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Bravo mæstro !

28 septembre 2008, 00:00

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Il n?y a pas à dire. Navin Ramgoolam est un excellent communicant. Il n?y a qu?à voir avec quel brio il vend l?élection de sir Anerood Jugnauth (SAJ) à la présidence et le remaniement de son cabinet depuis la semaine dernière. Lors de sa dernière conférence de presse, dans un numéro d?acteur assez époustouflant, il a posément expliqué que dans les deux cas, c?est l?intérêt supérieur et le désir de la nation qui ont primé. Nous en doutons fortement !

Si l?on écoute Navin Ramgoolam, la présidence de la République a été placée « au-dessus de la politique partisane ». Rien de plus faux ! Le Premier ministre (PM) table en fait sur le triple avantage politique de cette élection. Les partisans du MSM vouent encore une grande loyauté à leur ancien leader SAJ. Maintenir celui-ci au Réduit équivaut donc à s?attirer en partie la sympathie de ses partisans.

Garder le vieux briscard sert aussi à envoyer un signal explicite à l?électorat traditionnel rural du PTr : « pouvoir pa pe sape dan nou lamain ! » Tactique utile au moment même où les composantes minoritaires du pays réclament, assez justement, le droit d?être mieux considérées. Enfin, ce choix permet également de parquer en retraite, une personnalité politique qui, de l?aveu même des proches du Premier ministre, ferait quelques « dégâts » si jamais il choisissait de faire une campagne politique contre ce dernier.

Du coup, le PM en devient presque ridicule quand il se prend à défendre maladroitement le choix de SAJ. Pêle-mêle, Ramgoolam relève que celui-ci a servi le pays pendant 16 ans et qu?il a une longue expérience. Mais omet de dire que fraîchement élu en juillet 2005, il souhaitait ardemment que le président « lev pake aller ». Et ne se gênait pas, à l?époque, de le brimer.

En voulant trop en faire, on dérape souvent. En essayant de trouver toutes sortes de raisons pour justifier le choix SAJ, Ramgoolam s?est laissé aller à découvrir que le président aurait eu un mandat écourté de deux ans ! Ce qui justifierait sa reconduction. SAJ a été élu président en 2003 et son mandat a été renouvelé cinq ans après. Ce n?est pas vraiment ce qu?on pourrait qualifier de mandat écourté !

Quand ce n?est pas le choix du président qu?il justifie maladroitement, c?est celui de ses ministres. Disons le sans ambages, Navin Ramgoolam n?est pas crédible quand il dit que la nomination de ministres « ne devrait en aucune façon se faire sur la base de l?ethnie d?une personne ». Et qu?il a décidé à qui faire appel en jugeant « la capacité de réflexion » ou l?éloquence de ses collaborateurs.

Non, Ramgoolam ne peut pas vraiment prétendre « mettre le pays avant tout autre considération », car le remaniement obéit à une logique politicienne et ethnique. La démonstration est simple à faire. Si Jean-François Chaumière effectue son entrée au cabinet, c?est d?abord pour compenser le départ d?Etienne Sinatambou. De plus, le profil des trois nouveaux ministres correspond tout à fait au « dispositif SAJ » visant à rassurer l?électorat traditionnel du PM.

Et que dire de ceux qu?on n?a pas eu le courage de virer ? Sylvio Tang a accumulé contre-performance sur contre-performance au ministère des Sports, mais n?a pas subi le sort de Sinatambou. Malgré ses gaffes répétées à l?Education, Dharam Gokhool n?a pas été rétrogradé plus lourdement. Enfin, Anil Bachoo, dont les fréquentes rencontres avec Paul Bérenger sont notoires, a hérité d?un ministère important ! Pourquoi ?

Ramgoolam n?a tout simplement pas voulu se risquer à jouer avec les symboles et la représentation ethnique au sein de son gouvernement. Gokhool et Tang ont des « profils » plutôt rares au sein de la majorité. Alors que Bachoo a une assise territoriale et socioculturelle indéniable. Au terme d?un calcul politicien, Ramgoolam a conclu qu?aucune sanction ne devait être prise afin d?éviter les représailles des supporters de ces ministres.

Malgré le beau discours, le PM finit par faire exactement le contraire de ce qu?il prêche. Pour avoir vu Balkissoon Hookoom à l??uvre sur le terrain et au Parlement, nous pouvons attester que le sympathique docteur, n?est pas d?une éloquence renversante. Et sa timidité donne même à penser qu?il ne sera pas le meneur d?hommes et le « policy maker » apte à diriger le ministère de la Réforme de la fonction publique. Le bénéfice du doute peut sans doute être accordé à Lormus Bundhoo et Devanand Ritoo. Mais on peine toutefois à comprendre pourquoi le Premier ministre dans un souci « d?optimiser ses ressources » n?a pas fait appel à disons Cader Sayed Hossen ou Nita Deerpalsing. Encore une fois, nous ne trouvons qu?une seule réponse : ces derniers n?ont pas le profil que recherche Ramgoolam dans son calcul politicien du moment.

La partition initiale du maestro Ramgoolam fleure bon le mauricianisme et le rassemblement. Mais l?improvisation à laquelle il se livre depuis quelque temps est plutôt inspirée par l?ethnicité et les calculs politiciens. Il gagnerait à jouer une autre musique !

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