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La menace made in China

28 septembre 2008, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

C?est la goutte? qui aura fait déborder le vase. Le scandale du lait pour bébés contaminé à la mélamine mis au jour sur son territoire a mis à mal la fiabilité des aliments que la République populaire de Chine (RPC) exporte en quantités non négligeables dans le monde.

Ce n?est pas la première fois que l?agroalimentaire chinois est montré du doigt. On se souviendra des yoyos aux bactéries fécales ou des jouets à la peinture de plomb (voir encadré). Mais cette fois, la situation est vraiment dramatique. Les tentatives de camoufler l?affaire - même si elles ne concernent que des autorités régionales, ont rejailli sur l?image de toute la Chine en tant qu?exportatrice.

Le scandale est grave car le lait incriminé contient de la mélamine, une substance chimique utilisée pour fabriquer de la colle et des fertilisants. Des producteurs peu scrupuleux l?ont utilisé pour camoufler l?odeur du lait qui passe ainsi entre les mailles du filet sanitaire ou de la qualité. Le lait ainsi modifié ne présente aucun signe de déficience en protéines. Mais il constitue une menace directe à la sécurité, voire la vie, des consommateurs.

Le fait que les victimes soient des nourrissons le rend encore plus dramatique dans une société où les naissances sont limitées à un enfant par famille. Pas moins de 53 000 d?entre eux ont ressenti un malaise qui serait associé à la consommation du lait frelaté. Treize mille autres ont été hospitalisés. Au moins quatre n?ont pas survécu aux effets du malaise qui aurait provoqué des calculs rénaux.

Des conséquences commerciales désastreuses

La révélation du scandale a eu des conséquences commerciales désastreuses. La rapidité de circulation de l?information sur la toile a fait le reste. A titre d?exemple, la décision de Maurice d?interdire l?importation de produits laitiers chinois a été prise avant même les résultats des tests sur des échantillons expédiés aux Etats-Unis. La lecture d?un texte sur des tests effectués à Singapour aura suffi. Maurice a placé la sécurité de ses citoyens au-dessus des relations diplomatiques qu?elle entretient avec la Chine depuis 1972.

«Nous ne prenons pas de risques lorsque la sécurité de nos concitoyens est menacée», a expliqué le ministre pour la Protection des consommateurs, Sylvio Tang, qui gère là son premier dossier brûlant. D?autres pays, tels le Japon, Hong Kong, Taïwan, Brunei, Singapour, la Malaisie, Myanmar, les Philippines, ont tous banni de leur territoire les produits laitiers chinois. Jusqu?ici pas moins de 150 produits laitiers et leurs dérivés venant de Chine ont été rappelés. Cependant, Sylvio Tang veut jouer la prudence. «Il ne faut pas faire d?amalgame. » Autrement dit, il faudrait éviter de s?appuyer sur le scandale du lait infecté pour condamner à mort le label made in China.

Jayen Chellen, secrétaire de l?Association des consommateurs de l?île Maurice abonde dans le même sens. « Il ne faut diaboliser le made in China. » Il estime que la meilleure façon de combattre l?importation de produits trafiqués ou hors normes, est de doter le pays d?un système efficace de contrôle et de normes. « A quoi cela sert-il d?avoir des lois si on pèche au niveau de leur application ? » Dans une correspondance datée du 24 septembre, il invite le Secrétaire permanent du ministère de la Protection des consommateurs à convoquer d?urgence toutes les parties concernées par la sécurité alimentaire.

Mosadeq Sahebdin, porte-parole de l?Institute for Consumer Protection (ICP) place le débat sur un autre plan. L?insécurité alimentaire liée à l?importation pourrait être jugulée si Maurice disposait d?un système de contrôle de qualité et de contenu approprié. D?où son cri d?alarme.

« Nous ne sommes pas à l?abri d?une contamination. » Il déplore le manque de coordination entre les autorités concernées par cette sécurité ? les ministères de la Santé, de l?Agro-industrie et de la Protection des consommateurs.

Quoi qu?il en soit, on ne joue pas avec son image au plan commercial. La Chine l?a appris à ses dépens. « Oui, je n?achète plus de produits made in China depuis que j?ai entendu dire qu?il y a du plomb dans les jouets et produits alimentaires », soutient un commentateur sur le site http://fr.answers. yahoo.com/question/index?qid. « J?ai peur du made in China car il y a trop de contrefaçons », explique un autre. Les articles mettant en cause le made in China sur l?Internet sont légion. Même si on ne peut pas s?appuyer sur une seule gamme de produits pour catégoriser le made in China, le scandale de lait frelaté a fait des dégâts dont les effets collatéraux risquent de durer longtemps.

« Ne pas succomber à l?argent facile »

Les importateurs de produits made in China autres que les produits laitiers ne sont pas insensibles aux répercussions du scandale. Mais Sapan Etwaroo, directeur de ventes chez United Motors, et Alain Fok Chak, directeur de Cheong & Sons, ont choisi de relativiser les choses. United Motors vient de lancer des 4x4 produits par le géant chinois Great Wall Motors sur le marché. Cheong & Sons importe des produits alimentaires de la Chine depuis trois générations. Les deux ne s?affolent pas outre mesure. Leur devise : la qualité autant que le bon marché a un prix. Le premier rassure le consommateur. L?autre le déstabilise. « Le consommateur doit s?intéresser à savoir ce qu?il y a dans son assiette. L?importateur doit avoir une éthique qui est celle de ne jamais succomber à l?attrait de l?argent facile », conclut Alain Fok Chak.

L?AMBASSADEUR GAO YUCHEN RASSURE

« Nous ne fermons pas les yeux sur des cas isolés mettant en cause la qualité des produits exportés et, en vertu de la loi, nous prenons les mesures qui s?imposent à l?égard des entreprises chinoises concernées. » Telle est la réaction de Gao Yuchen, ambassadeur de la République populaire de Chine à Maurice, sur le scandale du lait frelaté. Gao Yuchen invite les autorités des pays où un problème de qualité d?un produit importé de son pays a été signalé à en faire part à son gouvernement. « Nous sommes disposés à fournir notre assistance en demandant aux entreprises chinoises concernées de prendre judicieusement des actions de suivi conformément aux principes commerciaux universellement reconnus. »

Il se dit en faveur d?une vérification et d?une évaluation de la qualité des produits importés selon les normes internationales. « La Chine est prête à intensifier sa coopération internationale pour sauvegarder l?intérêt des consommateurs et garantir effectivement la sécurité pour la santé et la vie du public. »

Gao Yuchen indique que son gouvernement prend très au sérieux le cas et a enclenché à temps un mécanisme national d?urgence pour traiter les grands accidents de sécurité alimentaire et mis en place une équipe spéciale de direction. « Une série de mesures ont déjà été prises pour assurer la sécurité et la qualité des produits laitiers vendus sur le marché.» A cet effet, tous les laits en poudre ou liquide pour nourrissons ont été retirés de la vente ou rappelés à l?échelle nationale. « Actuellement, les résultats des tests et d?investigations sont mis à la disposition du public d?une manière efficace et transparente. »

NOS IMPORTATIONS EN CHIFFRES

Les exportations de la RPC vers Maurice n?ont cessé d?augmenter. Les chiffres du Central Statistic Office pour 2006 sont de Rs 10 milliards. Pour 2007 de Rs 13,7 milliars, et pour les six premiers mois de 2008 de Rs 6,4 milliards. L?année dernière, Maurice a acheté 477 395 kg de lait et de produits laitiers pour la somme de Rs 44,3 millions. Le lait (concentrated/sweetened milk and cream of 1,5 % in powder/solid form) compte pour 451 245 kg. Entre janvier et juin 2008, Maurice a déjà importé 103 625 kg de produits laitiers de la Chine pour la somme de Rs 11,8 millions. 68 000 kg de ces importations concernent le lait en poudre.

LES SCANDALES LIES AU LABEL CHINOIS

2004 : yoyos contaminés par des bactéries fécales à Madagascar.

2006 : découverte dans le sang de six personnes décédées d?un liquide incolore et inodore. Il s?agit de diéthylène-glycol qu?on utilise dans les antigels, dentifrices, liquides de frein, encres et colles.

2007 : des jouets Fisher-Price du groupe Mattel sont suspectés d?être recouverts d?une peinture toxique à base de plomb.

Même année : découverte de raviolis contenant des pesticides au Japon. Il y a eu aussi le problème de gluten de maïs altéré produit en Chine et qui entre dans la production d?aliments pour animaux.

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