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Ahmad Sulliman : «La rentrée scolaire, cela fait six mois que je la prépare»
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Ahmad Sulliman : «La rentrée scolaire, cela fait six mois que je la prépare»
À l’arrivée de la nouvelle année, nous n’aspirons qu’à une chose : respirer. Pour nous ressourcer en beauté, rien ne vaut un retour aux sources en bonne compagnie. Pendant cette première semaine de 2017, nous sillonnons les régions avec une personnalité qui y habite. Histoire de lui demander où elle va et ce qu’elle fait pour savourer un bol d’air frais.
On est en plein été, aux Éditions Le Printemps. Saison de forte chaleur et de grosses foules. Rentrée scolaire oblige, les librairies d’Ahmad Sulliman sont prises d’assaut par parents et élèves venus acheter livres et matériel scolaire.
Si, pour certains, le stress de la rentrée est d’actualité, pour le propriétaire, ce qui le préoccupe c’est «seulement la vente qui se fait maintenant». L’écriture, la correction, la mise en page et l’impression des manuels, cela fait au moins six mois que tout cela a commencé et le processus lancé.
«En ce moment, dès 5 heures du matin, je reçois des SMS.» C’est parce qu’il jongle avec le décalage horaire avec Singapour, où se trouvent ses fournisseurs. Sa journée commence à 4 heures. En riant, Ahmad Sulliman lance : «Je suis épuisé dès 9 heures.» N’allez surtout pas croire cela d’un homme qui s’est construit à la force du poignet. Lui qui a commencé il y a près de trois décennies par une bibliothèque où l'on prêtait des Harlequins, des Mills & Boon et des BD aux abonnés. Et qui a su faire bourgeonner Le Printemps hors de Vacoas, en ouvrant des succursales à Curepipe et Port-Louis. À mots couverts, on devine qu’il n’est pas exclu que la librairie s’implante lot koté dilo. Mais motus. Ahmad Sulliman est encore en négociations.
Le plus beau, c’est qu’Ahmad Sulliman, homme des livres, donc homme du papier, n’est nullement insensible aux arbres et à leur sort. C’est sur le green du Gymkhana – côté joggeur, pas côté golfeur – que ce Vacoassien de souche nous donne rendez-vous.
Le Gymghana - un héritage de l’époque coloniale britannique qu’il trouve «bien préservé. Il ne faut pas céder à la facilité, qui serait de faire un grand centre commercial à la place. La question a déjà été soulevée. Les réactions ont toujours été négatives. J’ai beaucoup critiqué la municipalité, mais dire que Vacoas est une ville morte, je ne suis pas d’accord».
La pelouse du Gymkhana, ce «poumon de Vacoas», Ahmad Sulliman va y respirer plusieurs fois par semaine. Le matin, il y a foule, constate-t-il. «Ce qui est dommage, c’est que le parking est plein, avec une voiture pour une personne. La nature nous rend ce qu’on lui donne. On ne peut pas se permettre de la maltraiter.»
Plus que libraire, mais surtout homme d’affaires, Ahmad Sulliman affirme : «Je suis quelqu’un de très discipliné. Si j’arrive à l’heure, cela veut dire que je suis en retard. C’est ma devise.» Une pierre dans notre jardin ? Il répond par la négative. Mais le sourire dément.
Il enchaîne, avec son dada. «J’estime que s’il y a un ministère auquel il faut vraiment donner de l’importance, c’est celui de l’Environnement.» Enfant, il a consciencieusement appris qu’il ne faut rien gaspiller : ni l’eau, ni la nourriture. Qu’il ne faut pas abattre les arbres sans raison.
L’adulte – qui roule en berline allemande – a «mal au cœur» à cause des voitures qui vomissent des fumées noires. «J’ai souvent noté le numéro des véhicules fumigènes, que j’ai donné aux autorités. Ce n’était pas pour faire du mal à ces gens-là, au contraire, c’était pour le bien commun. Mais on n’a rien fait. On vous pose mille questions, comme si c’était vous l’accusé. C’est dommage.»
Ses références : ses nombreux voyages. La vue d’enfants ramassant des bouteilles en plastique, des cannettes, les écrasant et allant les vendre. «Tout cela m’a donné des idées. Je me suis dit : pourquoi est-ce que dans mon pays, où les gens font du blablabla, on n’arrive pas à démarrer quelque chose ? Donnez l’opportunité à des entrepreneurs d’importer des machines pour le recyclage, faites travailler les jeunes. Il y a des taxes sur les bouteilles. On en jette des milliers tous les jours. Si vous donnez 25 sous à quelqu’un pour les ramasser, vous savez combien de gens pourraient gagner leur vie comme cela ? Les gens veulent rendre service à la nature, mais il manque l’encouragement politique.»
Question : en 2017, faut-il toujours que l’exemple vienne des hommes politiques ? L’homme des livres répond par une formule écrite sur un bout de papier, avant d’être en avance à notre rendez-vous matinal. «Si jamais on devait jeter en prison les hypocrites, les prisons seraient pleines de politiciens.» Il ne citera aucun nom. «Le secteur privé est là pour aider. À Maurice, on a tout, mais on ne sait pas gérer. On se conduit comme des animaux.»
Signe de civilisation ? Ahmad Sulliman dit être arrivé à un âge où «ce que j’ai eu, il faut que je le partage. Je ne veux pas mourir dans mon lit. Je veux mourir en travaillant».
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