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Taser : une stratégie foudroyante

19 octobre 2008, 00:00

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Antoine Di Zazzo n?a pas ménagé sa peine pour parvenir à ce résultat : le pistolet à impulsion électrique de marque Taser équipe désormais la police, la gendarmerie et la police municipale. Une ascension fulgurante si l?on se souvient que la présentation de cette arme importée de Floride a eu lieu au Bourget en 2003. Depuis, la stratégie de SMP Technologies, le distributeur français du Taser, et de son directeur général, Antoine Di Zazzo, repose sur deux piliers : un lobbying effréné et une activité procédurière hyperdéveloppée.

Taser France a ainsi poursuivi devant les tribunaux les organisations des droits de l?homme Amnesty International France, Raid-H, puis le porte-parole de la LCR, Olivier Besancenot, pour « dénigrement de produit » ou « diffamation ».

Le 11 mars, le juge des référés a débouté l?entreprise de sa plainte contre Amnesty, qui affiche, sur son site Internet, le chiffre de 290 morts aux Etats-Unis depuis 2001, après que ces personnes eurent été touchées par un Taser. Dans « au moins vingt rapports d?autopsie » examinés par ses soins, l?organisation affirme que les autorités judiciaires américaines ont considéré les pistolets électriques comme la « cause directe ou aggravante des décès ».

Or, sur son site Internet, Taser France ne cesse de communiquer sur le thème de l?arme « qui permet de sauver des vies »... Avec cet argument : en paralysant sa cible, le pistolet évite au policier de recourir à son arme à feu.

Le 15 septembre, SMP Technologies réclamait 50 000 euros de dommages et intérêts au réseau Raid-H pour avoir évoqué l?image de « gégène » à propos du Taser. Le 20 octobre, ce doit être le tour de M. Besancenot de répondre, devant la même chambre correctionnelle du tribunal de Paris, aux accusations de diffamation. Entre-temps, le 6 octobre, Antoine Di Zazzo a sommé Martine Aubry, par lettre recommandée et huissier, de revenir sur ses propos. La maire de Lille avait déclaré, sur Canal+, qu?elle n?équiperait pas la police de sa ville du pistolet. Joint alors par Le Monde, Antoine Di Zazzo promettait d?aller « jusqu?au bout », en fulminant :

« Elle ne manque pas d?air ! C?est quand même le gouvernement Jospin qui a autorisé les policiers municipaux à être équipés de pistolets calibre 38 ! »

Stars du showbiz et personnalités politiques

Changement de décor. C?est un homme tout sourire, toujours disponible pour une démonstration, qui arpente tout ce que Paris compte comme lieux de pouvoir. Antoine Di Zazzo a ainsi lui-même contacté The Kitson, un club issu de la presse anglo-saxonne. Fondé en 2005 par Elisa Kitson, il fonctionne en circuit fermé pour quelques initiés du CAC 40, de la presse et des diplomates. Le principe est toujours le même : confronter deux personnes lors d?un débat placé sous l?autorité d?un « modérateur ».

C?est par un autre club, Wine & Business, qu?Antoine Di Zazzo a approché le criminologue Alain Bauer. Celui-ci se défend d?être devenu un ambassadeur de Taser. Mais il reconnaît qu?il a suggéré au Haut comité français pour la défense civile (HCFDC) d?organiser, en avril, un débat au Sénat sur ce type d?arme. Un débat que le délégué général du HCFDC, Christian Sommade, qualifie de « moyen » et qui a vite tourné à l?avantage de Taser, faute de concurrents.

Antoine Di Zazzo n?hésite pas à fréquenter des stars du showbiz ou des personnalités politiques. Il pose en photo avec le député UMP Thierry Mariani ; ou bien s?affiche aux côtés de Caroline Barclay, la veuve d?Eddie Barclay, pour la soirée de lancement du Stoper C2, le 29 mars 2007. Avec ce Taser light, qui ne nécessite pas une autorisation de port d?arme, le distributeur français vise de nouvelles cibles : médecins, vétérinaires, agents de sécurité. Et, bien sûr, les femmes, « pour se défendre ».

Lundi dernier, sur le plateau de Planète Justice, une chaîne du câble, Antoine Di Zazzo assurait que « cinq épouses de chefs d?Etat » en étaient déjà dotées.

@ 2 008 Le Monde ? Isabelle Mandraud ? (Distribué par The New York Times Syndicate)</B>

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