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Safe Haven Halfway Home: un foyer pour recadrer de jeunes adultes violentées

14 août 2017, 01:00

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Safe Haven Halfway Home: un foyer pour recadrer de jeunes adultes violentées

Les études sur la violence sont unanimes : les victimes l’ont d’abord subie durant l’enfance, d’où leur propension à l’accepter plus tard. Dans le but d’attaquer le mal à sa racine, Anushka Virahsawmy, la directrice de Gender Links (Mauritius), a pensé à un foyer de transition pour jeunes adultes ayant connu la violence durant l’enfance. Une idée concrétisée en un temps record.

Cela relève presque du miracle. Aussitôt pensé le 1er février, Anushka Virahsawmy, assistée de sa Programme Officer, Sheistah Bundhoo, se sont mises au travail. Et en sept mois, le foyer de transition pour jeunes filles adultes ayant connu la violence a pris forme. Le Safe Haven Halfway Home, c’est ainsi que se nommera ce foyer de transition, sera opérationnel le 1er septembre, soit dans un mois. La directrice du bureau mauricien de Gender Links (GL) n’en revient pas. «Cela a été comme une révélation», reconnaît-elle.

Plusieurs éléments ont fait leur chemin dans sa tête pour aboutir à ce foyer de transition. Depuis 2012, année du lancement de l’étude de GL sur la violence à Maurice, elle a été interpellée par un des points saillants de l’étude, à savoir que les auteurs de violence, de même que leurs victimes, ont été exposés à la violence durant l’enfance.

Si depuis cette étude, GL a élaboré bon nombre de programmes visant à l’autonomisation économique des femmes victimes de violence, Anushka Virahsawmy a toujours eu l’impression qu’un maillon manquait, qu’elle œuvrait en aval et pas en amont. Et que si GL voulait être une organisation non gouvernementale efficace à la base, il lui fallait traiter avec de jeunes adultes ayant subi la violence avant qu’elles ne l’assimilent comme une expérience courante et normale de la vie. «A Maurice, les enfants victimes de violence dans leur foyer sont généralement placés dans un abri du gouvernement jusqu’à ce qu’ils aient 18 ans. Après, ils doivent quitter l’abri et se débrouiller. Très souvent, ils sont obligés de regagner ce même foyer où ils ont connu la violence car ils n’ont nulle part où aller. C’est là que le bât blesse.»

Ayant déménagé de Beau-Bassin en janvier à cause de l’exiguïté du local qu’elle et son Programme Officer occupaient et d’un loyer beaucoup trop élevé, la directrice de GL a trouvé son bonheur dans une maison avec jardin à Melrose. Mais une habitation tellement grande qu’elle s’est retrouvée avec plus d’espace qu’il n’en faut. C’est alors qu’elle a pensé que cette maison ferait un bon foyer de transition pour une dizaine de jeunes filles ayant subi la violence et qui ont été placées dans des abris du ministère de l’Égalité du Genre ou envoyées au Rehabilitation Youth Centre (RYC).

Au ministère de l’Égalité du genre, à qui elle a fait part de son projet, elle n’a reçu que des encouragements. Fazila Daureeawoo, la ministre, lui promettant de lui envoyer sept filles de 18 ans qui ont séjourné dans les abris du ministère et qui seront bientôt en partance et trois autres filles de 18 ans, qui ont effectué un séjour au RYC.

Il lui faut aussi des sous-vêtements neufs. «À leur arrivée, nous comptons leur offrir un sac hygiénique avec leur shampooing, leur savonnette, leur paquet de serviettes hygiéniques, leurs sous-vêtements, leurs savates, leurs affaires de toilette. Le tout sera neuf car nous voulons leur faire comprendre qu’elles ont de la valeur.» Comment compte-t-elle recadrer ces dix filles de 18 ans ?

Durant les trois premiers mois, explique-t-elle, elle et les deux coordonnatrices du foyer travailleront avec elles sur l’estime de soi et la confiance. «Elles devront signer un contrat avec nous et obéir à un certain nombre de règlements comme par exemple aller dans leurs chambres à 22 heures et se réveiller tôt pour préparer le petit-déjeuner que tout le monde mangera ensemble.»

Ensuite, leurs besoins seront sondés et des cours d’alphabétisation, de relooking, de zumba, de cuisine, de yoga leur seront proposés. Elles seront aussi exposées à l’art thérapie, à la musicothérapie, au théâtre. Un planteur de Vacoas et ses parents sont disposés à leur montrer comment cultiver la terre. La cour étant grande, elles seront encouragées à planter des légumes et à nourrir des poules à des fins de petit élevage.

GL recherchera des stages en entreprises pour elles. «Nous frapperons aux portes des call-centres, des hôtels et d’autres entreprises pour qu’elles reçoivent une formation et au final peut-être un emploi.» Certains week-ends, elles seront emmenées en excursions. «Nous avons calculé que la prise en charge d’une jeune fille coûtera Rs 95 000 pour un an. Si des particuliers veulent parrainer chacun une fille, ce serait extraordinaire.»

Il en sera ainsi pendant un an. «Ensuite, elles devront voler de leurs propres ailes. Mais nous n’allons pas les lâcher brutalement. Nous les suivrons pendant encore quelques mois après leur départ pour nous assurer qu’elles soient capables de prendre leur envol.»

Les choses se sont mis en place tellement naturellement qu’Anushka Virahsawmy ne doute pas de la réussite de son projet. Elle aurait d’ailleurs souhaité ouvrir un foyer de transition similaire pour les garçons. Mais chaque chose en son temps. «Nous sommes prêts à conseiller d’autres ONG qui voudraient bien mettre sur pied des foyers de transition similaires. Il y a de la place pour de telles institutions, en particulier pour les garçons qui ont connu la violence durant l’enfance et qui s’apprêtent à quitter les abris du ministère à 18 ans…»

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