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Octogénaires et fidèles au poste

11 mai 2015, 11:26

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Octogénaires et fidèles au poste

Ne vous fiez pas à leur âge. Sir Anerood Jugnauth, 85 ans, sir Hamid Moollan QC, 82 ans, et Me Yousuf Mohamed, 81 ans, font partie de ces octogénaires qui exercent toujours une activité professionnelle. L’express a tenté de découvrir les petits secrets de ces seniors 2.0.

 

Me Yousuf Mohamed SC

 

Cinquante-quatre ans au barreau, quarante-neuf ans de mariage, trois enfants et neuf petits enfants. Pour autant, la vie de Me Yousuf Mohamed SC, 81 ans, ne se résume pas uniquement à cela. Celui qui défend en ce moment l’ancien Premier ministre Navin Ramgoolam ou encore le grand patron de la BAI Dawood Rawat est sans cesse sollicité. Travaillant six jours sur sept, Me Yousuf Mohamed raconte qu’il se rend à son étude les samedis également. Il y reste six heures. «J’ai besoin d’être seul. Les samedis, je n’aime pas être dérangé. Je ne reçois aucune visite et ça me permet de faire beaucoup de recherches», explique-t-il.

 

Marié à Zeinah depuis 49 ans, Me Yousuf Mohamed est père de trois enfants – Nooreenah, 48 ans, Shakeel, 47 ans, et Zakir, 40 ans. Interrogé mercredi, l’homme de loi raconte que sa «richesse», ce sont ses neuf petits-enfants. «De véritables boules d’énergie», dit-il. «Je vois la plupart d’entre eux tous les jours. Ils viennent à la maison et j’arrive toujours à trouver du temps pour eux.»

 

Par contre, il sort très rarement, si ce n’est un dîner au restaurant en famille, deux fois par mois. À la maison, c’est son épouse Zeinah qui veille de près à ce qu’il consomme. Elle est aux petits soins et s’assure qu’il mange sainement pour éviter d’augmenter son taux de cholestérol, notamment. Question sport, Me Yousuf Mohamed dit aimer faire la marche chaque matin et l’après-midi : «Je préfère marcher jusqu’à la mosquée plutôt que de prendre la voiture. Quant aux après-midi, j’y vais dépendant de mon plan de travail», précise-t-il.

 

Quand on lui parle de check-up médical, Me Yousuf Mohamed répond par un «de temps en temps», avant de préciser : «J’essaye d’en faire un tous les six mois.»

 

Pour ce qui est des vacances, l’homme de loi prend l’avion une, voire deux fois par an vers ses destinations préférées – l’Inde, la Malaisie, la France ou l’Angleterre.

 

Sir Anerood Jugnauth

 

Quatre-vingt-cinq ans et Premier ministre pour la sixième fois. Outre d’être le chef du gouvernement, sir Anerood Jugnauth c’est aussi l’époux, le père de famille et le grand-père. Depuis qu’il a repris le contrôle du pays après le scrutin du 10 décembre 2014, il n’y a pas un jour (hormis le week-end) où sir Anerood Jugnauth ne se rend pas au bureau. Il passe au moins 7 heures  au bâtiment du Trésor avant de rentrer chez lui vers 17 heures. C’est ce que confie son directeur de communication Dev Beekharry à l’express.

 

Comment fait-il pour tenir le coup ? Surtout qu’il n’a pas eu de répit, depuis la campagne électorale où il a effectué jusqu’à trois sorties publiques au quotidien. Tous ceux interrogés dans son entourage tiennent le même discours : son courage, sa force, «Rambo» les puise avant tout de sa plus fidèle des fidèles – son épouse Lady Jugnauth. L’énergie et la détermination du vieux lion doivent aussi être attribuées à «l’amour de SAJ pour son pays», affirme pour sa part Dev Beekharry. «C’est un passionné et une personne de conviction pour qui le peuple compte avant tout.»

 

Si SAJ arrive à préserver ce «courage de lion», poursuit Dev Beekharry, c’est aussi parce que c’est une personne très simple et très humble. Ce sont là des qualités qu’il conserve de son enfance au sein d’une famille modeste de petits planteurs à Palma. Au déjeuner, le chef du gouvernement ne se paie pas les services de traiteurs ou de grands restaurants. Il déjeune «très simplement» au bureau. Car, avant tout, il a une hygiène de vie qu’il respecte à la lettre. En décembre dernier, dans une interview à l’express, ce fan de Manchester United confiait son secret. «Je suis un régime alimentaire strict. Je ne touche pas à l’alcool depuis plus de six ans. Je ne mange rien de graisseux. Je m’abstiens de manger aux réceptions auxquelles je suis invité. Et je ne grignote pas entre les repas. Je ne bois que de l’eau. Du jus frais de temps en temps. Je ne touche pas aux produits en boîte. Je suppose que c’est ce qui me garde en forme. Péna lot sékré. Lot sékré la ar bondié.»

 

Il n’est en effet un secret pour personne que le Premier ministre est un homme très croyant qui n’aime toutefois pas étaler sa foi sur la place publique.

 

Sir Hamid Moollan QC

 

Soixante ans au barreau et pas une ride. Sir Hamid Moollan QC, 82 ans, est de ces «gros travailleurs» pour qui travail rime avec passion. «Aujourd’hui, s’il continue à travailler, c’est parce que ça lui plaît. Le travail ne le fatigue pas. Au contraire, il s’amuse énormément et il n’y a pas de différence entre sa maison et son bureau. Quand il prend un dossier, c’est pour le lire dans son intégralité», raconte son fils aîné, Me Anwar Moollan.

 

Une scène vécue que ce dernier a tenu à partager : c’est le jour où son père et un juge du conseil privé âgé de plus de 80 ans et «arrivant à peine à lever son bras» se sont lancés dans une discussion : «Ma première impression, c’est que ce juge allait mourir devant moi. Mais il avait une voix de jeune homme. Au final, j’ai assisté à une plaidoirie entre deux passionnés qui voulaient trouver une solution pour des gens.»

 

L’avocat prend aussi pour exemple l’ancien Solicitor General Edwin Venchard. Un «grand monsieur du droit mauricien, Queen Counsel», qui dit-il, avait du mal à parler et à marcher. Mais qui, à chacune de ses arrivées devant la Cour suprême, donnait sa canne à son chauffeur et qui en Cour avait une voix de stentor. «Tout ça, pour vous dire que ces personnes, tout comme mon père, ont l’amour du métier. Pour eux, ce n’est pas l’argent qui est important. L’argent viendra avec le travail bien fait. Eux, ils travaillent parce que ça les intéresse», relate-t-il.

 

Ce qui maintient sir Hamid Moollan aussi en excellente santé, c’est son penchant pour la bonne nourriture : «Ça peut être un vindaye, un curry de lalo, une rougaille, du moment que c’est bon et bien préparé, que ce soit à la maison ou dans un restaurant, il est très heureux», fait remarquer son fils aîné. Sir Hamid Moollan est aussi un passionné d’opéra et «un des plus grands amateurs de musique classique qu’on puisse trouver à Maurice».

 

Marié à Sara depuis 49 ans, sir Hamid Moollan a trois enfants – Anwar, Iqbal et Salim et trois petits-enfants Suleyman 7 ans, Hamid 6 ans et Iskandar, 3 ans (NdlR : Alexandre en arabe). Le benjamin, Salim fait la fierté de toute la famille. Exerçant à Londres aux Essex Court Chambers, il représente également Maurice au sein de la Commission des Nations unies pour le droit commercial international.

 

Du reste, sir Hamid Moollan est présenté par Me Yousuf Mohamed comme quelqu’un de «très méticuleux». «Sir Hamid a une très riche connaissance du droit et des procédures. Il est mon Senior d’une année. Nous avons souvent exercé côte à côte mais assez rarement l’un contre l’autre. Je le respecte pour sa droiture et sa connaissance du droit», fait ressortir le Senior Counsel.

 

Avant qu’ils ne deviennent juristes, Me Yousuf Mohamed et sir Hamid Moollan ont été voisins durant leur enfance. Ils ont joué au football et au cricket ensemble. Ils se sont ensuite côtoyés au collège Royal de Curepipe avant de se retrouver durant leurs études en Angleterre.

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