Publicité

La chute d?un géant

26 septembre 2008, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

La chute d?un géant

<B>Par Raj MEETARBHAN</B>

Kgalema Motlanthe. C?est un nom qui ne dit rien à la plupart d?entre nous. Pourtant, celui qui le porte a été élu hier président d?une grande nation, l?Afrique du Sud, voisine de Maurice et première force économique d?Afrique. Sa nomination en tant que chef de l?Etat sud-africain intervient après la démission forcée de Thabo Mbeki et avant l?accession annoncée de Jacob Zuma au pouvoir. Elle ouvre une ère d?incertitudes pour la région.

Pour plusieurs raisons, les bouleversements politiques en Afrique du Sud peuvent avoir des conséquences importantes pour notre pays. La principale d?entre elles est liée au volume et à la qualité des échanges commerciaux entre nos deux pays. Le dernier rapport du Bureau central des statistiques vient de rappeler la prépondérance de l?Afrique du Sud parmi les pays exportateurs de biens vers Maurice : «During the first semester of 2008? the main source of imports was India (26.9%), followed by China (10.2%) and South Africa (7.8%)» La situation est d?autant plus délicate que nous achetons essentiellement des produits agroalimentaires de l?Afrique du Sud.

De plus, Maurice vient de signer, avec 12 des 14 Etats membres du bloc de la SADC, un accord portant sur la création d?une zone de libre-échange. Les industriels mauriciens espèrent ainsi exporter davantage sur les marchés de la région, particulièrement en Afrique du Sud. Le textile et l?habillement sont les principaux produits exportés vers ce pays pour l?heure mais le volume d?exportation se situe à un niveau relativement bas. Une détérioration de la situation économique dans ce pays nous privera de l?occasion de concrétiser les espoirs que suscite l?ouverture des frontières.

Sur le plan politique, les relations entre nos deux pays vont subir un revers si Jacob Zuma accède effectivement à la présidence de l?Afrique du Sud après les élections générales prévues pour le deuxième trimestre 2009. C?est un fait connu que le Premier ministre mauricien est resté en contact étroit avec le président sortant, Thabo Mbeki, sur plusieurs dossiers. Les deux hommes s?entendent bien. En revanche, on voit mal Jacob Zuma et Navin Ramgoolam établissant des canaux de communication aussi efficaces.

Pire, le grand rival de Thabo Mbeki doit sûrement garder un mauvais souvenir de son dernier passage à Maurice. Il avait alors tenté d?obtenir que la justice mauricienne refuse de remettre aux juges sud-africains des dossiers compromettants pour lui. Il était accusé, par la justice de son pays, d?avoir bénéficié d?un pot-de-vin d?un fabricant d?armes. Il a finalement été blanchi, mais sans l?aide de Maurice.

C?est d?ailleurs parce que Jacob Zuma est perçu comme ayant un esprit vengeur qu?il fait peur aux opérateurs économiques de son pays. Si Thabo Mbeki était partisan d?une politique libérale, son challenger incarne, lui, la puissante aile gauche du Congrès national africain (ANC). Son pays, sa région et son continent regretteront le grand Thabo Mbeki.

Publicité