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Egalité des sexes :Où en sont les hommes ?
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Egalité des sexes :Où en sont les hommes ?
Nicolson et sa petite famille ont pris des vacances et logent chez des amis. Tout va bien dans le meilleur des mondes. Mais voilà que son hôte, une femme, se met à comptabiliser le nombre de fois qu?il change les couches de son bébé. Nicolson se sent alors traqué. A cet exercice, il est bien loin d?avoir la moyenne, car c?est sa femme qui change le bébé le plus souvent. Non pas qu?il refuse de le faire, mais c?est tout simplement que cela plaît à sa femme de s?en occuper personnellement. « Si cela avait été possible, on m?aurait greffé des seins pour que je puisse aussi allaiter mon bébé », s?insurge Nicolson, qui n?a pas d?a priori concernant l?égalité des sexes, mais qui estime qu?on peut vite sombrer dans la paranoïa.
Certes, on se retrouve un peu plus chaque jour dans une société en mouvement où les rôles se redéfinissent. Ce qui est tout à fait normal puisqu?il y a toujours des rééquilibrages à faire dans la vie. Le hic, c?est que ces mutations laissent planer des doutes et des malentendus sur la place de chacun. A quoi doivent ressembler les mâles aujourd?hui ?
Quels doivent être leurs rapports avec les femmes ? Il n?y a sans doute pas de réponse claire et nette à cela. La seule chose dont on est à peu près sûr, c?est que face à l?émancipation de la femme, l?homme d?aujourd?hui n?est plus celui d?hier. Et ils sont nombreux à avoir compris que la toute-puissance masculine traditionnelle ne marche plus. Que l?homme et la femme sont sur le même pied d?égalité.
L?homme est parfois mal à l?aise
D?ailleurs, ils font la cuisine, sont un peu plus investis auprès des enfants, mettent le linge à sécher. Ils montrent plus facilement leurs émotions, leurs fragilités, ils pleurent même sur les stades. Ils acceptent mieux l?idée d?avoir une femme comme chef, que leurs épouses travaillent et aient une vie sociale? « Même les plus vieux s?y mettent sauf qu?ils se sentent obligés de se justifier en avançant qu?ils le font parce que leur épouse n?est plus toute jeune. Ou parce que leurs enfants travaillent et n?ont pas le temps, et ils donnent donc un coup de main », avance Vijay Ramanjooloo.
Mais déchu de son statut dominant, l?homme est parfois mal à l?aise sur ce qu?on attend de lui. Il ne sait pas trop comment se positionner par rapport aux femmes. Est-ce qu?elles ne veulent plus qu?il soit viril ? Est-ce qu?elles veulent qu?il soit sentimental ? Est-ce qu?il n?est plus le protecteur, le chef de famille ? Est-ce qu?il a le droit de pleurer en public, d?aspirer à une princesse charmante ?
La psychanalyste, Hélène Vecchial, dénonce de son côté dans son livre Ainsi soient-ils, une féminisation à outrance du couple, de la famille et de la société. Selon elle, les femmes sont en train de transformer les hommes en femmes, de materniser les pères. Elle tire la sonnette d?alarme sur le risque de l?effacement des différences sexuelles, et sur celui que les « vrais » hommes disparaissent.
Mais, en fait, si les rééquilibrages s?imposent entre les deux sexes, il convient de ne pas oublier que l?homme et la femme sont différents sur le plan physique et psychologique. Et que différences ne veut pas dire que l?un est mieux que l?autre. « Egalité ne veut pas dire similitude de comportement. Je pense, qu?à la base, les hommes gagneraient à comprendre comment pensent les femmes, comment elles fonctionnent. Cela éviterait bien des incompréhensions », estime Javed Bolah qui est dans la communication. Et il ajoute que, tout compte fait, les femmes aussi ne comprennent pas les spécificités des hommes.
En définitive, l?idéal dans les rapports hommes-femmes, c?est que les choses se fassent en souplesse. Sinon, les relations peuvent vite tourner en rivalité, en méfiance mutuelle. Il est peut-être temps de réfléchir sur l?éternel malentendu du sexe, et de ne pas se cantonner à des attitudes rigides pour éviter la guerre des sexes. C?est sûr que cela suppose un apprivoisement dans le temps.
ET QU?EN PENSENT LES FEMMES ?
● Allia Syed Hossen-Gooljar
La présidente du Cercle des dames mourides, a observé que dans les réunions où il est question de « gender » on voit arriver des hommes sur la défensive, ce qui pousse les femmes à attaquer. Que dans le bus, les hommes ne cèdent plus leur place aux femmes qui sont debout parce qu?ils confondent égalité et politesse. Elle est d?avis qu?on a oublié de dire aux hommes et aux femmes qu?ils ont les mêmes droits, mais des caractéristiques et des besoins différents. « Les hommes et les femmes ont chacun leurs réalités, leurs faiblesses et leurs forces, on ne peut pas être égaux à ce niveau. Mais là où le bât blesse, c?est lorsqu?il est question d?égalité des chances. » Ainsi, plutôt que de parler d?égalité des sexes, elle préfère parler d?égalité des chances, qui veut dire les mêmes droits.
● Saskia Virahsawmy-Naidoo
Cette Financial Controller, trouve que sur le lieu de travail, par exemple, les hommes sont encore réticents à donner aux femmes leur chance. Mais dès qu?on les convainc par des compétences, ça ne fait plus de problèmes. Elle est d?avis que les femmes doivent sortir de ce discours de victime, qu?il ne sert à rien de faire porter à l?autre la responsabilité de son destin. « Les femmes doivent s?imposer, prendre leur place sans attendre que les hommes la leur donnent. » Elle-même est la première femme à gérer les finances dans les collectivités locales et si elle se sent sur le même pied d?égalité que les hommes, si elle se sent respectée, c?est parce qu?elle s?est battue. « J?ai considéré que l?égalité était un combat et que ce combat n?est pas mauvais en soi. »
● M.
Elle ne croit plus dans les hommes et dans leur sens d?équité. « J?ai été mariée à un alcoolique, un homme qui refusait de travailler et qui par-dessus tout me battait. Au bout de 20 ans de vie commune, je l?ai quitté. Aujourd?hui, je travaille jour et nuit, les dimanches et même les jours fériés pour élever mes deux enfants. Je suis devenue indépendante et c?est ce qui compte.
Dans mon entourage, je vois bien que tous les hommes ne sont pas ainsi, mais je n?ai pas confiance. » N?empêche, elle essaye d?éduquer son fils pour qu?il ne fasse pas comme son père.
QUESTIONS A ? VIJAY RAMANJOOLOO, PSYCHOLOGUE
« Personne n?est supérieur à l?autre »
L?homme a perdu son statut de dominant. Son rapport avec les femmes a changé. Comment le vit-il ?
Notre identité se construit selon notre cadre de référence, c?est-à-dire les modèles que l?on voit autour de nous. Si mon fils voit que je balaie la maison, que lorsqu?il y a une décision à prendre à la maison, sa mère et moi le faisons dans le dialogue, il répétera le même schéma plus tard. Il n?aura pas de difficultés avec cette nouvelle identité. La crise d?identité concerne la génération qui a eu pour modèle l?homme comme autorité suprême. Afin de coller à l?évolution, il doit faire des compromis et là surgit une lutte entre ce qu?il a forgé au fond de lui depuis toujours et le principe de réalité. Cette transition ne va pas de soi, cela demande de l?énergie.
Certains trouvent qu?avec l?égalité des sexes, on demande aux hommes de se féminiser. Qu?en pensez-vous ?
Il faut tout contextualiser. Avant, les hommes ne pouvaient pas montrer leurs émotions parce qu?ils avaient des responsabilités. Dans le livre L?enfant noir, l?enfant doit affronter un lion afin d'être considéré comme un homme, il doit ravaler ses peurs, ses pleurs. Avant, l?homme devait chasser pour nourrir sa famille, et adopter une attitude d?homme fort. Aujourd?hui, le contexte a changé. Dans une société où l?homme et la femme travaillent, changer une couche n?a plus rien de féminin. Je ne considère pas qu?il y ait des valeurs féminines d?un côté et des valeurs masculines de l?autre. Il y a une valeur intrinsèque qui est que personne n?est supérieur à l?autre.
Comment faire pour que les hommes et les femmes ne vivent pas dans l?incompréhension de l?un et de l?autre ?
Nous devons apprendre à accepter nos différences et à réfléchir à notre vrai rôle. Généralement, quand les garçons et les filles découvrent le sexe de l?un et de l?autre, la fille le vit mal. Elle n?a pas de phallus et inconsciemment, elle vit cela comme un manque et se croit inférieure. Maintenant, toute une éducation est à faire pour que nous acceptions nos différences sans pour autant considérer que l?un est supérieur à l?autre. Les hommes ont des qualités que les femmes n?ont pas et vice versa.
■ Alan Puresh, retraité
« Quand ma femme a accouché d?une fille, quelqu?un m?a dit sur un ton compatissant ?Pas fer narien?. Pourtant, j?étais très content et très fier d?avoir un enfant, tout simplement. Indépendamment de son sexe, de sa race, etc. je pense que tout le monde a sa place au soleil. Moi, je n?ai jamais fait de discrimination entre les deux sexes. Quand je ne veux pas que mon petit-fils pleure, je lui dis : ??Tu es grand maintenant??.
Je ne lui dis jamais que les garçons ne pleurent pas.
Quand on parle d?égalité, je pense qu?il faut insister sur la complémentarité pour qu?il n?y ait pas de malentendu. Il faut faire ressortir que ce qui est important, c?est que les hommes ne se comportent pas comme étant supérieurs aux femmes et vice versa.
Mon épouse s?occupe essentiellement de l?entretien de la maison et de la cuisine, et elle n?y voit pas d?inconvénients. Cela ne m?empêche pas de mettre les vêtements à sécher si je passe devant la machine et que je vois qu?elle a fini de laver.
Il faut savoir faire la part des choses à mon avis. Accepter qu?en règle générale, les femmes sont plus tendres, qu?elles ont tendance à plus réfléchir? et que les hommes agissent plus spontanément. On est différent, il faut pouvoir apprécier nos différences.
Ce serait moche si nous étions tous uniformes. »
■ Alain Jeannot, steward
« A mon avis, la question d?égalité entre l?homme et la femme peut être tendancieuse si elle est mal comprise. Les mouvements féministes n?ont pas inventé l?égalité homme-femme, ils ont tout simplement revendiqué une attitude moins oppressive envers les femmes. La femme et l?homme sont fondamentalement et indéniablement égaux dans leur valeur. Cependant, il y a des différences physique et psychologique qui les rendent complémentaires. Le secret de toute relation, de toute entreprise se trouve dans la compréhension, la responsabilité et?la flexibilité. Une exigence artificielle qui demande à la femme d?être égale à l?homme, et vice versa, dans tous les domaines ne peut qu?être néfaste à leurs relations et à leur qualité de vie.
D?ailleurs, l?académicien André Maurois disait n?avoir ??jamais constaté qu?une femme ait éprouvé un réel bonheur avec un homme qu?elle ne respectait pas pour sa force et son courage, ni qu?un homme normal ait été parfaitement heureux avec une amazone??. Lady Astor, première femme à être élue à la British House of Commons, abondait aussi dans le sens de la complémentarité. Complémentarité sans injustice est ma façon de concevoir le gender issue. »
■ Sameer Runjally, directeur de la griffe «Reality»
« Je pense que dans le quotidien, il y a une bonne pluralité. Par exemple, les hommes ne jouent plus aux fiers aujourd?hui, ils sont bien contents que leur épouse travaille sinon on n?arriverait pas à subvenir aux besoins de la famille. Et puis, de nos jours, les jeunes couples ne vivent plus sous le même toit que les beaux-parents. La belle-mère n?a donc plus l?occasion de faire la leçon à sa bru et de lui apprendre à être au service de son fils. Mais quand on regarde les choses de plus près, il y a encore beaucoup de préjugés à combattre chez les hommes comme chez les femmes. Dès qu?une belle femme brille, il y aura toujours des gens qui penseront qu?elle est passée sous le bureau.
Si une femme couche à gauche et à droite, on la traitera de salope, mais pour un homme on parlera de don Juan. On ne veut pas être sexiste, mais il y a des attitudes qui restent et qui sont difficiles à changer. Là où je ne suis pas d?accord, c?est lorsque les femmes adoptent des attitudes machistes que nous les hommes nous efforçons d?éliminer. Certaines femmes disent qu?elles n?ont pas besoin des hommes, qu?elles peuvent se débrouiller sans eux.
Je pense pourtant que ce n?est pas dégradant pour une femme de devoir parfois compter sur les hommes ou de vouloir que son mari la protège. Et les hommes et les femmes ne doivent pas aller dans les extrêmes et exagérer dans leur quête pour l?égalité des sexes.
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