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Sol en si
Des enfants dépenaillés qui courent à côté d’une berline rutilante pour quémander quelque manger; des nuées de gamins et de porteurs qui attendent à l’aéroport pour réclamer quelques pièces; des femmes qui fouillent des tas d’immondices pour y trouver quelque chose; des ministres soupçonnés de trafic de bois de rose pour quelques millions; des prévenus accusés de lynchage public libérés sous la pression d’une centaine de vandales qui saccagent un tribunal pour quelque vengeance… Grande est l’île, grande est la misère.
Ce n’est pas que ça, Madagascar, mais sur les rétines du voyageur pressé, ce sont ces images, ces nouvelles, qui s’impriment. Le voyageur à Maurice, lui, heureusement, n’est jamais pressé. Ou, s’il l’était, il verrait en ce moment des Kanwars bariolés et étincelants sillonner les routes, envoyant leurs éclairs de lumière vers le ciel, les cannes ou… les centres commerciaux. Sur ces mêmes chemins où, à Tana, des charrettes en bois vermoulu, tirées par des marmots de 10 ans qui doivent en peser le tiers, monopolisent la circulation. Ne regrettons pas l’époque des chariots à bœufs. Et estimons-nous heureux que ce ne soient pas des enfants qui fassent la manche aux feux rouges de la gare du Nord.
Ici, nous avons des auditeurs qui démissionnent, des policiers qui apparaissent sur Facebook, des jeunes dames qui s’opposent à des transferts d’actifs, des ministres qui inaugurent des salles de gym pour les fonctionnaires, des méduses qui piquent des baigneurs… Chez nous, le scandale de bois de rose n’avait même pas effleuré ceux dont les noms avaient été cités… petite île, petites misères. Gardons à l’esprit que nous avons parfois petit aussi : l’herbe est plus verte ailleurs, sauf là où il n’y en a pas. Où seule la poussière recouvre le sol.
Sur notre sol, que va fouler le président malgache pour le 12 mars, il y pousse des légumes, même si bombardés de pesticides, même si noyés par temps de pluie. Sur notre sol, on peut marcher chaussé. Sur notre sol, de tout compte. Sur notre sol pleureur en été, on rit. Sur notre sol, un si va la vie. Sur notre sol il laisse, une empreinte. Sur notre sol, il terre. Sur notre sol et unique, il y a tellement de soleil, que le Premier ministre ne peut plus sortir sans ses lunettes noires. On comprend que des travailleurs étrangers veulent pouvoir rester ici huit ans ! Et si on nous enlevait notre sol ? Nous mourrions de solitude.
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