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Des épis à la bouche
La crise alimentaire mondiale n?épargne aucune zone. Non que la famine se profile à l?horizon, mais que les cours des denrées alimentaires de base ont enregistré une hausse conséquente. A ce chapitre, Maurice est vulnérable. La surface agricole utile est presque à 90 % plantée sous cannes. Dès lors, les autres cultures restent marginales. Or, il est impératif pour le pays de développer d?autres cultures à des fins de sécurité alimentaire.
La petitesse de l?île force les autorités, en partenariat avec le secteur privé, à pallier cette contrainte naturelle. L?option régionale est la meilleure. C?est ce que préconise le dernier budget. Madagascar et le Mozambique offrent des perspectives de cultures immenses. La proximité géographique est également un facteur encourageant. Restent des handicaps internes à dépasser telle la défaillance des réseaux de communication, ne serait-ce que pour acheminer les productions agricoles vers les ports.
Le maïs fait partie des quatre denrées alimentaires de base dont le gouvernement entend développer la production. La pomme de terre, l?oignon, et le soja, complètent la liste. L?autosuffisance alimentaire n?est pas une lubie. Les professionnels du secteur estiment que les besoins en oignon seront couverts à 70 % d?ici 2015, contre 40 % aujourd?hui. En ce qui concerne le maïs, les perspectives sont intéressantes.
D?abord, il s?agit d?un légume destiné à la consommation humaine (maïs bouche). Surtout, il constitue un aliment de choix pour les animaux (variétés de maïs grain), principalement les gallinacés (poules, poulets et oeufs). «Nous incluons le maïs comme l?un de nos produits prioritaires dans nos négociations pour un partenariat régional dans la production alimentaire», soulignait Rama Sithanen lors de la présentation du dernier budget.
75 000 tonnes de maïs sont importés annuellement de l?Argentine à 300 USD la tonne, dont 100 USD pour le fret. Dans les quelques années à venir, les techniciens du Mauritius Sugar Industry Research Institute (MSIRI) estiment que la demande devrait atteindre les 100 000 tonnes. Il s?agit principalement de maïs en grain, c?est-à-dire la variété destinée à l?alimentation animale. L?industrie du poulet est très dépendante de cette denrée et la variation des prix, compte tenu du fret notamment, risque d?influer sur le prix total des importations. D?où l?intérêt pour une telle culture.
«Les membres de la Mauritius Sugar Producers Association (MSPA) ont toujours été conscients de l?importance d?assurer un certain niveau de sécurité alimentaire sur notre propre sol, et restent prêts à collaborer avec toutes les parties concernées afin d?aider notre pays à faire face à ce défi», faisait ressortir un communiqué de l?association en avril dernier. Si c?est la pomme de terre qui est essentiellement visée, il n?empêche que des efforts peuvent également être faits en ce qui concerne la production de maïs.
Des essais sur différents types de maïs sont en cours à l?Agricultural Research and Extension Unit (AREU). Un technicien révèle qu?en ce qui concerne les variétés de maïs doux, c?est-à-dire celles pour la consommation humaine (maïs bouche), ne présentent pas «les meilleurs résultats». Toutefois, les recherches se poursuivent et l?optimisme reste présent.
Mukesh Rughoo, responsable du département des cultures vivrières au MSIRI, rappelle que la diversification agricole était un succès dans les années 1990. Le maïs était l?un des produits concernés. Planté en interlignes de cannes ou en plein champ, le maïs produit localement répondait à une partie convenable de la demande. Aujourd?hui, les recherches du MSIRI se concentrent sur les variétés à développer dans la mesure où «les connaissances agronomiques sont déjà acquises» avance Mukesh Rughoo.
Selon un agronome du secteur privé, «le maïs est une culture industrielle comme la canne. Donc pour avoir plus de maïs, il faut faire moins de canne. Pour certains ce serait beaucoup plus profitable de faire autre chose que le maïs parce que le schéma économique du maïs ressemble trop à celui de la canne. C?est la raison pour laquelle on préfère une diversification agricole vers les légumes». Dans le même sens, Mukesh Rughoo estime qu?il faudrait «13 000 hectares de terres pour produire 75 000 tonnes de maïs», ce qui dans l?état actuel des choses n?est pas envisageable. «On peut produire jusqu?à 20 000 tonnes de maïs localement. Le reste devra être produit dans la région.»
Les perspectives régionales sont donc prometteuses. Madagascar et le Mozambique dispose de nombreuses terres arables. Les questions qui se posent sont principalement d?ordre logistique, ou même politique, car «les conditions agro-climatiques sont presque similaires», précise Mukesh Rughoo. Le stockage du maïs doit aussi faire l?objet de normes strictes, surtout en ce qu?il s?agit du taux d?humidité (12 % maximum) pour le maïs en grain. Cela implique «des investissements dans les infrastructures».
La sécurité alimentaire est à l?agenda des autorités compte tenu de la conjoncture internationale. Le dernier budget insiste là-dessus. L?option régionale permettrait à Maurice de pallier les contraintes locales, surtout en termes d?espace. A juste titre, les autorités parient sur cette denrée qui sied à la consommation humaine et est nécessaire au maintien de l?industrie du poulet. Reste que les professionnels, malgré les essais qui ont débuté, s?intéressent davantage à d?autres produits agricoles telle la pomme de terre.
Politique agricole</B>
Rodrigues, déjà connue pour sa culture de maïs, est également appelée à augmenter sa production dans sa participation à l?effort national. La surface agricole sous maïs y est passée de 167 hectares en 2007 à 315 ha cette année. D?ores et déjà, Rodrigues est autosuffisante en pommes de terre. Cela devrait être très bientôt la même chose pour l?oignon et le maïs. Rodrigues, avec une politique agricole claire, est un exemple pour Maurice.
QUESTIONS À?
<B>Cyril Monty</B> <I>Responsable du «desk»de la diversification agricole à la Chambre d?Agriculture</I>
● <B> A quelle échelle le maïs est-il cultivé à Maurice actuellement ? Et, par qui est-il cultivé ?</B>
Actuellement la culture du maïs à Maurice est quasiment inexistante. Quelques propriétés sucrières et petits planteurs le cultivent sur une petite échelle mais surtout pour le maïs bouche (tendre) qui est vendu dans les marchés. Il faut préciser que le maïs en grain (séché à 12 % d'humidité) est essentiellement utilisé à Maurice pour la production d'aliments pour les animaux, notamment le poulet, les bovins et caprins. Maurice consomme environ 80 000 tonnes de maïs en grain, provenant de l'Argentine. Nous estimons que d'ici deux à trois ans, nos besoins passeraient à plus de 100 000 tonnes en raison de l'augmentation de la production locale de viande et de lait.
● <B>Y a-t-il eu des tentatives dans le passé de le cultiver à une plus grande échelle ?</B>
Suite à la publication du white paper on Agricultural Diversification publié en 1983, le maïs avait été identifié, avec d'autres produits comme la pomme de terre, l'oignon, les grains secs etc. parmi les cultures prioritaires où l'on visait l'autosuffisance, comme cela a été dit dans le dernier budget. A cette époque, la consommation de maïs, si ma mémoire ne me fait défaut, était de l'ordre de 25 000 tonnes. Les établissements sucriers ont investi des millions de roupies en mettant en place une unité de séchage dans le sud de l'île. La culture était en partie mécanisée tant au niveau de la plantation que de la récolte. Le gouvernement de son côté, avec l'aide de l'Union européenne, a aussi construit une unité de séchage à Rose-Belle. Le MSIRI a aussi beaucoup contribué à promouvoir la culture de ce produit en introduisant des variétés adaptées aux conditions locales tandis que l'Agricultural Marketing Board (AMB) offrait un prix et un marché garantis aux producteurs. Ainsi, en 1986-1987 le pays a produit quelque 7 000 tonnes de maïs. Toutefois, notrecoût de production était tel que le produit local n'arrivait pas à être compétitif par rapport aux importations provenant de l'Afrique du Sud et l'Argentine. A titre d'exemple, le maïs importé nous revenait à l'époque à Rs 2 500 la tonne alors que le maïs local coûtait près de Rs 4 000 la tonne pour ensuite grimper à Rs 5 000 la tonne. Le coût de production n'ayant pas été réactualisé pendant un certain temps, les producteurs progressivement abandonnèrent cette culture uniquement basée sur des considérations économiques. Aujourd'hui les données ont changé avec un prix du maïs qui a doublé en espace d'une année. Par ailleurs, le coût du fret est tel qu'il est devenu impératif de diversifier nos sources d'approvisionnement.
● <B>Les conditions (climats, terres...) à Maurice sont-elles favorables à la culture de maïs ?</B>
Le maïs a fait ses preuves à Maurice et les conditions agro-climatiques se prêtent à cette culture. Toutefois, étant donné que ce produit a un rendement relativement moyen, il faudrait de grandes surfaces pour pouvoir viser une production à très grande échelle. Le manque de terres et d'eau, dans ce contexte, ne nous laisse pas une grande marge de man?uvre.
● <B>On parle beaucoup du maïs notamment en tant que source d'alimentation pour la volaille. Quel est le potentiel de cette denrée ?</B>
Sans le maïs on n'aurait pas pu produire de poulet sur une aussi grande échelle à Maurice. Il demeure la source de matière première la plus économiquement intéressante dans la fabrication d'aliments pour animaux et ce malgré le fait de son prix élevé.
●<B>Est-il aussi envisageable de cultiver le maïs au niveau régional ?</B>
La seule possibilité que possède Maurice, si le pays veut produire de façon substantielle le maïs, est de tirer profit des avantages comparatifs que possèdent Madagascar et le Mozambique. Dans ces pays ce ne sont pas les terres qui manquent. Par ailleurs, je suis persuadé que l'on pourrait produire du maïs à un prix inférieur à celui provenant de l'Argentine. A titre d'exemple, le coût du fret de l'Argentine est de $125 la tonne contre $45 la tonne de Madagascar. Cela vous donne déjà une indication du potentiel qui existe. Pour rappel le dernier budget fait état des possibilités qui existent dans la région.
<I>Propos recueillis par </I> <B>Sharon SOOKNAH</B>
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