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Partenariat gagnant-gagnant? ou presque

14 août 2008, 20:00

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«Si la Chine a pu recouvrer son siège à l?ONU en 1971 c?est grâce au soutien solidaire des peuples africains.» Cette phrase de Mao Zedong que les officiels chinois ne cessent de répéter à leurs «amis» africains témoigne de l?amitié sino-africaine vieille d?une petite cinquantaine d?année. Le gouvernement communiste chinois ne s?est-il pas engagé auprès des mouvements d?émancipation en Afrique dans les années 1960-1970 ? L?anti-impérialisme comme fondement de cette amitié. Mais en y regardant de plus près, ce n?est que depuis quelques années que la Chine porte un intérêt bien plus important à l?Afrique. A ses richesses naturelles surtout.

La croissance chinoise dope la demande en matières premières. L?Afrique dispose d?un sous-sol riche en fer, manganèse, cuivre, bauxite, bois, et surtout pétrole (85 % des exportations vers la Chine). L?Angola est du reste devenu le premier exportateur d?or noir du continent vers la Chine. De fait, les échanges commerciaux entre la Chine et l?Afrique ont été multipliés par sept entre 2001 et 2007 passant de 8,9 milliards de dollars à près de 70 milliards de dollars. L?amitié entre les peuples a cédé la place à un pragmatisme économique à peine voilé.

Revanche africaine

La Chine ne fait pas dans la politique. Pas de conditionnalités, pas d?ingérence. Du business saupoudré il est vrai de bienveillance. Discours de rigueur pour amadouer les plus résistants et atténuer l?image de «l?ogre». Cela n?empêche pas les dérapages. Si l?Afrique profite de la présence chinoise, les Africains n?acceptent pas toujours les ressortissants venus par milliers.

Il y aurait environ 750 000 Chinois sur le continent. Parfois véritables pionniers en terres inhospitalières, les ingénieurs, ouvriers, entrepreneurs ou restaurateurs chinois s?aventurent où les Occidentaux n?osent aller. Et la formule est payante. Les Français seraient sept fois moins nombreux. Il faut dire que la Chine ne raisonne pas de la même manière que les Occidentaux dont l?engagement en Afrique se borne principalement aux zones anciennement colonisées ou pratiquant la même langue.

Cette manière de faire irrite les Occidentaux qui voient le gâteau africain leur échapper. Et l?appétit chinois est grand. A coup de milliards de dollars d?investissements publics et privés, les Chinois grignotent du terrain. Les forums sino-africains tendent à être bien plus importants que les rencontres Europe-Afrique où il est beaucoup question de gouvernance et de démocratie. C?est aussi une revanche de la part des Africains qui préfèrent la sollicitude chinoise au paternalisme et aux sermons politiques occidentaux.

Toutefois, de nombreux problèmes se présentent. En dépit du précepte de non-ingérence, les Africains commencent à s?agacer de la présence chinoise. Le cas zambien l?illustre bien. Lusaka entretient des relations étroites avec Pékin depuis les années 1970. Cependant, la présence chinoise est de plus en plus contestée. Les relations entre employeurs chinois et ouvriers zambiens tournent souvent au vinaigre, d?autant que les entreprises font également venir de la main-d??uvre des provinces rurales de l?Empire du Milieu. L?Afrique pour investir, oui. L?Afrique pour vivre avec les Africains, non. Là est l?un des problèmes.

Des couacs qui se multiplient

Forcément, les chancelleries européennes exultent lorsqu?un contrat sino-africain tombe à l?eau. De nombreux projets d?infrastructures ne sont jamais sortis de terre en Angola par exemple. La transparence est toute relative. Les messages positifs que Pékin répète aux délégations africaines ne font pas état des couacs. Des couacs qui se multiplient.

Pour redorer son blason et répondre aux attaques des pays occidentaux et des organisations d?aide au développement, humanitaires ou de défense des droits de l?homme, la Chine ouvre les yeux sur les drames africains. Elle ne peut en effet se taire sur la question du Darfour étant très présente dans le secteur pétrolier au Soudan. Elle ne peut se permettre de réitérer l?erreur d?envoyer des armes pour soutenir Mugabe. Acteur central sur l?échiquier africain, l?Empire du Milieu est aujourd?hui contraint de mieux réfléchir à sa présence. Investir n?est plus suffisant. Les gouvernements africains hésitent de moins en moins à remettre l?ogre chinois à sa place. C?est que les autres puissances émergentes (Brésil, Emirats pétroliers, Corée du Sud) courtisent également le continent.

La Chine a su profiter du désintérêt des Occidentaux pour l?Afrique au moment où ils investissaient les provinces littorales chinoises. Finalement peu importe. Le président sénégalais, Abdoulaye Wade, affirmait en 2005 qu?«entre pays il n?y a pas d?amis, que des intérêts». L?Afrique qui se développe fait jouer la concurrence. L?Empire du Milieu fonctionne par intérêt. La Chine a fait une percée fracassante sur le continent. D?abord en fanfare. Aujourd?hui, de manière plus contestée. Comme la vieille Françafrique, la toute jeune vitrine Chinafrique se craquelle.

LE PRE-CARRE N?EST PLUS

La Chine est devenue le deuxième partenaire commercial du continent en 2007 derrière les Etats-Unis. La France perd du terrain jusque dans son pré-carré. En 2005, Nicolas Sarkozy, souhaitant marquer la rupture avait déclaré que «la France n?a pas besoin économiquement de l?Afrique». Provocant l?ire des gouvernements africains et certainement la satisfaction de Pékin. La Chine met en exergue le principe de non-ingérence. Ce discours diplomatique plaît aux gouvernements africains qui n?apprécient guère les conditionnalités de l?aide. Surtout, certains régimes controversés bénéficient du soutien indéfectible de Pékin. Le Zimbabwe de Mugabe et le Soudan d?Omar el-Béchir en sont les meilleurs exemples. La barrière de la langue n?est pas un obstacle insurmontable pour les Chinois. Les Occidentaux se bornent en revanche aux zones où leur langue est pratiquée. Autant dire les anciennes aires d?influence coloniale. Le discours de la Chine est clairement économique. Des milliards de dollars investis dans d?immenses projets d?infrastructures (barrages et routes République Démocratique du Congo), des prêts à taux zéro (Angola), des effacements de dettes, ont raison de la coopération occidentale. Laurent Abah, journaliste au «Cameroun Tribune» et Mohamed Soilihi Ahmed, rédacteur en chef d?«Al-Watan» au Comores affirment tous deux que les relations avec la Chine tendent à supplanter la présence européenne. Tous deux estiment que les réalisations chinoises sont «perceptibles», «palpables». Les populations ont donc davantage tendance à «reconnaître l?efficacité des Chinois». Cependant, il est vrai que «les Chinois vivent en vase-clos, comme tout expatrié. Mais ils consomment chinois et surtout ne font pas travailler suffisamment de locaux». Le point d?achoppement est là.

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