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La semaine vue par Gilbert Ahnee
Lundi 11 avril 2016
Un Britannique à la tête… des prisons, d’AML… un autre conseiller du PM en matière de police… sous Ramgoolam déjà. Et bien peu de résultats…
Déliquescence…
Exemple. L’homme s’y prête parfaitement. Esprit vif et alerte comme pas beaucoup, vrai ténor du barreau, ayant marqué les esprits en 1989, en démissionnant de l’Assemblée législative pour une signature absolument pas illégale, peut-être juste en porte-à-faux avec les élégances idéologico-stratégiques de son parti. Cet exemple, on l’a aisément reconnu, il s’agit d’Ivan Collendavelloo. Outre d’avoir structuré l’analyse de son ancien parti en matière de réforme électorale et de représentation proportionnelle, l’actuel leader du Muvman Liberater a aussi rehaussé son profil en incarnant une opposition résolue à tout accord avec Navin Ramgoolam, cela couronné par une conquête en force, aux élections de 2014, du bastion mauve du nº 19, à deux doigts d’en déloger même Bérenger. Quelques jours après, lorsqu’il prêtait serment comme ministre, Collendavelloo semblait symboliser le renouveau et l’avenir de la culture politique militante.
Moins de 18 mois après le triomphe du Vire Mam, corseté dans un petit costume taillé dans une raison d’Etat défraîchie, la voix – et la différence – presque inaudibles à tant s’épuiser au maniement d’une langue de bois, l’image et la pensée de son parti presque réduites à celles de son désastreux Deputy Leader, Ivan Collendavelloo est-il encore crédible ?
Ce n’était qu’un exemple. Pour lequel nous n’avons pas hésité à solliciter l’éloquence du plus perspicace des adversaires de Bérenger au sein du MMM, du plus redoutable de ses challengers par la suite, presque son tombeur. Un exemple pour lester un peu plus la question qu’on se pose : que s’est-il passé ?
Mardi 12 avril 2016
Marké gardé : élections générales en 2016. Mais B. n’ira pas à Edward VII pour y voir «enn lafoul 82»… Quant à R., koma dir pena kas mem do…
Que s’est-il passé ?
Fin de cycle. Les sociétés, les nations, les pays connaissent des cycles. Des cycles de croissance ou de déclin, des cycles d’ouverture ou de repli, d’innovation ou d’obsolescence. Ces mouvements imprègnent les rapports entre individus et entre groupes sociaux, agissant sur la capacité de ces sociétés à se réinventer ou les emprisonnant davantage dans leurs contradictions. Cela n’a pas grand-chose à voir avec les hommes et les partis aux affaires. De Narasimha Rao à Atal Bihari Vajpayee à Manmohan Singh à Narendra Modi, l’Inde a vécu une longue phase de transformation positive. De Chirac à Sarkozy à Hollande, la France a été l’otage de la même déroute. De Ramgoolam à Jugnauth, il n’y a pas eu de changement, le cadre politique est resté le même, privilégiant toujours la légitimation communale des acteurs politiques.
Il ne suffira pas de remplacer nos dirigeants du jour par leurs exacts équivalents sur l’échiquier politico-communal pour nous libérer vraiment des pesanteurs et contraintes qui corrompent et teintent l’action publique. C’est le mode de désignation des élus et de ceux d’entre eux qui siègent au cabinet qui doit être revu. Il faut peut-être commencer, à la prochaine soumission de l’Electoral Boundaries Commission, par accepter de se défaire d’un régime rendu injuste par l’inégalité des circonscriptions. Aux spécialistes de nous dire comment il serait possible – si cela l’est effectivement – de rendre les circonscriptions ethniquement neutres, ou le plus possible, le moins capables de se livrer à des chantages sectaires. Libérées du souci des profils redevables.
Mercredi 13 avril 2016
Gooljaury ! Un modèle de loyauté ! Son boss lui dit «pran sarz» et il la prend ? Aussi soumis que Soodhun, esclave de l’autre maison royale…
Le point de rupture…
La dette. Appelons-le XMWY. Ainsi, personne ne pourra lui attribuer une communauté, un sous groupe, une famille. Personne en particulier n’est montré du doigt; nous sommes tous coupables d’avoir trop longtemps accepté ce système. L’itinéraire de XMWY est sensiblement le même que celui de DCBA ou de PQRS, d’univers différents de celui du premier mais, comme lui, arrivé là où ils sont par le même itinéraire, grâce aux mêmes rapports de force à l’intérieur de leurs réseaux respectifs.
Quand XMWY a été choisi pour solliciter les suffrages de ses voisins pour un siège d’élu local, c’était plus pour le poids de son réseau de naissance que pour ses capacités individuelles. Les siens n’ont pas manqué de le lui rappeler. Quand il a obtenu une investiture pour les élections générales, c’était pour le siège attribué à sa communauté et à son sous-groupe dans la circonscription. Quand il a été élu, les siens lui ont rappelé qu’il l’avait été grâce à la mobilisation de leurs suffrages. Quand il n’a pas été invité à faire partie du cabinet, les siens ont fait savoir leur frustration. Quand il est finalement devenu ministre, la famille de XMWY a organisé une réception en son honneur, lui faisant savoir que les siens espéraient pouvoir compter sur lui.
Puis il y a eu ces quatre notables qui sont venus le voir, chez lui, en fin de soirée, lui demandant de favoriser l’un des leurs pour un appel d’offres. Son intégrité personnelle s’est cabrée, il a voulu refuser puis…
Jeudi 14 avril 2016
Jeudi. SVL accuse RB de vouloir le finir politiquement. Le lendemain, vendredi, les deux étaient censés siéger au même conseil des ministres…
Le droit qu’on assassine
Anbalao. Un ministre sort de la plus médiatisée de nos Enforcement Agencies et accuse un autre d’avoir comploté contre lui, avec des méthodes dignes du KGB. Alors qu’on se demande comment ces deux hommes vont siéger ensemble, le lendemain, au cabinet, le chef de gouvernement, lui, a d’autres obligations. Il doit d’abord se rendre, à Terre-Rouge, en terrain conquis, se faire adouber au temple construit par son ami disparu, feu Mannick Veerasamy. Cela, avant d’aller faire face aux récriminations du président de la Mauritius Tamil Temples Federation. Dont le discours, à Pailles, en ce jour de Varusha Pirappu, semblait un diagnostic implicite du mal mauricien.
Qu’a dit le président Sooben ? Rien que ne dirait tout autre président d’association socioculturelle, voire le prêtre Grégoire. Ils pensent que c’est ainsi qu’ils défendront au mieux notre vivre-ensemble. Et ils réclament un nombre plus représentatif de membres de leurs communautés pour les diverses nominations. La compétence, la formation, la nécessité de récompenser le mérite individuel, le risque d’être injuste envers de vrais talents en nommant des Communal Tokens, tout cela, semble-t-il, est secondaire. L’enjeu, c’est le nombre de Vijayen, de Jean-Claude et de Rashid qui auront obtenu un poste. Qu’ils le méritent ou pas, cela compte peu. Et c’est ainsi qu’on tue l’État de droit.
Vendredi 15 avril 2016
Sortie de cabinet. Bhadain affirme qu’il ne critiquera pas un collègue. Classe ! Ça ne se fait pas, précise-t-il. À bon entendeur chalo…
Another deal
Wasted votes. On nous a dit et répété que notre Premier ministre devait être hindou, vaish même. On nous a dit que chacune des dites grandes communautés se devait d’avoir un représentant au cabinet. C’est ce qui nous a valu, entre autres, Sylvio Tang, Gowressoo et l’actuel Baboo. On nous a dit qu’après chaque scrutin, il nous fallait repêcher huit candidats battus, rejetés par l’électorat, pour mieux défendre les minorités, si tant est qu’elles demandent à l’être. Et pourtant !
Et pourtant, que ce soit à l’occasion de la crise post-démon de 1995, à l’occasion de la déliquescence sociétale de 1999, entre l’explosion de février et l’incendie de L’Amicale, à l’occasion de l’anarchie ministérielle et de la gouvernance sous perfusion de ces derniers jours, on a pu en tirer quelques leçons. On s’est, en effet, chaque fois aperçu que nos grandes précautions ethniques, que notre souci des «réalités mauriciennes», bref, nos peurs, nos médiocrités et nos inhibitions, on s’est aperçu que rien de tout cela servait vraiment à quelque chose. Au moment où il fallait davantage un Etat de droit fort, des hommes et femmes convaincus. De l’égalité de leurs concitoyens comme de l’absolue nécessité de faire appel aux mieux prédisposés et préparés d’entre eux. Pour servir au mieux l’intérêt public.
Et si nous acceptions de changer ? Si nous nous disions que les prudences conservatrices nous invitant à penser en termes communaux nous conduisent toujours à la même impuissance ? Est-ce insensé de penser que nous pourrions enfin faire autrement ?
Samedi 16 avril 2016
Pourquoi ce ministre voulait-il mettre des bâtons dans les trains d’atterrissage des avions de Turkish Airlines ? Au détriment des arrivages…
¡ Sí, podemos ! Yes, we can…
Oserons-nous ? On ne leur demande pas la nationalisation de GML ou la dérégulation des licenciements dans le port. Nous ne cherchons ni à réinventer le socialisme – ce que Bernie Sanders fait déjà mieux que Hollande, Valls et Macron ! – ni à offrir à l’argent de meilleures conditions de reproduction. Certes, certains aspects de notre système social méritent d’être fine-tuned – pour une parity of esteem incontestable des établissements scolaires, pour une réelle égalité face à la santé, pour une garantie de fin de vie plus digne – mais, dans l’ensemble, on ne s’attend pas à un chamboulement complet de nos grands équilibres. S’il doit y avoir un changement en profondeur, une vraie révolution, ce sera le rejet, le banissement de la politique communale.
La soumission de l’électorat – tant ceux que cela privilégie directement que ceux que cela dessert – aux logiques de désignation communales nous vaut des équilibres politiques précaires, aboutissant presque toujours à une aboulie de la gouvernance. Ce qui démontre l’insuffisance et le caractère vain des prétendues garanties que donneraient le respect de la représentativité communale et l’exclusivité ethnique associée à certaines fonctions. Si cela était si efficace, nous aurions été dispensés de la chienlit de ces dernières semaines.
On attend désormais les hommes et les femmes qui vont se réunir, debout eux aussi, animant nos réseaux sociaux et nous rassemblant, proposant à l’île Maurice un projet de gouvernance ne reconnaissant que le citoyen et un même droit pour tous. Yes, we can !
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