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Une gestion améliorée

17 septembre 2008, 20:00

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<B> (A)ménager les dégâts</B>

Pas de réédition des tragiques faits divers de mars dernier. Les pluies torrentielles n?ont pas été meurtrières. Et la communication a, cette fois, admirablement fonctionné, si l?on en croit Tiberman Ramyead, consultant et ancien directeur de l?Environnement. Il n?empêche qu?en mars, des faiblesses ont été mises en relief : drain, défaut de politique d?aménagement du territoire, incivisme. Déjà, dans les années 1990, un livre blanc de l?Environnement mettait l?accent sur la question des drains.

Ces évacuations sont d?une nécessité capitale dans tout lieu aménagé, dans la mesure où les constructions modifient les axes de ruissellement des eaux de pluie et imperméabilisent les sols. Pour preuve de l?importance de cette question : le nouveau ministre de l?Environnement, Lormesh Bundhoo, a, dans sa première déclaration, fait mention des drains comme priorité de son mandat. Mais le problème reste, sinon entier, du moins en suspens, si on tient compte du coût des drains. «La construction d?un drain sur une route coûte très cher», s?exclame Tiberman Ramyead.

«Plusieurs facteurs coûteux entrent dans la construction d?un drain : la conception, l?excavation, le bétonnage, la pente? Au final, c?est plus cher que la route elle-même!» Pour autant, on ne peut faire l?économie de drains dans les zones habitées. Ceux-ci doivent être certifiés par la municipalité, le conseil des districts et la Road Development Authority (RDA). En fait, la question des drains est intimement liée à la politique d?aménagement du territoire. Or, un spécialiste en la matière, souhaitant préserver l?anonymat, déplore l?absence d?une politique cohérente dans ce domaine. «Les zones construites ou dites constructibles, le sont parfois en dépit du bon sens. Il n?y a pas de travail en amont pour l?identification des zones présentant des risques d?inondation. Il faut savoir que certains endroits, de par la géologie du lieu, la topographie ou la proximité d?un cours d?eau, sont des lieux habituellement ou exceptionnellement inondés. Les zones humides ou celles où le sol est plus ou moins imperméable devraient être inconstructibles ! Mais voyez ce qui s?est fait dans le nord à Grand-Baie ou Péreybère. Et en cas de pluies torrentielles, il faut pouvoir identifier clairement les endroits qui risquent d?être inondés. Dans l?approche, il faut une typologie claire.» Tiberman Ramyead va plus loin : «C?est vrai que l?urbanisation a bouleversé l?écoulement des eaux de pluie. Les drains servent à cela. Mais pour qu?ils remplissent leur rôle, il faudrait qu?ils soient bien entretenus. Il y a un autre élément important. En construisant des morcellements, on aplanit le relief. On touche donc aux exutoires naturels des eaux de pluie. C?est grave parce que les drains ne pourront pas jouer ce rôle aussi efficacement.»

Clairement, si les autorités avaient adopté, dès le départ, des lignes directrices claires d?aménagement de l?espace dans le processus d?urbanisation, les inondations n?auraient, semble-t-il, pas eu un impact si désastreux. Une politique d?aménagement du territoire devient capitale, d?autant que de nouvelles villes voient ou verront le jour ? Ebène, Highlands, Tianli. De fait, la question de la gestion des eaux de ruissellement doit être réfléchie en amont afin que des zones inondables n?apparaissent pas trop tard. «La politique de la ville aussi est un des volets importants. C?est à la collectivité locale d?assurer le bon entretien des drains, sauf sur les routes principales (les routes Royales). Le problème, c?est que la fiscalité des villes n?est pas suffisante pour permettre à la ville de se doter des moyens nécessaires au bon entretien des drains. Et quand ces derniers sont mal entretenus, les dégâts peuvent être énormes», fait également ressortir notre interlocuteur urbaniste et aménageur.

<B> Au niveau local</B>

Plaies des collectivités locales, l?incivisme des administrés et le manque de moyens expliquent le désarroi, moindre aujourd?hui il est vrai, face aux intempéries et leurs conséquences fâcheuses. Il faut croire que la leçon de mars 2008 a été bien comprise. Depuis ces évènements, les différents acteurs locaux et nationaux travaillent de concert pour limiter, autant que faire se peut, l?impact néfaste du trop plein de précipitations. «Les habitants aussi ont une part de responsabilité», estime Sunil Somaroo, président par intérim du conseil de district du Nord.

En effet, l?incivisme est l?une des causes de l?embâcle des drains en période de grosses pluies. Ramalingum Maistry, maire de Beau-Bassin/Rose-Hill, abonde dans ce sens. «Dans les résidences ouvrières, il y a un problème de gestion des déchets. Du coup, les habitants se débarrassent parfois de leurs détritus directement dans les drains. Sur la route Royale, certains magasins utilisent les poubelles publiques pour y mettre leurs déchets. Elles ne sont pas faites pour en recueillir autant. Trop pleines, elles débordent et les déchets se retrouvent sur le chemin puis dans les drains, ce qui à la longue peut également les boucher. Dernier exemple, sur la promenade Roland Armand, les poubelles publiques sont aussi utilisées par des administrés qui y déversent leurs poubelles au lieu de les garder chez eux en attendant que les services de collecte des déchets passent. C?est le même scénario que sur la route Royale.»

Ces exemples mettent en relief la nécessaire coopération des citoyens. Les drains sont trop souvent bouchés par des déchets, et si l?écoulement des eaux de pluies ne se fait pas correctement, il y aura nécessairement un endroit qui en pâtira. Et le prix à payer est celui d?une inondation? pour cause d?incivisme. Bien entendu, les administrés ne peuvent être tenus pour seuls responsables. Le manque de moyens des collectivités est un autre problème majeur. Que ce soit au conseil du Nord ou à la municipalité des villes s?urs, on se plaint du manque de moyens. L?assiette fiscale est réduite et la levée de fonds pour les services de voirie n?est, de fait, pas suffisante. «Nous essayons de faire de notre mieux malgré nos moyens limités. Nos ressources humaines sont insuffisantes comparativement au travail à faire et nous ne disposons d?aucune machine. Par contre, nous travaillons en étroite collaboration avec la RDA en ce qui concerne les drains des routes royales et aussi avec la National Development Unit (NDU)», avance Sunil Somaroo. Par exemple, la veille de l?avis de pluies torrentielles, des fonctionnaires de la NDU et ceux du conseil du Nord se sont réunis pour avaliser le projet de construction de trois ponts.

Ramalingum Maistry insiste également sur la synergie des acteurs. Les collectivités locales n?ont pas assez de fonds en général. «A la suite des évènements de mars 2008, la NDU finance plusieurs projets, notamment à Plaisance et à Roches-Brunes. Depuis les pluies torrentielles, les régions qui doivent être dotées de canalisation ont été identifiées. Pour les travaux, le financement est assuré dans ce cas par la NDU, mais la maîtrise d?ouvrage nous revient.» Pour pallier le manque de civisme des administrés, les élus comptent simplement sur leur bonne conscience et éventuellement des campagnes d?information et de sensibilisation du public.

<B> L?après-26 mars 2008</B>

Goût amer. Les pluies torrentielles décrétées hier rappellent inévitablement celles du 26 mars dernier. Au-delà des dégâts matériels, elles sont aussi ancrées dans les mémoires pour avoir causé la mort de quatre personnes à Mon-Goût. Trois adultes et une adolescente avaient été emportés par les flots dans cette localité. A la suite de ces décès, diverses mesures ont été prises afin d?éviter, dans des cas similaires, qu?il y ait mort d?homme, et pour mieux gérer les problèmes liés aux fortes pluies.

Le cas du 26 mars dernier a surtout rappelé l?importance d?un bon entretien des drains. A la suite de ces événements, l?Emergency Rehabilitation Programme (ERP) a été mis sur pied, sous la présidence du ministre de l?Environnement. Le comité qui s?en occupe a, depuis, identifié 158 sites dits «critiques». Ces sites requièrent plusieurs types de réaménagement, principalement au niveau de drains ou de ponts. A ce jour, les travaux ont été complétés sur 25 sites et ont déjà été entamés sur 42 autres, selon l?ERP. Le comité annonce aussi que des travaux sur 22 sites additionnels commenceront bientôt.

Le réaménagement de trois ponts à Mon-Goût n?a, quant à lui, pas encore été effectué. Un consultant a cependant été désigné pour la conception des travaux et le ministère de l?Environnement a émis une lettre d?intention à la compagnie Transinvest, pour qu?elle entreprenne la construction de ces trois ponts. Au ministère de l?Environnement, on fait aussi ressortir que l?Etat a doté le réaménagement des drains d?un budget de Rs 990 millions, suite aux pluies torrentielles de mars dernier. Ce financement s?étalera cependant sur une période de trois ans.

Suite aux décès causés par les pluies torrentielles du mois de mars, les interrogations ont fusé par rapport à l?attribution des responsabilités. D?où l?instauration, par le cabinet du Conseil des ministres, d?un Fact-Finding Committee (FFC) présidé par le juge Bushan Domah. Ce dernier est soutenu, dans sa tâche, par l?ancien directeur de la météo, Ranjit Vaghjee, et par l?ancien secrétaire aux Affaires intérieures, Jacques Rosalie. La mise sur pied de ce comité d?enquête cadre aussi avec les critiques émises, sur les scènes publique et politique, à l?égard de plusieurs organismes, dont les services météo et le ministère de l?Education. C?était aux alentours de 13 h 30 que le ministère de l?Education avait passé le mot d?ordre pour que les étudiants rentrent chez eux. Le fait que le ministère n?ait pas fermé les écoles dès le matin a été largement controversé. La polémique a d?ailleurs été renforcée par la mort de Laura Paul, jeune fille de 13 ans, qui a été emportée par les flots à Mon-Goût alors qu?elle rentrait à son domicile. Les services météo ont eux aussi été montrés du doigt. La distinction entre averses et pluies torrentielles a été évoquée à plusieurs reprises par les services météo. Ses porte-parole ont notamment expliqué que la météo ne pouvait prévoir qu?il y aurait, en 4 heures, des précipitations de 150 mm.

L?enchaînement des événements du côté de la météo et l?interaction avec les autres parties concernées sont donc aussi revus à la loupe par le FFC. Au cours d?une audience, le numéro deux de la Police Information and Operations Room, Chetanansing Downut, a notamment soutenu avoir reçu le bulletin météo à 6 h 42 et a précisé que celui-ci «avait été émis à 5 h 45». Le FFC, qui a commencé ses travaux le 1er avril, poursuit toujours son enquête. Il doit évaluer le système d?alerte mis en place le 26 mars, les prévisions de la météo et les moyens déployés pour informer le public. Il devra aussi déterminer si les mesures préventives nécessaires ont été prises par les ministères de l?Education et de la Santé, ainsi que par la police.

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