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Proches des disparus du MH370: seule la vérité les libérera

18 décembre 2016, 13:32

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Proches des disparus du MH370: seule la vérité les libérera

Ils étaient sept à faire le déplacement jusqu’à Madagascar, il y a une dizaine de jours, se rendant à trois différents endroits (Tamatave, l’île Ste-Marie et Nosy Be) où, d’après la modélisation informatique réalisée par le professeur Charitha Pattiarachi, un océanographe australien, étranger aux recherches officielles, avait prédit, à juste titre, que les débris de l’avion réapparaîtraient. La délégation s’est séparée en trois groupes et l’un des trois a ensuite mis le cap sur Maurice. Parmi eux, les deux plus vocaux sont Grâce Nathan, originaire de Kuala Lumpur, et Jianghui de Beijing.

Grâce Nathan, 28 ans, a beau arborer une belle coupe au carré, exhiber des ongles impeccablement manucurés, sourire à une ou deux évocations d’un passé heureux, son regard est éteint, comme mort. «I do not know when this journey will end. Certains proches des 239 passagers ont réussi à faire leur deuil. Ce n’est pas mon cas. Trop de questions demeurent en suspens. Je parle encore de ma mère au présent et je la cherche toujours.»

Le 8 mars 2014, jour de la disparition mystérieuse du MH370, la jeune femme se trouve à Bristol, plus précisément à la bibliothèque de l’université West of England où elle complète ses études de droit. 2014 est une année universitaire importante pour elle car elle doit prendre part à son examen final, celui du barreau. Il est une heure du matin lorsqu’elle reçoit un appel de son père. Il a l’air paniqué mais ne dit rien à sa fille. «Il m’a simplement demandé de prendre le premier vol disponible pour Kuala Lumpur.» Elle pense à sa grand-mère maternelle qui a subi une opération quelques jours plus tôt, mais par le ton de la voix de son père, Grâce réalise qu’il y a plus que cela.

Elle se dit qu’il est peut-être arrivé quelque chose à sa mère, Anne, 58 ans, employée au département Training and Development d’une compagnie d’assurances. À moins que cela ne soit sa jeune sœur. Mais Grâce n’obtient pas d’information précise. Son père la rappelle une heure plus tard. Elle insiste alors et apprend qu’il y a eu un problème avec le vol MH370 à bord duquel se trouve sa mère.

Désarroi des familles

C’est exténuée qu’elle atterrit à Kuala Lumpur après 14 heures de vol et qu’elle a confirmation de la disparition du vol MH370. «J’ai passé les 15 jours suivants devant mon poste de télévision à regarder les informations pour tenter d’y voir plus clair et comprendre ce qui est arrivé à ma mère et aux 238 autres passagers.» Mais au fur et à mesure que le temps passe, le mystère s’épaissit.

Des versions différentes, confuses, voire contradictoires, n’arrêtent pas d’émerger pour être aussitôt démenties, comme par exemple que l’avion se serait abîmé au-dessus du Vietnam ou encore que l’appareil aurait été détourné par des terroristes. Étant à Kuala Lumpur, Grâce rate ses premiers papiers d’examens du barreau. Et bien que la direction de l’université lui accorde une dérogation d’un an, elle préfère regagner Bristol, prendre part aux examens restants et à ceux de rattrapage à la fin de l’été. Malgré son désarroi et son chagrin, elle réussit son examen. Au lieu de rester en Grande-Bretagne et acquérir de l’expérience, elle préfère regagner Kuala Lumpur pour être proche de ce qu’elle croit être la source des informations.

Questions sans réponse

Son compagnon de voyage à Maurice, Jianghui, 44 ans, travaille dans le domaine des télécommunications à Beijing. Cet aîné de deux enfants, marié et père d’une petite fille de deux ans, est très attaché à sa mère Jiang Lui Yun, 73 ans. Celle-ci vient tous les jours garder sa petite enfant et pour la remercier, ainsi que son père, Jianghui avait prévu d’emmener toute la famille faire un tour de l’Europe lors de l’été 2014. Sauf que sa mère fait partie des 153 ressortissants chinois à figurer sur le vol MH370.

Depuis le 8 mars 2014, il est comme anesthésié. S’il estime que le gouvernement chinois a soutenu les familles de disparus au départ, il y a trop de zones d’ombre entourant cette affaire. «Quelqu’un quelque part sait quelque chose», estime-t-il. Et lorsqu’il le fait savoir publiquement, notamment en rejoignant le groupe Voice 370 qui comprend les proches des disparus du vol MH370, des pressions sont exercées sur son employeur qui le mute ailleurs. Il refuse de bouger. Il est renvoyé. Depuis, il poursuit sa compagnie, réclamant sa réintégration, et vient d’obtenir gain de cause à la fin novembre.

Bien que lui et Grâce soient reconnaissants envers la coalition internationale qui a mis en place des campagnes de recherches, notamment en mers de Chine et Andaman, ils veulent comprendre des tas de choses, à commencer par la raison pour laquelle la dizaine de débris authentifiés comme provenant du Boeing 777 ont été découverts hors de la zone de recherche, tout à fait par hasard et par des anonymes ? Pourquoi la Malaysia Airlines, qu’ils poursuivent, a-t-elle réduit presque de moitié la somme offerte en guise de compensation à chaque famille quelques jours avant la date limite du 8 mars 2016 ? Pourquoi cette compagnie a-t-elle effectué un rebranding et changé d’appellation, passant de Malaysian Airline System Berhad à Malaysia Airline Berhad et pourquoi le Parlement malaisien a-t-il décidé que les familles des disparus doivent demander l’autorisation avant de pouvoir loger des poursuites à l’égard de la nouvelle entité ?

«Nous ne montons pas au créneau à cause de l’argent. Car quel que soit le montant offert, cela ne nous ramènera pas ma mère qui respirait la joie de vivre», déclare Grâce qui a le sentiment d’avoir été lâchée par son gouvernement. «I feel extremely let down. I do not know what the future is going to be but I would like at least to understand and put a bridge between my logical brain and my emotional side.»

Une dernière image

Jianghui, lui, ne comprend pas pourquoi la police malaisienne a pu montrer les enregistrements de vidéosurveillance de la porte d’embarquement du vol à l’aéroport de Kuala Lampur, le 8 mars 2014, aux proches des 50 Malaisiens disparus et que les familles des 153 Chinois disparus n’aient pas eu cette chance. «J’aurais tellement voulu voir ma mère embarquer, voir la dernière image d’elle, pouvoir dire si elle paraissait fatiguée, si elle était joyeuse ou triste», dit-il. Il a eu la surprise de tomber sur un débris en nid-d’abeilles sur l’île Ste Marie qu’il croit appartenir au Boeing 777. Il a eu l’autorisation de le conserver jusqu’à son authentification prochaine.

Depuis qu’ils sont dans l’océan Indien, Grâce et lui distribuent des pamphlets pouvant permettre à n’importe qui d’identifier un éventuel débris de Boeing. Ils réclament aussi la continuation des recherches. «C’est seulement en ayant des preuves plus solides et en sachant ce qui s’est passé que nous pourrons faire notre deuil et prévenir une autre catastrophe de ce type. Nous ne pouvons pas nous asseoir et attendre. Nous devons agir», ajoute Grâce, remerciant les Malgaches et les Mauriciens pour leur soutien. «Even though some have never seen a Boeing in their life, they understand what is love and what is loss…»

 

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