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Dr Deqo Mohamed: améliorer la vie des femmes par l’éducation et la santé
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Dr Deqo Mohamed: améliorer la vie des femmes par l’éducation et la santé
Cette professionnelle de 42 ans est surprise d’avoir décroché ce prix. «J’étais choquée mais en même temps très touchée. Je ne m’attendais pas à recevoir un prix de mon propre continent. Les marques d’affection que je reçois des gens indiquent que l’Afrique change. Les personnes reconnaissent le dur labeur des gens simples.» Selon le Dr Deqo Mohamed, ce n’est plus la reconnaissance des politiciens et des célébrités. Il s’agit de respect et d’appréciation d’un être humain et de la différence qu’il apporte au monde qui l’entoure. «Ce prix me donne de l’espoir et m’inspire à continuer à faire ce que je fais», dit-elle.
Deqo Mohammed est originaire de Mogadishu, en Somalie. Ce pays africain est considéré comme l’un des plus corrompus d’Afrique mais aussi l’un des plus pauvres, miné par des actions terroristes de radicaux islamistes. Ce qui ne rend pas les choses faciles pour le Dr Hawa Abdi, mère du Dr Mohamed, qui est aussi gynécologue-obstétricienne et qui a étudié la médecine en Russie.
La mère du Dr Mohamed a une philosophie de vie bien particulière, comme le raconte sa fille. «Elle ne baisse jamais les bras et estime qu’il y a toujours une solution à un problème. Elle fait passer les autres avant elle et les englobe dans ses solutions. La solution pour elle est de s’oublier pour penser aux autres.»
C’est justement pour venir en aide à près de 300 familles de réfugiés, majoritairement des femmes et des enfants, déplacés par les différents conflits armés, que le Dr Abdi a racheté des terres en 1983 et les a converties en camp sur lequel elle a fait aménager un hôpital pour femmes, des maisons et des écoles. Bien avant d’aller étudier la médecine en Russie, le Dr Mohamed prêtait déjà mainforte à sa mère pour l’ouverture de la clinique obstétrique pour femmes. Lorsque la situation dans le pays empire, le Dr Abdi envoie Deqo, son autre fille et son frère à Kampala, en Ouganda.
À 15 ans, Deqo Mohamed pratique son premier accouchement et c’est là qu’elle réalise qu’elle veut travailler avec les femmes et les enfants. À la faculté de médecine, en Russie, elle apprend la théorie d’une bonne partie des choses qu’elle a mises en pratique en Somalie et se sent comme un poisson dans l’eau lorsqu’elle fait son internat de médecine.
«À l’hôpital, je me suis toujours sentie comme à la maison.» Durant ses études, elle se porte volontaire auprès de l’United Nations High Commissioner for Refugees (UNHCR) pour traduire des documents et aider au sein des cliniques encadrant les réfugiés. Et lorsqu’elle rentre au pays durant les vacances, elle donne un coup de main à sa mère à l’hôpital.
Une de ses amies allemande qui travaille auprès du bureau de l’UNHCR l’incite à faire une demande pour obtenir un statut de réfugiée aux États-Unis. Elle suit son conseil et l’obtient. Basée au Nord Dakota dans le Midwest, elle travaille pour un laboratoire avant de poursuivre ses études de médecine et de poser pied à Atlanta et suivre le travail d’autres médecins.
Elle note qu’aux États-Unis, il y a des milliers de diplômés de la faculté de médecine qui attendent de trouver un emploi. Tandis que dans son pays natal, les médecins qualifiés sont rares et que sa mère est la seule à opérer la clinique obstétrique au camp. «Je sentais que ma mère se fatiguait et qu’elle ne pouvait continuer à gérer le camp toute seule.» Le Dr Mohamed regagne donc la Somalie et exerce avec sa mère. Et ce, en dépit des dangers qui les guettent.
Le viol comme arme de guerre
«Plusieurs personnes se sentent menacées par le fait que c’est une femme qui gère un village de plus de 300 familles de réfugiés», dit-elle. En 2010, sa mère est même enlevée par les militants d’Al-Shabaab et son hôpital et les maisons des réfugiés pillées. Sa mère finit par être libérée après que son enlèvement a été médiatisé. Mais le camp n’est pas à l’abri des bombardements.
«Certains jours, on a le sentiment que la Somalie est encore une zone de guerre, en particulier lors d’attaques et de bombardements comme celui terrifiant d’il y a quelques semaines. Mais si je me laisse gagner par la frayeur, je serais paralysée et pas en mesure d’aider les autres. Et avec recul, je dirai que la Somalie est plus sûre aujourd’hui qu’il y a cinq ans.»
Elle voit toutes sortes d’atrocités, par exemple le viol utilisé comme arme de guerre. Quand on est femme, comment gérer cela ? «Je gère chaque problème à la fois. Le plus important pour les réfugiés qui ont subi des violences est le rétablissement de leur santé physique et mentale. L’éducation, l’emploi et l’encadrement de la communauté y contribuent grandement. The classroom is a healing place.»
Ce qui la dérange : c’est que souvent, les insurgés d’hier changent de veste. De chefs de guerre, ils se radicalisent avant de se voir offrir des postes dans le gouvernement. «On a l’impression que ce sont les mêmes hommes qui changent de chemise. Et cela fait peur car on ne sait plus parfois à qui faire confiance.»
Aujourd’hui, le Dr Mohamed fait la navette entre Atlanta, où elle a une maison, et le camp à Mogadishu, quand elle ne va pas réceptionner les prix obtenus par sa mère ou animer des causeries partout dans le monde sur leur vécu. Son message à ces différentes audiences est le même : «Tout est faisable et possible dans la vie. Mais il est important de réaliser que la paix se travaille. On ne peut simplement pas apposer un panneau disant que la paix est déclarée ou chanter une chanson avec les belligérants. You have to work hard and sacrifice if you want peace. And the only thing that can really save the world is education.»
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