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Du progrès en histoire

1 septembre 2008, 00:00

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Dans sa réponse à mon texte sur le caractère idéologique de son article sur l?histoire du Zimbabwe, je constate qu?il n?est plus autant question de «civilisation» que de «progrès technique», et la charge idéologique semble moindre. Cependant, Jean Pierre Lenoir continue à dépeindre un tableau tout rose du colonisateur européen qui a accompli une mission civilisatrice de peuples «arriérés» du point de vue technique en leur apportant le progrès technique et du travail. Dans sa description de la marche de l?histoire, il fait une comparaison avec des peuples anciens comme les Grecs qui ont «civilisé» l?Europe, et avec les Chinois qui aujourd?hui sont en Afrique pour «exploiter les richesses africaines ? dont elle a impérativement besoin pour assurer ce développement gigantesque et gargantuesque.»

Et il passe totalement sous silence le fait que les pays colonisateurs européens en pleine expansion capitaliste (comme l?est la Chine aujourd?hui) avaient colonisé l?Afrique et le reste du monde pour exactement les mêmes raisons (économiques, géopolitiques et commerciales). Un exemple parmi des centaines d?autres : quand Cecil Rhodes décide de construire sa fameuse ligne de chemin de fer «From Cape to Cairo», ce n?était certainement pas pour apporter le progrès technique ou du travail aux Africains, mais bel et bien pour avoir un moyen de transport capable d?acheminer rapidement en Angleterre l?immense richesse extraite du sous-sol et du sol africains. Richesse utilisée pour financer l?expansion de l?industrie et du commerce anglais. L?introduction du chemin de fer a été une retombée de la colonisation et non son but. Ce n?est pas «la perméabilité de l?Afrique, conséquence de la faiblesse de sa civilisation» qui explique la multitude de colonisateurs sur ce continent. L?Afrique, gorgée de richesses minières a été - et est toujours - l?objet de convoitises économiques et politiques et les pays coloniaux européens se la sont partagée, en s?appropriant des terres et en mettant sous le joug colonial les populations.

Désastres écologiques</B>

Et cela s?est fait dans la violence et la domination, que l?on ne peut simplement décrire comme des «accidents de parcours», car elles sont inhérentes à l?expansion coloniale. Les victimes des guerres coloniales françaises en Afrique et en Asie se chiffrent en millions ? en Indochine (1946-1954), les chiffres varient selon les sources de 800 000 à un million. Pour forcer la Chine impériale à ouvrir ses ports au commerce anglais ? plus précisément au commerce de l?opium auquel la dynastie Qing s?opposait - les armées britanniques lui livrent deux guerres, qui durent sept ans au total. En Afrique de l?Ouest, en 1905, tout produit manufacturé ne provenant pas de France ou d?un pays sous sa domination était taxé d?un impôt qui augmentait son prix, ruinant les commerçants et les artisans locaux. Il est possible de multiplier les exemples à l?infini.

La période coloniale a été marquée par la traite négrière. Objets d?un commerce interne à l?Afrique, les esclaves sont devenus des marchandises d?exportation. Du 16e au 19e siècle, le continent a ainsi été vidé d?au moins 15 millions d?Africains acheminés comme main-d??uvre vers les colonies de plantation européennes.

Les pays colonisateurs ont puisé de l?Afrique des milliards de tonnes de matières premières (métaux précieux, pierres précieuses, minerais, pétrole, bois, etc.) à leur profit, y ont imposé des cultures industrielles (arachide, café, coton, etc.) toujours dans leur intérêt ; ils y ont causé souffrances humaines, destruction de communautés et d?économies locales, et désastres écologiques. L?inscription de la colonisation européenne au tableau de la marche de l?histoire se situe aussi dans ce registre-là.

A l?aune du progrès technique, il n?est pas certain non plus que la colonisation européenne se placera de façon prédominante comme un bienfait dans la longue durée. Il n?est pas simplement question de roue, de poulie et de traction animale. Dans 100 ans, la logique qui a conduit à l?exploitation tous azimuts des ressources de la Terre dans le non-respect total de la nature au nom du développement et qui a mis la planète même en danger fera peut-être pencher la balance en la défaveur de la colonisation européenne. Le «progrès» de ces derniers siècles sera sans doute évalué tout à fait différemment par les générations futures.

<B>Développement durable</B>

Chez les Iroquois autrefois, le conseil des anciens avait obligation de prendre en considération l?impact de chacune de ses décisions sur les sept générations à venir. Ils étaient sans doute des précurseurs du développement durable, soit un développement qui concilie l?économique et le social et qui ne met pas en péril l?avenir des générations futures. Le progrès technique n?est pas synonyme de progrès humain. A quoi sert l?écriture à une population qui ne sait pas lire et écrire ? A quoi sert le réfrigérateur à ceux qui ont tout le temps le ventre vide? A quoi sert la médecine de pointe à ceux qui n?y ont pas accès ? Le progrès réel c?est le progrès social. Sans progrès social, le progrès technique n?affranchit pas l?humanité.

<B>Adi Teelock </B>

P.S. : Grande fan d?Astérix dans mon adolescence, je suis maintenant taraudée par une question: de Panoramix le druide ou d?Idéfix le toutou d?Obélix, qui était l?agent soviétique ? Car ces irréductibles Gaulois n?ont pas pu tous seuls penser à se libérer de la domination romaine ? il doit bien y avoir une main soviétique cachée quelque part, non ?

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