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Patience et longueur de temps?

18 septembre 2008, 00:00

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Rashid Hossen, sobrement vêtu, nous reçoit dans son bureau boisé d?Astor Court. Outre sa table de travail, une autre table dans son dos retient notre attention car y figurent des objets qui lui sont chers : une statue de marbre représentant une femme aveugle tenant entre ses mains la balance, symbole de la justice, et la photographie de Sarah, son épouse sud-africaine en compagnie de leurs deux enfants, Zeenat, 16 ans et Abdul Azize, 14 ans, nommé après son défunt grand-père.

C?est de façon mesurée que s?exprime le nouveau président du TAP. «Malgré le retard, je viens d?être nommé. La satisfaction a malgré tout sa place», confirme-t-il. L?attente, il connaît bien. C?est sans doute ce qui a éprouvé sa patience. En effet, au fil de sa carrière de magistrat, il a dû, à la surprise quasi générale, patienter des années avant d?obtenir des promotions. Il aurait pu quitter la magistrature mais c?était sans compter son amour pour les mots et en particulier le mot juste. Parler pour ne rien dire, ce n?est pas pour lui. La nature de son travail a renforcé chez lui le sentiment que le moins loquace on est, le mieux c?est. «C?est le jugement du magistrat ou du juge qui parle pour lui et là, le mot juste a toute son importance», souligne cet homme de 52 ans.

Rashid Hossen est le seul membre de sa famille à avoir dévié de la trajectoire de ses pères en refusant de se spécialiser dans la bijouterie ou l?optique à l?issue de ses études secondaires au collège St Mary?s où il a obtenu un Grade I en examen de fin d?études. C?est pour ne pas être sous la coupe de son frère Farouk Hossen, qui a remplacé leur père, mort quelques mois après sa naissance que Rashid Hossen, pourtant attiré par la continuité des affaires familiales ? il est le petit-fils de Mohamed Hossen, premier bijoutier et opticien Gujerati à s?installer à Maurice -, décide de faire bande à part. Rashid veut étudier le droit et l?annonce à son grand frère qui, dit-il, «était très sévère». A sa surprise, celui-ci ne s?y oppose pas.

C?est à l?université de Buckingham en Angleterre, classée comme une des meilleures universités selon le Sunday Times, qu?il est admis. Voulant mettre les bouchées doubles, il réussit son LLB en deux ans au lieu de trois et l?obtient avec les honneurs. Cela fait de lui le premier Mauricien à obtenir son LLB (Honours) au sein de cette prestigieuse institution. Après ça, il passe quelques mois à l?Académie de droit international de La Haye aux Pays-Bas où il a obtenu une bourse.

Rashid Hossen demeure encore une année au Middle Temple où il obtient un Second Class avant de regagner le pays et d?effectuer son apprentissage chez Me Hamid Moollan Q.C. Après quoi, il rentre au Parquet. Peu de temps après, il est délégué pour représenter Maurice aux conférences légales à Bordeaux et à Paris durant le sommet de la Francophonie. Là, il se délecte des débats sur le bien-fondé de l?anglicisation du droit français. Lui, c?est un puriste au niveau de la langue. «Il faut faire attention aux mots. On ne joue pas avec par respect pour eux. Et si on le fait, cela doit être le mot juste». Sa carrière décolle assez rapidement puisqu?il est nommé magistrat à 25 ans, devenant ainsi le plus jeune magistrat de l?île.

C?est par la suite que les choses stagneront pour cet admirateur de Lee Kwan Yu, ancien Premier ministre de Singapour. Pendant les 25 années qui suivent, le magistrat Hossen qui, à ses heures perdues, joue du piano et est fan du chanteur Georges Michael, fait la navette entre le parquet et les cours de districts.

Il lui a été donné de présider l?enquête préliminaire qui sera la plus longue dans l?histoire du pays, à savoir celle ayant trait à l?assassinat d?Azor Adélaïde. Affaire qui revient de temps à autre dans les journaux. Le principal suspect est feu l?avocat-politicien sir Gaëtan Duval. «Le voir ainsi comparaître tous les jours pendant presque une année sous une charge criminelle aussi sérieuse que l?assassinat et où la corde au cou le guettait ? je ne parle pas de mariage mais de pendaison (rires) ? a puisé dans mes réserves de patience», avoue-t-il. «Il a fallu pouvoir gérer un certain stress lors de cette période. Ma décision de déférer sir Gaëtan Duval aux assises a été faite sur la base de ce qui a été présenté devant le tribunal», ajoute-t-il. Cette affaire a été rayée par la suite par le Directeur des poursuites publiques.

Rashid Hossen a revu sir Gaëtan Duval à l?issue de l?enquête. Il siégeait alors au tribunal de Curepipe et l?avocat-politicien paraissait comme avocat. «Je me sentais embarrassé. Il est entré en chambre, m?a souri et m?a tendu la main en disant : ?Coco, mo kone pa toi sa?. Il voulait dire par là qu?il savait que je ne faisais que mon boulot. Je dois dire que cela m?a soulagé.»

<I>«J?ai vécu un demi-siècle et fait un quart de siècle dans cette profession. J?ai vu que chez des accusés, il n?y a pas que du mauvais, il y a aussi du bon. Chez des juges, il n?y a pas que du bon, il y a aussi du mauvais. Mon seul regret est d?avoir connu certains juges indignes? »</I>

Il admet avoir fait l?objet de tentatives d?intimidation durant ce procès qui a mobilisé 126 témoins venant notamment de toutes les institutions de Maurice et d?ailleurs. «Il a fallu avoir la force d?y résister». Me Hossen a aussi présidé un procès où un vice-Premier ministre nommé Harish Boodhoo, a été poursuivi au criminel sous une accusation de diffusion de fausses nouvelles.

Il a aussi dû présider un procès où un ministre en exercice, en l?occurrence Michaël Glover, était poursuivi par le Mouvement Civique relativement à une affaire de drogue. «Lorsque le frère de ce ministre est votre supérieur hiérarchique, c?est embêtant. On aurait préféré ne pas vivre une telle situation», explique-t-il.

Malgré les attentes de promotion durant sa carrière, Me Hossen ne regrette pas d?avoir choisi cette profession. Elle lui a, entre autres, ouvert les yeux sur l?humain. «J?ai vécu un demi-siècle et fait un quart de siècle dans cette profession. J?ai vu que chez des accusés, il n?y a pas que du mauvais, il y a aussi du bon. Chez des juges, il n?y a pas que du bon, il y a aussi du mauvais. Mon seul regret est d?avoir connu certains juges indignes? »

Selon lui, il n?y a pas de différence dans le fond entre présider une affaire au tribunal et faire un arbitrage au TAP ou au Civil Service Arbitration Tribunal, instance qu?il préside aussi. «L?arbitrage est un monde fascinant et la nature du travail est la même dans le fond. Mais l?arbitrage, c?est rendre justice avec une certaine flexibilité. Cela n?a pas la rigidité d?une Cour de justice. Cela demande d?avoir la conviction que l?on peut réconcilier l?irréconciliable et réclame encore plus de patience.» Qualité dont il est indéniablement pourvu?

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