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Alain Noël: «Les rumeurs courent plus vite que les chevaux»
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Alain Noël: «Les rumeurs courent plus vite que les chevaux»
«Oui, je suis bien cool», déclare ce septuagénaire affable, qui a eu une vie active bien remplie. Alain Noël est un Sudiste, né à La Baraque. Son père et son grand-père ont été administrateurs de sucreries mais aussi propriétaires de chevaux et des habitués du Champ-de- Mars. Il marchera donc sur les pas de ses aînés. Après une scolarité primaire en pension à l’école Lorette de St-Pierre, Alain Noël est admis au Collège du St-Esprit où il excelle en sciences. Lorsqu’il termine sa Form VI, il est admis au Collège d’agriculture et ensuite à l’Université de Reading, Berkshire, en Grande-Bretagne. Là, pendant trois ans, il étudie l’agronomie. Son Bachelor of Science décroché, il regagne le pays et ajoute à sa formation initiale un cours de gestion de l’université d’Aix-en-Provence.
Il est ensuite embauché comme agronome à Savannah, Mon-Trésor-Mon-Désert et Britannia. Pendant quatre ans, il fait le tour de ces sucreries. Déjà à cette époque, il est question de réduire la dépendance envers les importations agricoles en plantant de la pomme de terre en interlignes. Alain Noël explique que son parcours n’a pas toujours été facile. Il est le deuxième agronome qualifié du pays après Alain Wiehe et certains Field Managers, qui avaient jusque-là les pleins pouvoirs, le voient comme une menace. «Durant les années 50-60, le rôle de l’agronome était mal compris. Il a fallu se battre avec la hiérarchie pour s’imposer», reconnaît-il.
Il devient en 1970 le plus jeune administrateur d’une sucrerie à Maurice car il n’a que 28 ans lorsqu’on lui confie la gestion d’Union Ducray. Cependant, cet homme du secteur privé n’hésite pas à mettre ses compétences au service de la sucrerie de Rose-Belle à la demande de sir Seewoosagur Ramgoolam qui recherchait un General Manager. Les rendements de la canne pour cette sucrerie d’État sont mitigés car, en sus des cyclones, il faut composer avec des «terres ingrates et une région sur-humide». Son engagement à la tâche lui vaut tout de même deux décorations de l’État, la Commander of the British Empire et la Grand Officer of the Star and Key.
En 1982, il est nommé administrateur à Beau-Champ et, sous sa direction, cette sucrerie réussit sa diversification, augmentant non seulement les rendements de la canne mais aussi le cheptel de cerfs, introduisant avec succès l’élevage de poulets, la culture de palmistes et de haricots ainsi que l’élevage d’écrevisses. Il encourage aussi l’irrigation et la mécanisation. Alain Noël réalise également la centralisation de la sucrerie de Constance à Beau-Champ.
Mais ce qu’il retient le plus de son parcours, c’est le contact humain. Il a aidé à mettre sur pied à Union Ducray le premier comité d’entreprise de l’industrie sucrière. Il insiste pour que les travailleurs de la sucrerie soient mis au courant de tous les développements en cours. «Pour moi, l’homme est important. Je me ressource au contact des gens.» S’il y a une chose qu’il n’oublie pas, c’est la visite d’un employé lorsqu’il s’apprête à se retirer. «Il est venu me voir pour me dire qu’à mon arrivée à la sucrerie, je l’avais reçu. Je lui avais serré la main et offert une tasse de thé. C’était la première fois qu’un administrateur l’accueillait ainsi et il a dit qu’il n’allait jamais l’oublier. Je n’avais rien fait d’exceptionnel. C’est ma manière de vivre.»
Les courses hippiques, la chasse, la gym et le bridge
De par l’intérêt porté par sa famille aux courses hippiques, Alain Noël fréquente le Champ-de-Mars dès sa tendre enfance. Il s’en éloigne un peu après le mariage car son épouse Chantal ne s’y intéresse pas tellement. Et puis, il pratique d’autres activités toutes aussi passionnantes comme la chasse, la gym et le bridge. Il y a une quinzaine d’années, le Mauritius Turf Club (MTC) le sollicite pour qu’il agisse comme commissaire et ce père de trois enfants et de dix petits-enfants refuse en pensant à son épouse. Il y a six ans, la proposition lui est une nouvelle fois formulée et sa femme n’y voit plus d’inconvénient. Il pose sa candidature, est élu pour trois ans et est réélu pour encore trois années consécutives. La présidence d’un an était donc presque inévitable.
Ce qu’il souhaite avant de passer le relais, c’est changer l’idée «que nous sommes des zougaders, que les courses sont malpropres». «C’est une fausse perception», dit-il en faisant ressortir que le MTC a, au fil des ans, pris des mesures pour contrecarrer les éventuelles magouilles. Il cite la photo-finish, le film, le contrôle antidopage, celui des commissaires de courses, la mise en place du Licensing Committee. «Nous prenons aussi des mesures contre les jockeys qui y prêtent le flanc. Cependant, la loi ne nous permet pas d’aller plus loin», affirme-t-il.
Pour changer cette perception, Alain Noël est en faveur d’une modernisation de la communication. Cependant, si le club a un site Web depuis une dizaine d’années, il se tâte à propos de l’introduction d’une page Facebook qui peut se révéler à double tranchant. «Les rumeurs courent plus vite sur les pages Facebook que les chevaux sur le turf. Et puis, il n’y a pas de modération possible sur une page Facebook et les gens peuvent y écrire n’importe quoi.»
Alain Noël souhaiterait aussi une utilisation optimale du studio du club. Il rappelle également que 75 % de son financement vient des paris. «Depuis quelques années, nous avons des images que nous n’exploitons pas. Nous avons le studio et nous aurions pu faire un gros travail dessus afin de les vendre.» Par rapport au contentieux avec la Mauritius Broadcasting Corporation, il déclare qu’il a fait des propositions et reste optimiste.
Avant de se retirer, ce qu’il aurait aussi voulu faire, c’est rendre possible le Debit betting auprès des bookmakers, à savoir les paris pris par téléphone, ce qui permettrait une traçabilité. Il voudrait aussi introduire le Commingling International, c’est-à-dire regrouper les cagnottes de deux Tote pour rendre les paris plus attrayants aux turfistes et pouvoir voir l’évolution des cotes en direct. «Mais pour tout cela, il faut changer la législation et cela tombe sous la Gambling Regulations Authority qui dépend du Prime Minister’s Office. Nous avons eu des rencontres avec des conseillers et nous attendons.»
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