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«Madame Poupette», une petite dame au grand courage
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«Madame Poupette», une petite dame au grand courage
La sexagénaire Anne-Marie Bhurtun vit depuis dix ans avec une poche de colostomie, destinée à recueillir ses selles. Cela fait suite à une chirurgie du côlon. Dans le sillage de la Journée mondiale du cancer, observée hier, samedi 4 février, elle évoque les petits inconvénients des poches fournies par le ministère de la Santé.
L’année 2006 s’annonçait belle pour Anne Marie Bhurtun. Elle avait 55 ans, ce que l’on peut encore considérer comme le bel âge. C’était aussi l’année où son mari Subash se retirait de la fonction publique. Ils avaient des projets communs comme voyager, surtout que leurs deux filles adultes sont établies à l'étranger, dont l’une en Irlande.
Cette femme joviale et coquette, qui gagnait sa vie en faisant de la couture avec des amies dans une boutique, à Candos, était loin de se douter cette année-là que ses douleurs subites et persistantes à l’anus annoncent un cancer du côlon, près du rectum. Surtout qu’à sa connaissance, il n’y a pas d’antécédents de cancer dans sa famille.
Après quatre visites infructueuses au dispensaire, elle souffre tellement qu’elle se rend à l’hôpital Victoria. Le toucher rectal effectué par un médecin et qui signale la présence de sang, lui vaut une référence immédiate à l’unité chirurgicale de l’hôpital, où le spécialiste lui annonce qu’il doit pratiquer une biopsie. Cet examen la fait souffrir jusqu’aux larmes. Le 6 août 2006, le résultat tombe : cancer du côlon au deuxième degré, nécessitant une chirurgie lourde.
Le spécialiste lui explique qu’il doit enlever la partie affectée du rectum, coudre l’orifice et créer un anus artificiel (stoma) à travers une ouverture dans l’abdomen. Les selles sont automatiquement évacuées dans une poche adhésive (poche de colostomie) qui reste à l’extérieur du corps.
Anne Marie Bhurtun est abasourdie, surtout qu’elle est en pleine forme. Elle refuse l’opération. «Ma seule pensée était : mo pou santi pi, pou éna touzour enn loder ar mwa.» Son mari est aussi abattu qu’elle. «Il ne pleurait pas. Il ne faisait que me regarder. Et le regard en dit parfois plus long que les paroles.» Insatisfaite du premier diagnostic, elle voit trois autres praticiens. Ils confirment le diagnostic initial.
La mort dans l’âme, elle accepte l’intervention qui dure quatre heures. Lorsqu’elle revient à elle, elle a un drain dans le flanc droit, le rectum suturé et un stoma sur le flanc gauche, recouvert d’une poche de colostomie. S’il y a une chose qu’elle conserve, c’est son sens de l’autodérision. «Depuis cela, lorsque je parle de moi, je me désigne comme Madame Poupette car les poupées n’ont aucun orifice. Parfois, je dis aussi Madame Sac».
«Je n’ai pas peur de la mort»
Elle reste hospitalisée une dizaine de jours pendant lesquels elle est mise sous perfusion. «Madam Poupet ti kontan manze. Pendant une semaine, je n’ai pu le faire. En face de moi, il y avait un enfant. Un jour, sa mère lui a apporté des mines. Ler mo truv sa zanfan la pe manz so minn, si mo ti kapav, mo ti pou sorti depi lili ek tir sa depi so labous (rires). Mais je ne pouvais me mouvoir. J’étais clouée sur le dos comme Jésus sur la croix (rires).»
Comme ceux qui ont subi une colostomie, elle reçoit du ministère de la Santé six poches et trois bases adhésives pour un mois. Ils doivent vider les poches et les laver. «Parfois, c’est cinq bases et dix poches mais cela reste insuffisant. Et ces poches ne sont pas toujours de bonne qualité. Dès que l’on en met une, elle laisse transpirer l’odeur.»
Pour minimiser ces fuites malodorantes, Anne Marie Bhurtun a changé d’alimentation. «La consommation de viande, de bouillon de poule et d’œufs est à éviter car ils rendent l’odeur terrible. Et à part les lentilles noires, les grains secs donnent la diarrhée. Donc il vaut mieux s’abstenir.» Elle se rabat alors sur les fruits de mer et les légumes. Des fois, la poche du ministère n’adhère pas bien à la peau. «Une nuit, ma poche s’est décollée. Allez savoir pourquoi. Peut- être que j’avais fait trop de gymnastique dans la soirée avec mon époux (rires). Heureusement qu’il n’y avait pas grand-chose dedans.»
Anne Marie Bhurtun sait bien que le cancer colorectal est en hausse aussi bien chez les femmes que chez les hommes et que le ministère doit pourvoir des poches de colostomie en grand nombre. Mais elle considère que pour une meilleure hygiène et pour le confort du malade, il faudrait que le ministère fasse don de dix bases et 20 poches mensuellement. «Le ministère doit aussi veiller à la qualité des poches pour qu’il n’y ait pas de fuites malodorantes.»
Après l’intervention, elle a subi 33 séances de radiothérapie. Elle a aussi connu une récidive du cancer en 2012, nécessitant six séances de chimiothérapie. Elle se croit désormais tirée d’affaire. Du moins c’est ce qu’indiquent les examens effectués à Maurice et à La Réunion. Aujourd’hui, elle ne perd pas une minute et savoure la vie. «La vie est belle. Elle est même plus belle qu’autrefois car mon mari, qui est mon plus grand soutien, et moi avons assumé toutes nos responsabilités envers nos enfants. Nous sommes aujourd’hui plus libres. Mais avec le cancer, on ne sait jamais. Je n’ai pas peur de la mort. C’est la loi de la nature. Arrivé à un certain âge, on peut partir à n’importe quel moment. Il faut laisser la place aux jeunes…»
Link to Life contrainte de stopper certains services
Le domaine de la santé qui ne relève pas de la réhabilitation des usagers de drogue, n’est pas un pilier des nouveaux règlements du CSR. De ce fait, juste après le dernier Budget, Link To Life a vu plusieurs de ses parrains lui retirer leur soutien financier. Résultat, cette organisation non gouvernementale encadrant les personnes souffrant de cancer a été obligée de supprimer ou de facturer certains services. Celui supprimé est le dépistage du cancer de la prostate, démarré en février 2016 et qui avait concerné 300 hommes. De gratuite, l’échographie des seins passe à Rs 300. Mais la plus grosse dépense budgétaire de Link to Life demeure le transport des malades de conditions modestes de leur domicile à l’hôpital pour leurs traitements. «On fournissait le transport à près de 600 malades. Cette année, nous devrons réduire le nombre de bénéficiaires de moitié», explique Selvina Moonesawmy, Programme Coordinator à Link to Life. Elle précise qu’en 2015, l’ONG avait acheté 200 poches de colostomie qui ont été distribuées gratuitement. L’exercice devait être renouvelé cette année. Sans parrainage, c’est impossible. «De nombreuses compagnies ne savent toujours pas qu’elles peuvent verser 1 % de leurs profits aux ONG. Nous lançons un appel à celles-ci.»
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