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Une opportunité à double tranchant
«Je suis venu seul», explique Kervin Beth. Installé au Canada depuis mars dernier, il fait partie des candidats au premier programme de migration circulaire. Du lundi au vendredi, cet ancien agent de sécurité âgé de 27 ans assure la rotation du soir de 23 h 30 à 8 heures du matin dans la section boucherie de Maple Leaf Food Production à Brandon, dans l?Etat de Manitoba. «Ma famille dont ma fille de deux ans est à Maurice», lâche-t-il.
Et c?est dans deux ans qu?il rentrera au pays. Il aura alors acquis de l?expérience dans une filière du secteur alimentaire. L?acquisition de nouvelles connaissances est d?ailleurs le but mis en avant dans les programmes de migration circulaire. Car, comme le terme même le souligne, ce type de migration assume aussi le retour au pays d?origine de ceux qui participent à ce genre de programmes.
Le contrat pour les travailleurs mauriciens au Canada propose un salaire de base de 14 dollars de l?heure, soit environ Rs 420, ainsi qu?une prise en charge des frais de voyage et des visas par le recruteur. Si certains participants à ce projet sont déjà retournés à Maurice, évoquant des difficultés d?adaptation notamment au climat ainsi que des raisons familiales, d?autres espèrent éventuellement profiter de cette opportunité pour émigrer. Après sept mois passés au Canada, il leur est notamment possible de soumettre une demande pour un permis de résidence. Cette possibilité ne s?applique cependant pas à tous les projets de migration circulaire. Chaque plan comporte des conditions spécifiques.
Aujourd?hui, la signature d?un accord entre la France et Maurice est prévue pour la mise sur pied d?un programme pilote de migration circulaire entre les deux pays. Cette signature devrait être faite par Rama Sithanen, vice-Premier ministre et ministre des Finances, en visite en Europe et le ministre français de l?Immigration, Brice Hortefeux. Les modalités de l?accord restent cependant à être communiquées.
Formation en anglais</B>
Si le concept est nouveau à Maurice, il est cependant appliqué dans différentes régions du globe depuis plusieurs années. Les blocs que constituent respectivement le Moyen-Orient, l?Europe ou encore l?Australie ont une certaine expérience sur la migration circulaire. Leurs objectifs : l?amélioration des qualifications de la main-d??uvre. Ceux qui participent à de tels programmes peuvent en rentrant dans leur pays d?origine contribuer au développement de ce pays sur le long terme.
A ce jour, quelque 165 Mauriciens se sont déjà rendus au Canada dans le cadre d?un premier projet de migration circulaire. Choisis parmi près de 1 500 candidats, ils sont en majorité des hommes, dont quelques-uns aussi de Rodrigues et plusieurs pères de famille. Tous sont considérés comme étant «low skilled», c?est-à-dire, des gens relativement peu qualifiés.
A travers ce programme, ils ont la possibilité de développer leurs aptitudes. Déjà, avant leur départ, les participants, pas forcément à l?aise en anglais, ont suivi des cours de base.
Hootesh Ramburn, directeur de la National Empowerment Foundation (NEF) explique qu?une «formation, préparée par le National Productivity and Competitiveness Council en anglais pratique leur a été dispensée gratuitement». Celle-ci a été financée par le NEF.
De plus, l?expérience pratique acquise au cours du programme a pour but de développer leur potentiel. Au niveau du ministère des Finances, qui a participé à l?organisation de ce projet, on souligne les objectifs en matière de création d?entreprises. En effet, les autorités estiment que ceux qui participent à des projets de migration circulaire seront équipés pour lancer des petites entreprises lorsqu?ils seront de retour au pays.
<B>Vue d?Europe? et de France</B>
La Commission européenne s?intéresse depuis quelques années déjà aux migrations dites circulaires. Il s?agit, pour les Européens, d?un outil qui s?inscrit dans la ligne de l?aide au développement. C?est aussi un moyen d?endiguer l?immigration illégale. Les pays européens s?entendent donc sur un système de migration de courte durée visant au perfectionnement et à l?acquisition de compétences professionnelles dans un pays tiers afin que le migrant puisse à son retour bénéficier de cette plus-value dans le cadre de son activité professionnelle.
Puisqu?on parle d?aide au développement, la lutte contre la pauvreté et l?«empowerment», comme on l?entend à Maurice, est la cible de tels programmes. La Commission européenne a, en 2005, dans une communication adressée au Parlement et au Conseil européens, réfléchi à un encadrement en ce qu?il s?agit de la migration circulaire. Ainsi, les nouveaux emplois temporaires doivent être prioritairement accordés aux migrants ayant déjà travaillé sous ce régime. L?aspect retour est également au centre des préoccupations.
L?Etat récipiendaire doit s?assurer du retour du migrant dans son pays d?origine et de son intégration réussie. Pour ce faire, des réflexions ont porté sur la transférabilité des droits de pension ou sur la reconnaissance des compétences acquises dans le pays d?accueil.
L?ambassade de France à Maurice a récemment travaillé sur la question afin de proposer aux Mauriciens des emplois à durée déterminée dans le but de renforcer les capacités de travailleurs locaux. Le retour est, dès le départ, un aspect fondamental car Maurice est l?un des pays où la fuite des cerveaux est la plus importante. L?accord qui sera signé entre la France et Maurice vise notamment à atténuer les effets néfastes de la fuite des cerveaux sur le marché du travail local. L?accord portant sur la migration circulaire va dans ce sens. Des entrées multiples seraient délivrées aux hommes d?affaires, intellectuels, artistes ou sportifs de haut niveau et autres professionnels qualifiés pour travailler dans le pays récipiendaire pendant trois mois chaque semestre. Les entrées pourraient s?échelonner sur une période maximale de cinq ans, bien que le visa délivré ne devrait couvrir qu?une période de 18 mois.
Pour ce qui est des étudiants mauriciens, ceux-ci pourraient travailler une année en France avant leur retour à Maurice afin d?acquérir une expérience professionnelle significative et valorisante.
Les zones réceptrices, telle l?Europe, cherchent à limiter les flux illégaux d?hommes, venus principalement des pays en développement.
La France, dans sa politique migratoire, ouvre ses frontières aux travailleurs qualifiés. Ce sont donc les premiers destinataires du programme de migration circulaire qui liera la France et Maurice. Pour autant, les autorités françaises ne cherchent pas à amputer les pays en développement, dont Maurice, de leurs compétences dans la mesure où le retour est une condition sine qua non à l?entrée dans ce programme.
QUESTIONS À?
<B>MICHAEL NEWSON,</B> <I>coordinateur de projets et représentant du bureau de liaison de l?«International Organization for Migration» à Maurice (IOM)</I>
● <B>Depuis quand l?IOM est-elle présente à Maurice ? Quel est son rôle ? </B>
L?IOM occupe des bureaux à Maurice depuis octobre 2007. Jusqu?ici, nous nous sommes concentrés sur le développement de projets de migration de travailleurs et de migration circulaire. Nous avons aussi soutenu l?atelier sur la migration circulaire organisé au début de septembre par le gouvernement mauricien et la Commission européenne. De plus, l?IOM s?occupe aussi du Voluntary Assisted Return & Reintegration Programme qui soutient les émigrants en situation irrégulière ou vulnérable en Irlande et au Royaume-Uni en les aidant à retourner dans leur pays d?origine. Nous coordonnons aussi des ateliers sur le trafic humain. Il faut dire que même si ce n?est pas un problème qui touche Maurice, il est important de renforcer la conscientisation.
● <B>La migration circulaire est centrée sur l?amélioration des aptitudes. Y a-t-il des secteurs dans lesquels de tels programmes sont courants ? </B>
Dans le sens large du terme, la migration circulaire est fréquente partout où l?offre et la demande de main-d??uvre dépassent les frontières. Avec des populations vieillissantes dans plusieurs pays développés, en Europe, au Canada et en Australie, les migrations permanentes et circulaires se sont développées dans des domaines tels que le nursing, les soins à domicile, l?agriculture, le traitement de la nourriture, les métiers très qualifiés du secteur des technologies de l?information et de la communication (TIC) et de la médecine.
La migration circulaire est bénéfique à tous les niveaux. Bien sûr, l?un des principaux objectifs de la migration circulaire est d?améliorer les qualifications des participants de même que la capacité de développement sur le long terme, du participant mais aussi du pays d?origine. Cela fait partie du triple win de la migration circulaire qui fait que les pays d?origine, les destinations et les émigrants eux-mêmes en sortent gagnants.
● <B>Quels sont les secteurs de participation ? </B>
Pour que le système fonctionne efficacement, il faut que les aptitudes acquises dans les pays destinataires puissent être transférées dans le pays d?origine. Par exemple, si quelqu?un travaille en tant que moniteur de ski en Suisse, il sera difficile de mettre son expérience à profit à Maurice. Donc, idéalement, les aptitudes développées dans le cadre de la migration circulaire doivent intégrer les objectifs de développement à long terme du pays d?origine. Dans le cas de Maurice, les secteurs du tourisme, des TIC, des soins médicaux, de l?aquaculture et de l?agriculture sont tous de bons candidats pour des projets de migration circulaire. Cela ne veut bien sûr pas dire que des programmes vont obligatoirement être mis sur pied à Maurice mais ils semblent être des filières logiques de par leur croissance au sein de l?économie mauricienne.
● <B>A ce jour, des ressortissants mauriciens sont partis au Canada dans le cadre d?un programme de migration circulaire pour travailler dans le «food processing» au niveau de la boucherie. Travaillez-vous en ce moment sur d?autres projets ? </B>
Au Canada, le food processing est l?un des secteurs souffrant du plus grand manque de main-d??uvre et donc aussi un domaine dans lequel il y a de plus en plus de projets de migration circulaire. Mais, d?autres secteurs tels que la vente et l?hospitalité, entre autres, connaissent aussi des manques de main-d??uvre. Nous n?avons pas commencé des projets dans ces secteurs mais il est possible que nous en ayons l?opportunité à l?avenir.
● <B>Est-ce que ceux qui participent à des programmes de migration circulaire prennent des engagements ou signent des contrats qui les obligent à retourner dans leur pays d?origine ? </B>
Pas nécessairement. Différents pays et projets ont utilisé une variété de plans conçus pour encourager à la fois le retour à la fin du projet et accroître le développement de types de projets à l?avenir. Dans certains cas, il y a des primes payées par les employeurs, qui sont récupérées au retour de ces candidats à leur pays d?origine. Dans d?autres cas, il s?agit d?un bond que l?on peut récupérer au retour. En général, les intérêts s?accumulent sur ce bond pendant la durée du projet et le participant y a droit. Il faut cependant souligner que ce qui marche dans un cas ne marche pas nécessairement dans l?autre.
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