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«Il faut différencier les importations brutes des importations nettes»

17 septembre 2008, 00:00

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«Il faut différencier les importations brutes des importations nettes»

Les autorités parlent de Rs 23 milliards et la CA de Rs 13 milliards en termes d?importations alimentaires. Vos commentaires ?

La nomenclature douanière comprend 97 chapitres traitant des différentes catégories de produits importés. Vingt-quatre de ces chapitres concernent les produits agricoles, halieutiques et du règne animal. Ces 24 chapitres comprennent des produits destinés à la consommation alimentaire aussi bien que des produits non alimentaires, comme chevaux, chiens, chats, poissons d?aquarium, semences, cigarettes, et autres. Beaucoup de produits alimentaires sont transbordés à Port-Louis, et n?entrent pas dans le circuit local. Il y a aussi un gros volume de produits finis, à partir de matières premières importées, à l?instar du thon, qui sont exportés.

Lorsqu?on parle d?importations de produits alimentaires destinés à la consommation locale, il s?agit en fait d?importations nettes desquelles ont été exclus les produits mentionnés.

Oui, exactement. Les importations se sont effectivement élevées à environ Rs 23 milliards pour 2007. Il s?agit là d?importations brutes. En excluant les réexportations, les produits non alimentaires et les matières premières dont le produit fini est exporté, nous arrivons à des importations nettes de Rs 13 milliards, excluant les produits halieutiques consommés localement.

Et si on avait inclus dans notre analyse les produits halieutiques consommés localement.

À ce moment-là nous aurions probablement atteint des importations nettes d?environ Rs 14 milliards.

Pourquoi faut-il exclure les produits halieutiques ?

 Nous avons jugé préférable d?exclure cette catégorie de produits de nos statistiques afin de pouvoir nous comparer, toutes proportions gardées, à d?autres pays. Normalement, la majorité des pays traitent les produits de mer sous un chapitre séparé.

Vous maintenez que la valeur de nos importations nettes de produits alimentaires s?est élevée à Rs 13 milliards.

Oui. Depuis plus de 10 ans, la CA analyse de façon minutieuse les statistiques officielles du Central Statistical Office. Nous étudions aussi les tendances de consommation au niveau des pays développés afin de les comparer à celles de Maurice. Ces informations nous permettent de définir et de proposer aux autorités la stratégie à initier pour assurer notre sécurité alimentaire et de mieux comprendre comment évoluent les tendances de consommation de la population.

Et quelles sont ces tendances ?

Doucement mais sûrement, nous sommes en train de combler le fossé qui nous sépare des pays développés en termes d?habitudes alimentaires. Le consommateur mauricien devient de plus en plus exigeant et recherche davantage de produits élaborés, prêts à l?emploi et de qualité irréprochable. Toute action visant à accroître notre dépendance alimentaire devra tenir compte de cette évolution.

Il y a d?autres contradictions. Les statistiques de l?«Agricultural Research and Extension Unit» du ministère de l?Agro-industrie sur la production locale de légumes font voir que les propriétés sucrières ne contribuent que très peu à la production nationale, alors que la CA avance le contraire ?

Les statistiques officielles provisoires de la production vivrière pour 2007, font voir que la production nationale de légumes aurait été de 83 704 tonnes, provenant d?une superficie récoltée de 6,071 hectares. Elles indiquent aussi que la production provenant des petits planteurs serait de 71,772 tonnes et la surface concernée de 5,550 hectares. S?agissant des établissements sucriers, il y est fait mention que 11,932 tonnes ont été produites sur leurs terres et que la surface récoltée a été de 521 hectares. Basée sur les statistiques officielles, la contribution des établissements sucriers paraît moyenne et ne représente que 14 % de la production nationale de légumes.

Mais la réalité est-elle différente ?

Chaque année la CA procède au recensement de la superficie que les établissements sucriers ont consacré durant l?année écoulée à la diversification agricole. Ces informations sont soumises à la Sugar Authority. Si on se réfère aux statistiques de la CA, il s?avère qu?en 2007, les propriétés sucrières ont consacré une superficie de 1,523 hectares à la production de légumes contre 521 hectares comme font état les chiffres officiels. Ces 1,523 hectares concernent les terres cultivées par les propriétés sucrières elles-mêmes et celles qu?elles ont louées aux petits planteurs. Il y a une différence substantielle de plus de 1,000 hectares entre ces deux sources d?informations. Ce constat ne s?applique pas seulement pour 2007 mais aussi aux années précédentes.

Vous avancez que les statistiques officielles ne reflètent pas la réalité ?

À plusieurs reprises nous avons attiré l?attention des autorités que les statistiques officielles sur la production nationale de légumes sont loin de refléter la réalité. Maurice produit beaucoup plus de légumes qu?on ne le pense. Basé sur les statistiques dont nous disposons et en admettant qu?il n?y ait aucune différence de rendement entre les diverses cultures entreprises tant chez les petits planteurs que sur les propriétés, cela représenterait une production de près de 30 000 tonnes provenant des terres de nos membres. Cela sous-entend que la production nationale de légumes se serait donc élevée, en 2007, à 102 000 tonnes au minimum, soit 18 300 tonnes de plus que les statistiques officielles provisoires. C?est une différence conséquente. La contribution des établissements sucriers représenterait, en 2007, 30 % et non 14 % de la production nationale de légumes. Ce volume serait plus proche de la réalité.

À plusieurs reprises récemment, l?ex- ministre de l?Agro-industrie a lancé un appel aux propriétés sucrières afin qu?elles louent davantage de terres aux petits planteurs. Qu?en pensez-vous ?

La contribution des propriétés sucrières au niveau de la diversification agricole mérite d?être soulignée. Les propriétés louent beaucoup plus de terres pour les cultures vivrières qu?elles ne cultivent elles-mêmes. Ces terres sont louées à un prix forfaitaire afin de permettre à un maximum de petits planteurs d?en avoir accès. Il ne faut pas oublier que l?activité principale des propriétés est la culture de la canne.

Mais il y a la pression pour les terres ?

Cette pression est telle que bien souvent les propriétés se voient dans l?obligation de récolter leurs cannes bien avant qu?elles ne soient arrivées à maturité, afin de libérer ces terres relativement tôt pour la location. Cela représente un manque à gagner conséquent pour l?industrie. Les propriétés sucrières, à travers la Mauritius Sugar Producers Association, ont récemment cédé 100 arpents supplémentaires au gouvernement, lesquels ont été transformés en potagers permanents pour une période de 8 ans. Près de 200 petits planteurs y sont concernés.

Il y a aussi les 1 000 arpents supplémentaires qui seront graduellement livrés au gouvernement pour les cultures vivrières. Les planteurs seront encouragés à se regrouper à travers des food companies pour développer ces terres. L?ensemble des établissements sucriers font de leur mieux afin de répondre aux attentes des petits planteurs et du gouvernement. Ils peuvent difficilement faire mieux dans les circonstances actuelles.

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