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Au bout de la nuit
Les films policiers ont ceci de commun avec les comédies romantiques : on leur demande surtout de respecter les conventions de leur genre respectif et tant qu?ils y arrivent, il n?y a aucune réelle nécessité d?aller explorer d?autres avenues. Au bout de la nuit, deuxième long métrage de David Ayer, adhère à ce principe dans sa réalisation comme pour son scénario. Ce film ne sort à aucun moment des sentiers battus, ce qui lui évitera de s?aliéner les inconditionnels du polar, mais on y trouvera en même temps suffisamment de bonnes idées pour faire passer toute sensation de déjà-vu ; du moins, jusqu?à la conclusion.
Sachant que David Ayer fut l?auteur de Bad times après avoir été le scénariste de Training day, on connaît sa fascination pour les policiers aux méthodes répréhensibles. Il nous en propose ici un beau spécimen, incarné par Keanu Reeves : l?inspecteur Tom Ludlow de la police de Los Angeles ; une sombre brute raciste et alcoolique qui, frustrée par les limites de ses fonctions de policier, s?est aussi attribuée celles de juge et de bourreau. Les méthodes de l?inspecteur Harry avaient quelque chose de sportif, celles de l?inspecteur Ludlow sont franchement sordides. Keanu Reeves arrive à nous surprendre, incarnant la violence brutale comme le faisait Eastwood dans son rôle devenu une référence. Mais Reeves parvient aussi à donner d?autres dimensions à son personnage : celle d?un homme pas très malin, vaincu par un drame personnel et dont les sinistres agissements partent en fait d?une bonne conscience refoulée.
Un autre nous surprend dans ce film : Hugh Laurie, acteur britannique qui après avoir excellé chez lui dans une succession de rôles légers, a depuis quelques années, entrepris une carrière américaine. Certains l?auront vu dans la série Doctor House et quelques critiques américains affirment que son personnage dans ce film n?en est pas très éloigné. Il n?empêche que l?acteur est impressionnant dans son rôle de chef de la police des polices, froid et jouant à fond la carte des faux-semblants.
Cela dit, Au bout de la nuit tourne essentiellement autour de Tom Ludlow / Keanu Reeves recherchant les assassins de son ancien coéquipier noir avec lequel il était depuis longtemps fâché et à qui il s?apprêtait à infliger une très sévère correction. Pour se disculper du meurtre de ce dernier, dont il est accusé ou pour soulager sa conscience, à moins que ce ne soit un peu des deux : un des aspects les plus intéressants du film est de nous égarer constamment quant à cette question. Et, tout en créant une vraie atmosphère de polar urbain comme on les aime, David Ayer démontre une fois de plus sa capacité à filmer des hommes violents et l?impasse à laquelle leurs démonstrations de «bonzommerie» les conduisent. Et, le spectateur suit Keanu Reeves qui remonte une longue et peu ragoûtante filière de corruption policière? jusqu?à une conclusion qui sera à la limite de l?insulte à son intelligence.
Certains se souviendront de ces polars français des années 1960-70 dans lesquels Lino Ventura éliminait tous les pourris un à un pour découvrir que leur chef n?était autre que son chef à lui, c?est-à-dire Bernard Blier. C?est la même chose dans ce film, avec Forrest Whitaker que je gardais pour la fin et qui est si mal dirigé qu?on aura deviné la duplicité de son personnage dès sa première apparition. Le générique mentionne James Elroy comme scénariste et certains éléments du film (comme son personnage principal) sont typiques de ce grand écrivain. Mais la fin semble plutôt celle voulue par les producteurs après un tripatouilllage du scénario original. Dommage.
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