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Trop c’est trop

9 février 2016, 09:05

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Et c’est reparti ! Une fois de plus, nos dirigeants politiques, qui aiment se vanter d’être de fervents partisans de la Démocratie (avec un grand D, svp !), nous ont démontré leur grand irrespect pour la liberté de la presse. Ravi Rutnah, novice en politique, semble avoir bien vite assimilé le guide du politicien traditionnel : flatter les journalistes et leur faire des yeux doux quand l’on est dans l’opposition et, ensuite, une fois au pouvoir, intimider et insulter la presse.

Mais devons-nous en être étonnés ? Pas vraiment. «Mo pé warn bann zournalis, péna plas pou zounalis rasist.» Ces propos attentatoires à la liberté  de la presse tenus par le député du Muvman Liberater (ML) démontrent que ce parti, pourtant nouveau sur l’échiquier politique, est tout autant démagogue que les autres. S’ils avaient l’intention de faire de la politique autrement, les ‘liberaters’ ont raté le coche. Mais qui est raciste ? De quoi parle-t-il ?

Qu’importe la couleur, les partis politiques semblent avoir trouvé en la presse indépendante une cible toute faite : ainsi on crache sur cette presse vieille  de plus de deux siècles sans dire pourquoi ! L’honorable Ravi Rutnah aurait pu, à la place, donner un avertissement aux membres de l’alliance Lepep et les inciter peut-être à éviter de faillir à leurs promesses électorales avec leurs nominations çà et là ?

L’autre membre du ML qui s’est également fait remarquer pour ses sorties contre la presse est Anil Gayan. De la part de cet ancien chroniqueur de «l’express», qui a bien usé de la liberté  d’expression et des colonnes de notre journal, on s’attendait à mieux. Mais accuser la presse de faire de la diffamation («character assassination») au Parlement pour avoir attiré l’attention sur une nomination ne serait pas bien grave, c’est un «joke» peut-être ? Tout comme ceux qui sont sous traitement de la méthadone, nous aussi nous comprenons les blagues.

Quid des autres partis ? N’en parlons pas ! C’est du pareil au même !

Ces tentatives de bâillonnement de la presse se retrouvent toutefois un peu partout ailleurs, à l’exemple des dérapages du Front national (FN) contre les médias en France, ayant même  provoqué une levée de boucliers du Syndicat national des journalistes (SNJ) l’année dernière.

La classe politique comprendra-t-elle un jour que les médias ne sont nullement un objet de communication ? Qui sait, peut-être. Quant à nous, il nous faut attendre l’avènement du tant promis «Freedom of Information Act» avec «enn labouzi rouz».

C’est bien plus sain pour une démocratie quand les relations entre le gouvernement et la presse, même si elles doivent être conflictuelles par moments, s’inscrivent dans un respect mutuel.

Fort de la légitimité tirée des urnes, le gouvernement Lepep devrait travailler à normaliser les relations entre presse et pouvoir. Et après des années de réflexion et d’hésitation au sein de la presse, il serait temps d’aboutir à une forme d’autorégulation des médias, surtout avec la transformation continue du paysage médiatique. Ce qui aura un double impact : d’une part, éviter des abus de type Rutnah  et Gayan et, d’autre part, garantir le respect de l’indépendance de ce contre-pouvoir.

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