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Cinq ans sans étincelle

19 septembre 2008, 00:00

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Effacé, discret? L?image de SAJ à la présidence est, somme toute, différente de celle qu?il avait laissée comme politicien. Un effacement peut-être un peu excessif, estiment certains observateurs politiques. Rares ont été en effet les déclarations ou les discours qui auront marqué la population, qui gardera surtout de cette présidence un début de cohabitation difficile avec Navin Ramgoolam.

Cette discrétion est certes voulue, d?une certaine manière par la Constitution dont il est le garant. Le chef de l?Etat se place, de par sa fonction, au-dessus de la mêlée politicienne. Il a une fonction primordiale en ce sens qu?il préserve le respect des droits constitutionnels. Dans une toute jeune République, le concept de nation est capital. Et c?est au président de promouvoir la construction de la nation mauricienne pluri-ethnique. A ce titre, il est aussi un rassembleur.

Plus prosaïquement, ses fonctions l?amènent à travailler en étroite collaboration avec le Premier ministre et son gouvernement. C?est pourquoi, afin que le tandem au sommet de l?Etat fonctionne, l?entente est primordiale. D?autant que «le président agit comme un conseiller discret de la politique gouvernementale quand il y a une entente, au moins cordiale, entre lui et le Premier ministre», estime un ancien collaborateur du Réduit.

Calmer les esprits</B>

Les pouvoirs du président de la République sont assez limités. Néanmoins, sa fonction n?est pas qu?honorifique. Il dispose de pouvoirs non négligeables notamment pour la nomination des hauts fonctionnaires de l?Etat ? à la PSC ou à la DFSC, ou encore pour la promulgation d?un texte de loi.

Le rôle du président de la République n?est donc pas de s?illustrer sur la scène publique. Encore moins sur la scène politique. Il jouit cependant d?assez d?espace pour poser des actes qui auraient valeur de symboles pour la nation, qui auraient contribué concrètement à la renforcer. A ce titre, on peut noter un contraste entre l?ex-président Cassam Uteem et SAJ. L?analogie a valeur d?exemple.

Le premier, était un président très engagé dans la lutte contre la pauvreté et surtout en faveur de la construction nationale. Alors président de la République, Cassam Uteem met sur pied un comité sur la pauvreté en 1997. En 1999, il n?hésite pas à se rendre sur le terrain pour calmer les esprits lors des émeutes. Bien entendu, les événements de 1999 expliquent l?engagement sur le terrain de l?ancien président. Il n?empêche qu?un décalage se fait sentir dans le style. Les discours de SAJ et son action sociale n?ont, semble-t-il, pas le même impact que ceux de son prédécesseur.

SAJ avait placé son passage à la présidence sous le signe de la jeunesse. «Elle est l?avenir de notre pays», a-t-il lancé dès les premiers jours de sa prise de fonction en 2003. C?est qu?il croit fermement dans la jeunesse. Sa ligne de pensée est donc générationnelle et vise à positiver l?apport des jeunes dans le dynamisme du pays. Reste que, si l?intention est bonne, salutaire même, des initiatives manquent.

<B>Sharon SOOKNAH

Gilles RIBOUET</B>

2005 : hostile cohabitation</B>

■ A la victoire de l?Alliance sociale aux élections générales en 2005, l?entente entre le nouveau Premier ministre, Navin Ramgoolam, et le président de la République, sir Anerood Jugnauth, ne sont pas au beau fixe. Et pour cause, les adversaires politiques sont contraints de travailler de concert. Or, Navin Ramgoolam opte pour l?isolement du président. Mésentente à la tête de l?Etat.

A cette époque, le PM reproche à SAJ l?implication de Lady Sarojini, sa femme, dans des réunions politiques pendant la campagne électorale. Autres griefs : SAJ n?était pas pleinement séparé du «Sun Trust» après être entré au Réduit et les doutes exprimés lorsque Navin Ramgoolam assurait pouvoir changer la vie des Mauriciens en 100 jours. Dès lors, les différends se succèdent.

Fraîchement élu, le PM ne se rend pas au Réduit pour prendre sa lettre de nomination, le plaçant officiellement à la tête du gouvernement. Ce camouflet a pour alibi une «pooja» (prière). Quelques jours plus tard, lors de la prestation de serment des membres du nouveau pouvoir devant l?Hôtel du gouvernement, SAJ est hué par une foule de partisans travaillistes. Un paroxysme est atteint lors d?un meeting de remerciement. Navin Ramgoolam ne ménage pas SAJ, lançant sur le ton de la défiance : «Se enn warning ki mo pe donn li. Na pa rode ar mwa.»

Dans la foulée, soit le lendemain de cette déclaration, le conseiller du président, Christian Ithier, reçoit sa feuille de route de la part du gouvernement. Se confiant à «l?express», un haut responsable du parti orange faisait ressortir que cette révocation n?est autre qu?«une nouvelle mesquinerie à l?encontre du président à mettre sur le compte du nouveau régime». En l?espace d?une seule semaine, les relations entre la présidence et le gouvernement se tendent au point qu?aucune accalmie se semblait envisageable. Et pas d?accalmie en vue avec un sérieux désaccord concernant la nomination du président et des membres de la «Public Service Commission» et de la «Disciplined Forces Service Commission». D?après les articles 88 (5) et 90 (4) de la Constitution, le président est en droit de nommer ces membres après consultation du PM et du leader de l?Opposition. Traditionnellement, le président se conforme aux propositions du PM. Tel n?a pas été le cas. Les noms proposés par l?opposition ont été principalement retenus au détriment de ceux figurant sur la liste du PM. Cette entorse à la tradition n?a fait que jeter de l?huile sur le feu.

<B>>Des répliques bien senties</B>

■ «Ena couyonad ladan.»

Ces propos, le mois dernier, de SAJ donnaient suite à une interprétation de la Cour suprême qui a déclaré que la nomination de plus d?un vice-Premier ministre (VPM) n?est pas prévue dans la Constitution. Le président s?est dissocié de la nomination de trois VPM. «Zot mem zot cone ti ena boukou presion lor mwa. Papie ti vinn en retar e mo pa finn capav fer nanie. Me mo ti trouve ki ena couyonad ladan.»

■ «Le pays est dans le noir.»

C?est dans le cadre des célébrations pour le Divali à la «Hindu House» en octobre 2006 que SAJ fait ce constat pessimiste. Il a ainsi déclaré, en hindi, que «le pays est dans le noir (andhkaar)». «Et il faut le retirer de l?obscurité au plus vite pour l?amener vers la clarté. Il faut amener le bien là où il y a le mal».

■ «Soyez vigilants»

Deux années de suite, en 2004 et en 2005, SAJ a demandé à la presse de faire preuve de vigilance, lors des soirées pour les représentants des médias. Ses propos se sont ainsi raisonnés, avec un rappel des «devoirs et responsabilités» : veiller à l?intérêt national.

■ «Chacun est libre de faire ce qu?il veut.»

Les quelques paroles prononcées par le Président pourraient passer inaperçues. Elles prennent cependant un tout autre sens en considérant que SAJ les prononce en juillet 2005 lors de la remise des décorations de l?Etat alors que les relations entre la «State House» et l?Hôtel du gouvernement sont tendues. L?absence des membres du gouvernement a été notée lors de cette cérémonie.

■ «Kan mo pou bizin li mo pou apel li.»

En octobre 2003, lors de sa prestation de serment en tant que président de la République, SAJ répond qu?il rencontrera le leader de l?opposition d?alors, Navin Ramgoolam, quand il le jugera nécessaire. Interrogé sur ses nouvelles fonctions, il affirmait être «à l?aise partout».

SAJ assagi</B>

L?image d?un père sévère qu?on n?aime pas nécessairement mais qu?on respecte. Cet aspect de sa personnalité, sir Anerood Jugnauth (SAJ) nous l?a fait oublier depuis qu?il est président de la République. «Mo pou koup ledwa», «mo na pa pou tolere», ces paroles qui nous font sourire aujourd?hui étaient peut-être venues à un moment où le pays en avait besoin. SAJ, qui a mené de main de maître la destinée du pays (aidé de gens compétents qui ont su rester derrière la scène), est aujourd?hui l?homme public le plus apprécié du peuple. Difficile à expliquer quand on tient compte du parcours politique de cet homme qui a été Premier ministre pendant 16 ans (dont 13 ans d?affilée), leader d?un parti qui ne pouvait se vanter que d?un maximum de 20 % de soutien politique.

Avocat, puis magistrat qui a fait ses débuts en politique aux côtés des frères Bissoondoyal à l?Independent Forward Block, SAJ a ensuite rejoint l?All Mauritius Hindu Congress, un parti politique influencé grandement par le mouvement Arya Samaj, sous la bannière de laquelle il devient ministre pour la première fois en 1965. Il participe aussi à la conférence constitutionnelle à Londres cette année-là. SAJ se joint ensuite au Mouvement militant mauricien; il en devient le leader (le fameux paravent de Paul Bérenger qui croyait pouvoir le contrôler). Le MMM remporte les élections historiques de 1982 et il devient Premier ministre.

Encouragé par SSR et Harish Boodhoo, SAJ trouvera le courage de s?opposer à Bérenger et remporte les élections anticipées de 1983. Il restera PM pendant 13 années. Avec les jeux d?alliances SAJ a eu l?occasion de se faire beaucoup d?amis et d?ennemis. Ce n?était jamais une question de principe, lui-même l?a dit et la phrase est désormais célèbre : «Moralite pa ranpli vant». Cet homme très privé, sous sa façade de «dur» serait aussi un homme «soft», écoutant les conseils de son épouse Sarojini. Ses relations avec son fils ont souvent été l?objet de spéculations ? il est aussi père d?une fille, Shalini.

Il semblerait que les deux hommes ne soient pas souvent sur la même longueur d?onde, politiquement s?entend, mais que Sarojini agirait comme arbitre à chaque fois qu?il y a un désaccord. D?aucuns pensent que seules les perspectives politiques de son fils guident cet homme de 78 ans.

Ce serait une des raisons pour lesquelles SAJ aurait accepté le renouvellement de son mandat en tant que président. Connu surout pour son franc-parler, il aura été un PM efficace, compétent et capable. Le dernier slogan qui lui a d?ailleurs valu un retour au pouvoir en 2000 a été «mille fois Jugnauth». Ce même Jugnauth que l?on avait envoyé «dan karo kann» en 1995. Une image qui restera gravée dans la mémoire collective :

SAJ, assis sous un manguier dans l?enceinte de l?école Bheewa Mahadoo, concédant la défaite après 13 ans passés à la tête de l?Etat.

<B>Deepa BHOOKHUN</B>

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