puis à coudre. Une fois qu’elle en maîtrise les rudiments, elle vole des chutes de tissus et fabrique des robes pour ses poupées. «J’ai grandi ainsi, entourée de tissus nobles et de belles choses.»

Après l’école, si elle démarre dans la vie professionnelle en tant qu’employée d’un voyagiste, elle n’y reste pas longtemps. Car elle veut se consacrer à la couture. Pour se perfectionner, elle suit des cours de couture et surtout de patronage par correspondance. Dès qu’elle est prête, elle se met à coudre pour ses amies et connaissances, la plupart du temps pour des femmes plus âgées qu’elle.

À la fin des années 70, elle est approchée par un agent recruteur pour agir comme styliste et patronnière pour l’usine Best Garments, qui vient d’ouvrir ses portes à Quatre-Bornes. Elle accepte, même si coudre pour des individus et le faire à l’échelle industrielle sont deux choses différentes. Mais Martine Guildhary s’accroche et apprend à travailler de façon industrielle. Si bien qu’elle réalise vite que pour durer dans ce métier, il faut maîtriser les deux genres. «Travailler à l’échelle industrielle te donne la rapidité à monter une pièce et perfectionne ton patronage.»

Lorsque Best Garments lance en parallèle une ligne locale sous le nom d’Astor Fashion, Martine Guildhary est responsable de la production, dudesign au produit fini, de cette usine de prêt-à-porter industriel pour le marché local. «Là, je me suis épanouie.» Sous sa houlette, Astor Fashion organise les premiers défilés de mode à Maurice. «Tout le monde s’est mis à acheter du prêtà- porter local et Astor Fashion fournissait plusieurs boutiques. Mon rôle était de dessiner des modèles et de faire les patrons qui étaient cousus par les ouvrières.»

Lorsqu’un des partenaires de Best Fashion s’installe à La Réunion et veut que Martine Guildhary le suive, elle refuse car elle vient de donner naissance au premier de ses quatre enfants. Lorsque le textile est saturé au début des années 90, elle se dit qu’il est temps de se mettre à son compte en confectionnant des vêtements pour des boutiques locales. Elle ouvre son atelier à Vacoas qui tourne avec une dizaine d’ouvrières. Elle conserve jalousement ses prérogatives de conception des modèles, d’élaboration des patrons et la coupe des tissus.

Dès ce moment, elle se met à exporter ses modèles à des boutiques huppées à La Réunion. Elle fabrique une dizaine de pièces par jour, ce qui n’est pas la mer à boire, estime-t-elle. Ce qu’elle aime avec ses commanditaires réunionnais, c’est qu’ils lui laissent carte blanche. «Ils vont me donner la tendance générale et me laissent faire. Ils viennent ensuite pour les essayages une fois le mois et s’il y a des ajustements à faire, on modifie en conséquence», explique-t-elle. Leur clientèle est composée essentiellement de professionnelles.

C’est sa fille Clothilde et son mari, Xavier Clément, ancien directeur d’achat, qui insistent pour qu’elle lance une griffe pour les Mauriciennes. Martine Guldhary n’est pas contre mais elle veut avoir les coudées franches et laisser parler sa créativité. «Nous sommes tombées d’accord pour 12 à 15 modèles par mois pour que les femmes aient une certaine exclusivité.»

Elle a fureté du côté de ses fournisseurs de tissus pour trouver la tendance actuelle qui est de la viscose aux motifs imprimés exotiques, soit avec des fleurs colorées, des feuilles, des oiseaux, des motifs africains mais aussi des bandes imprimées et de petits pompons ou petits accessoires indiens en métal. Et au niveau de la coupe, la tendance est à l’oversized, soit des tailles larges pour obtenir une fluidité. Question longueur, c’est sous le genou.

En une semaine, Martine Guildhary a réalisé sa première collection griffée Trésors de M et sa page Facebook éponyme sur laquelle ont été postées les photos des modèles disponibles, leurs tailles et leur prix qui ne vont pas au-delà de Rs 2 000. Elle et sa fille ont été surprises par le nombre de vues, de demandes de renseignements et de commandes subséquentes. Et les deux jours de vente privée organisée chez sa fille à Balaclava ont été une réussite.

Le best-seller de cette première collection a été une robe noire avec un chaînon bronze dans le dos mais d’autres modèles comme la robe aux tons dégradés ou la petite robe noire à imprimés fleuris se sont aussi arrachés. «Je sais que si je lance cette collection à La Réunion, je ferai un carton. Mais à chaque pays son marché», dit Martine Guildhary qui compte réalimenter sa page Facebook avec de nouveaux modèles tous les 15 jours. «J’ai déjà mes tissus et des modèles en tête. Mais j’ai besoin d’adrénaline pour me booster et de ce fait, j’attends de me sentir sur la corde raide pour que la créativité fuse.»

Martine Guildhary aurait adoré lancer une collection été 2018 en France. Mais pour cela, il faudrait que ladite collection soit prête en février et livrée en avril 2018. «J’ai toujours craint de ne pouvoir fournir à temps. Lorsqu’on fait une collection en France, il faut choisir ses tissus unis, les impressions que l’on veut y mettre et commander au moins 1 000 mètres au minimum par couleur pour commencer. Je n’ai pas les reins financiers suffisamment solides pour cela.» Mais on peut rêver… En attendant, n’hésitez pas à consulter la page Facebook Trésors de M.

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