Publicité
Moral en berne
Changer deux fois d?orientation. Après vingt-deux ans d?existence, le centre culturel Nelson Mandela se cherche toujours une âme.
La construction de nouveaux locaux saura-t-elle relancer une institution qui a fait l?expérience du changement d?appellation. Et surtout, du changement ? à grand bruit ? d?adresse.
L?appel d?offres pour la construction de la première partie du centre a été lancé au début du mois. Les propositions des soumissionnaires seront connues le 3 octobre. Les travaux concerneront la construction du bloc administratif, avec un budget de Rs 20 millions, indique Jocelyn Gracieuse, président du conseil d?administration du centre Nelson Mandela. Petite modification en cours de route : le centre s?était vu allouer un terrain en pente à La Tour-Koenig. Après négociation, l?institution a obtenu une autre parcelle de 2 160 mètres carrés dans la même région.
«Les travaux devraient s?achever dix mois après l?allocation du contrat», précise Jocelyn Gracieuse. C?est-à-dire vers août ou septembre de l?année prochaine.
Au départ, je faisais cavalier seul», se souvient Jocelyn Gracieuse. Il ajoute, «je n?avais pas trop le soutien du ministère».
Alors que le centre attend que ses locaux sortent de terre ? et qu?il recrute actuellement un chef de la section documentation ? le temps est venu de faire le point sur une institution qui vivote comme elle peut.
«Au départ, je faisais cavalier seul», se souvient Jocelyn Gracieuse. Il ajoute, «je n?avais pas trop le soutien du ministère». Mais dès qu?on lui demande un exemple, le président de conseil se rétracte et préfère, «prendre le joker». Avant d?affirmer, «depuis, c?est rentré dans l?ordre». Cela, c?était sous le mandat de Mahendra Gowressoo, passé depuis au ministère du Business, Entreprise et Coopératives. C?est désormais Vasant Bunwaree qui chapeaute l?Education, la Culture et les Ressources humaines.
Avec l?arrivée de Jocelyn Gracieuse à la tête du conseil d?administration fin avril 2006, cette institution voulait avant tout en finir avec les tamtam populaires sans lendemains. Le président rêvait d?une institution à son image. Celle d?un homme ? les recensements disent pudiquement, issu «de la population générale» ? qui a réussi. Qui a connu le manque. Qui a fait du chemin. Qui s?en est sorti.
Son objectif affiché : transformer le centre culturel en une sorte de succursale d?agence d?aide à la création d?entreprise. Il y a ceux que cela avait fait tiquer. Il y tous les autres qui s?y sont associés. Notamment pour l?organisation d?un «grand» séminaire avec la collaboration du Empowerment Programme à l?époque ? devenue aujourd?hui National ..., Enterprise Mauritius, la Small Enterprises and Handicraft Development Authority (SEHDA). Sauf que sur 200 participants environ, «seules deux ou trois personnes sont revenues au centre pour exprimer un intérêt concret», explique Jocelyn Gracieuse. Avant d?avouer, «j?étais découragé après cela. Je me suis demandé si cela valait la peine d?organiser d?autres manifestations de ce type».
D?où un premier changement d?orientation du centre. «Nous avons voulu nous concentrer sur l?éducation des enfants». Par un moyen pour le moins détourné. Entre-temps, Serge Maury s?est joint au centre comme officer in charge. Le centre Nelson Mandela a alors publié Le Parlement mauricien vu de et à l?intérieur signé ... Serge Maury. Plus récemment, le centre s?est aussi fait l?éditeur d?un ouvrage d?Amédée Nagapen, Port-Louis bâti par les esclaves. Si la fonction d?éditeur du centre Nelson Mandela n?est pas nouvelle, dans le cas de ces deux publications, le but était de, «donner de la lecture aux enfants, tout en contribuant aux fonds du centre». Sans compter que chaque six mois, le centre publie la Revi Kiltir Kreol, ce qui lui coûte dans les Rs 100 000.
La question des finances est centrale dans l?existence du centre. Pour l?année financière 2008-2009, l?Etat lui a accordé une subvention de Rs 4,2 millions. Jocelyn Gracieuse fait rapidement les comptes. «Pour les huit employés, le total des salaires est de pratiquement de Rs 4 millions, ajoutez à cela la location de locaux à Rs 50 000, je me retrouve avec presque rien». A tel point que, «j?ai dû ne pas remplacer les gens qui partent à la retraite pour pouvoir organiser des activités», affirme le président.
«Un endroit agréable»
Qui pour donner un ordre de grandeur explique que, «le ministère de tutelle a un budget global limité. Quand nous voulons organiser une grande fête qui coûte dans les Rs 200 000, le ministère ne nous donnera que Rs 40 000». Ce qui l?a forcé à revoir ses ambitions. «Pour la journée internationale créole par exemple (ndlr : 28 octobre) on voulait emmener 4 000 à 5 000 personnes dans un endroit agréable. Mais on n?a pu le faire que pour 1 000 personnes. On me demande souvent pourquoi il n?y a pas plus d?associations culturelles qui nous suivent. Vous savez, on ne peut pas déplacer les gens pour quelques gâteaux piments et un jus de fruit pourri. Ils méritent le respect».
Pourtant, ces réalités n?empêchent pas Jocelyn Gracieuse d?avoir des projets d?école. D?abord une école de séga, «pas pour faire des ségatiers», précise-t-il d?emblée. «C?est pour faire revivre des instruments traditionnels. C?est d?ailleurs pour cela que dans notre projet de construction nous avons inclu un ségatorium». le tout placé sous la direction de Jean-François Purbhoo du groupe Tambour sacré.
Place aussi à une école de théâtre. Une initiative qui part du constat que, «le ministère organise tous les ans un festival d?art dramatique en créole. Mais que la participation des Créoles reste faible.» Réponse des associations : nous n?avons pas les moyens. Désormais le centre culturel ? retrouvant un peu de sa fonction originelle ? compte «descendre dans les associations pour les aider à créer des troupes». Il veut aussi, «acheter des costumes d?époques pour les prêter aux troupes». Le fait que la pratique du théâtre est avant tout une question d?espace est un autre débat. Tout autant le fait que les théâtres du Plaza et de Port-Louis sont fermés pour cause de rénovation. Serait-ce là les germes d?un nouveau changement ?
RETROUVER SES ORIGINES
«Le projet de généalogie est terminé», affirme Jocelyn Gracieuse. «Nous avons demandé à l?historienne Vijaya Teelock de travailler sur la période de marronnage». Le projet «Origins» a pour objectif la collecte d?informations concernant la population servile. Ceci dans le but d?aider leurs descendants à reconstruire leur arbre généalogique. L?un des plus importants documents pour ces recherches concerne l?enregistrement des esclaves compilé en 1815 par le «Slave Registry». Comme les copies disponibles aux Archives nationales n?étaient pas complètes, les autorités ont demandé à avoir accès aux copies conservées au «Public Record Office» à Londres. La transcription des documents est assurée par les étudiants en deuxième année d?Histoire à l?université de Maurice. Par ailleurs, le «Family History Unit» du centre Nelson Mandela a décidé de mettre à la disposition du public une base de données avec les noms d?esclaves libérés en 1835.
CHANGEMENT D?ADRESSE
LA POLEMIQUE
C?était une décision politique. Convertir la poste centrale en centre culturel Nelson Mandela. Volonté du Premier ministre d?alors, Paul Bérenger, annoncée le 17 avril 2001 au Parlement. C?est le tollé. Et pas que parmi les syndicats de postiers. La décision est renversée le 21 juillet 2005. La poste centrale sera transformée en musée de la poste. Et le centre Nelson Mandela sera bien logé à La Tour Koenig. Là où l?ancien président sud-africain Nelson Mandela, en visite à Maurice, avait posé une première pierre, le 12 septembre 1998. Soit il y a 10 ans déjà.
LE DERNIER DES MOHICANS
Dans un contexte où nombre de centres culturels sont des institutions fantômes fonctionnant avec une secrétaire et un planton ? le cas du centre marathi et tamoul ? alors que le centre mauricien est inexistant, le centre Nelson Mandela fait figure de dernier des mohicans. Si les locaux sont inaugurés en 1986, c?est en 1989 que le «African Cultural Centre Trust Fund» est voté au Parlement. Une appellation amendée en mai 2000, pour devenir le «Nelson Mandela centre for African culture».
Publicité
Publicité
Les plus récents