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Travailleurs étrangers : une nuit au dortoir

12 janvier 2016, 04:26

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Travailleurs étrangers : une nuit au dortoir

 

Pour eux, trouver du travail à Maurice est une aubaine. Ils n’hésitent donc pas à quitter femme, enfants et pays natal en espérant gagner de l’argent pour venir en aide à leur famille. Mais souvent, ils déchantent vite une fois sur place…

Maurice a-t-elle recours au travail forcé ? Pour les syndicalistes, des drames humains se jouent quotidiennement au pays. Avec organisations non gouvernementales, ils se sont faits le relais entre les autorités et les victimes. Le dernier drame à avoir été médiatisé est le cas des huit Bangladeshis qui se sont retrouvés sans emploi et sans le sou, en décembre 2015 sur le sol mauricien.

Comment se passe le quotidien d’un travailleur étranger ? Guidé par le syndicaliste Faisal Ally Beegun, l’express a visité deux dortoirs dans la région de Terre-Rouge où résident des travailleurs bangladeshis, sri lankais et indiens.

20 h 30. Nous arrivons devant une maison à étage, sise à côté d’une station-service. Une maison très peuplée, avec 41 Sri Lankais qui occupent le rez-de-chaussée et 16 Bangladeshis qui dorment à l’étage. «C’est une pratique courante que les maisons soient converties en dortoir», explique Faisal Ally Beegun, alors que nous montons les escaliers.

Traditionnellement, au Bangladesh, les hommes ne cuisinent pas et ne font pas le ménage. Mais ici, ils n’ont pas le choix, «nous devons le faire», confie Imran* qui s’active derrière les fourneaux. Au menu du soir : margozes et patoles. «On est végétariens», confie le travailleur. Dans la cuisine, il n’y a que l’essentiel : une plaque à gaz, quelques ustensiles, un réfrigérateur. Dans un coin, un évier et un buffet. Il n’y a ni table ni chaise. Pour manger, les locataires s’installent à même le sol.

Shoaib*, qui a passé trois ans dans le dortoir, est celui qui y a passé le plus de temps. Le doyen, vêtu d’un lungi, sert de guide. «Il y a sept chambres  dans la maison. Dans certaines, il y a quatre personnes qui vivent et dans d’autres six», explique-til. Dans l’une d’elles, un ventilateur tourne à plein régime, dans une vaine tentative de rafraîchir l’atmosphère étouffante. Un courant d’air chaud transperce les morceaux de tissu qui font office de rideaux et traverse la chambre.

Promiscuité des lieux

Cette sensation de chaleur est renforcée par la promiscuité des lieux et le désordre qui y règne. Car il y a des vêtements partout : sur des cordes à linge, sur les lits, sur les quelques meubles qui envahissent la pièce. Chaque travailleur n’a droit qu’à un petit casier cadenassé pour ranger ses vêtements, ce qui est loin d’être suffisant. «Péna plas, samem lasam an dézord», déplore le syndicaliste.

Quatre lits sont entassés dans le mince espace disponible, avec des matelas qui ne font quelques centimètres d’épaisseur. «Kouma zot kapav dormi lor enn matla mins koumsa ? Zot pa pou gagn douler?» demande le syndicaliste.

Ces Bangladeshis ont entre 22 et 45 ans. À l’usine, ils travaillent en shift, de 7 heures à 17 heures ou de 18 heures à 7 heures. Ils ont tous une famille au Bangladesh qui compte sur eux. Mohamed* est arrivé à Maurice avec son épouse pour travailler dans une usine à La Tour Koenig. Le couple a trois enfants en bas âge, restés au pays natal sous la garde de leur grand-mère paternelle. «Je suis endetté. C’est pour cela que je suis venu travailler à Maurice», explique-t-il. Ce père de famille cumule les heures supplémentaires pour subvenir aux besoins de sa famille.

Quelques pâtés de maisons plus loin se trouvent un second dortoir, qui accueille 20 Bangladais et quatre Indiens. C’est une maison à étage qui, de l’extérieur, a bonne allure. Mais une fois qu’on y met les pieds, on se rend compte que c’est une tout autre histoire. Punaises et moustiques prolifèrent.

Pour tuer ces insectes, un mélange de diesel et d’eau est placé dans un récipient à côté d’un lit. «Zot respir sa. Pa bon pou zot lasanté», s’insurge Faisal Ally Beegun. Sans oublier les conséquences désastreuses si un incendie venait à éclater dans la maison avec la présence d’un tel combustible.

Un des locataires, un jeune homme âgé de 22 ans, explique qu’ils doivent rester dans cette maison pendant deux ans et «il nous reste encore un an et demi». Ils s’occupent eux-mêmes de l’entretien. Mais la salle de bains et les toilettes, dans un état déplorable, fuient. Pourtant, les nouvelles recommandations de l’Occupational Health & Safety Act sont claires. Elles préconisent des conditions de vie décentes et un environnement propre pour les travailleurs étrangers. La loi recommande également que les travailleurs étrangers puissent jouir d’espaces verts, d’un système d’aération et d’un éclairage approprié. Un minimum qui est loin d’être devenu une norme.

En chiffres : Une majorité de Bangladeshis

Selon les derniers chiffres du ministère du Travail, à septembre 2015, le pays comptait 37 242 travailleurs étrangers provenant de 77 pays, soit 26 765 hommes et 10 477 femmes. Plus de la moitié d’entre eux viennent du Bangladesh.

 

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