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Projet de piste d?atterrissage en dur à Agaléga

17 septembre 2008, 20:00

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Insistons d?emblée sur l?importance du choix, plutôt judicieux (avec plates excuses pour cette prétention vaniteuse), du premier mot de ce titre : «projet». Comme dit le bon Monsieur de La Fontaine, que nous soyons «puissants ou misérables», ce mot peut revêtir plusieurs significations. Pour les puissants locataires de l?Hôtel du gouvernement, par exemple, «projet» est forcément synonyme de décision, prise à l?unanimité du cabinet (souvent fermé de l?intérieur), après mûres réflexions, décision répondant, grâce à la présente qualité d?écoute gouvernementale, à une longue attente d?une section de la population, attente dont les seuls responsables ne peuvent qu?être les précédents gouvernements ; projet-décision exigeant, bien sûr, les gros titres, en une, de la presse accommodante et au moins cinq minutes en prime time, au JT de la Ministers? Broadcasting Corporation.

Pour les misérables, dont les éditorialistes, écrivant en pure perte ce que d?aucuns pensent, sinon tout bas, du moins rarement en présence d?ouies ministérielles ou secrètement policières, «projet» signifie tout simplement «calendes grecques, semaine des quatre jeudis, dentiers pour gallinacés». Ils en veulent pour preuve la sagesse flegmatique, et donc britannique, conseillant ceci : voulez-vous enterrer un projet embarrassant ? Confiez-le à un comité ad hoc...

Longue digression... pour ne pas changer... simplement pour dire qu?un quart de siècle après, les Agaléens attendent toujours, depuis septembre 1983, sinon avant, la réalisation d?une promesse pourtant en béton d?une piste d?atterrissage digne de ce nom, promesse d?un gouvernement pas même travailliste ni ramgoolamien, tout juste un peu boolelliste, dirigé par le nouveau tandem Anerood Jugnauth-Gaëtan Duval et dont la devise est : Ar? nous péna catacata...». Ce catacata se résume en une piste en dur, immédiatement pour Agaléga. Saint-Brandon a moins de chance. Cet archipel devra attendre son tour. Jusqu?à quand ? 2033 ou après.

Pour Agaléga, en tout cas, il ne s?agit pas d?une décision en l?air. Le projet est soigneusement concocté. On connaît même la longueur de la piste d?atterrissage en dur : 1 200 mètres. On balaie même d?un revers de main une objection malencontreuse : il n?y aura aucun débordement en mer. Côté fric ? No problem, la France, plus généreuse quand il s?agit d?infrastructure qu?en matière de promotion francophone, débourse. Douze millions de francs. De quoi rééditer les ?uvres majeures de la littérature mauricienne d?expression française (si possible sans commencer par l?inévitable Malcolm, notre seul écrivain, à en croire certains). Projet ratifié, même par la défunte commission mixte franco-mauricienne, la seule Franco trouvant grâce, à Maurice, aux yeux de nombreux idéologues locaux. Paris nous a envoyé des experts français, nommés Meunier et... Suisse (pas même romande). Il y aurait même différentes possibilités de pistes d?atterrissage à Agaléga.

Le gouvernement Jugnauth-Duval, avec un zeste de Boolell, déjà aux A.E (via Gayan), avait le choix entre une piste en béton mais à Agaléga seulement ou deux pistes en terre battue à Agaléga et à Saint-Brandon. Alternative pour le moins courageuse quand on connaît la récente aversion ibérique du Suisse Federer pour la terre battue. C?est, en tout cas, dans ce dernier sens que décide la paire Jugnauth-Duval. Paris reçoit sur le champ la décision mono piste de Port-Louis. Ça c?est gouverner. Mais trouver de la terre même battue à Saint-Brandon risque d?être une autre de paire de manche à balai.

Les thuriféraires se rengorgent. Baron Chobay avait annoncé ce projet, encore à l?état indécis, dans son dernier discours du trône, en présence, bien sûr, de son successeur, Seewoosagur Ramgoolam, l?ayant précédemment réduit au Réduit.

Air Mauritius emboîte le pas au pas-de-catacata gouvernemental. Elle planche déjà sur le type d?appareils, pouvant se poser à Agaléga sur une piste en béton armé de bonnes intentions. Elle a le choix entre l?ATR-42, le DASH 7 ou 8, le CN 235 ou encore le SAAB Scania. Ces deux derniers avions ont le même constructeur que nos Twin Otters. L?express les écarte d?office. L?ATR-42 trouve grâce aux yeux de Paris. C?est tout dire. Nous sommes bien indépendants depuis le 12 mars 1968. Il y a bien un sous-fifre qui fait remarquer que la France donne la piste mais pas l?ATR-42. On foudroie du regard cet esprit cabossé. C?est décidé : on négociera aussi l?acquisition d?un ATR-42. Les cordons de la bourse française n?ont qu?à bien se tenir.

En attendant, Agaléga attend toujours sa piste d?atterrissage en dur et Saint-Brandon sa piste même en terre battue à l?île Puits-à-Eau (et donc pas à pétrole). Dure, dure d?être des îles lointaines. Elles ne reçoivent pourtant pas le JT de notre NBC.

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