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«Tous les enfants ne deviendront pas médecins et avocats»
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«Tous les enfants ne deviendront pas médecins et avocats»
● Vous accusez Françoise Labelle d?être confuse mais c?est la politique de votre ministère qui semble confuse. Je fais référence au problème de La Gaulette...
Vous devez savoir que, depuis juillet 2005, Mme Labelle trouve systématiquement à redire sur notre programme de réforme du système éducatif. Elle voit tout en noir et est extrêmement négative par rapport à tout ce qui touche à l?éducation, que ce soit au Parlement ou en dehors. Elle n?est jamais satisfaite de mes réponses et les trouve «confusing». Ma remarque n?était qu?un constat de l?état d?esprit de Mme Labelle. Ce n?était pas une accusation.
● Je parle de confusion à cause de votre revirement concernant la décision de fermer «La Gaulette SSS». Comment l?expliquez-vous ?
Je parle de conversion et vous parlez de fermeture. C?est de l?intox ! Mais bon, il faut savoir ce qu?on veut ! Quand on fait des choses dans le dialogue et la consultation, il est clair que cela va impérativement apporter des modifications au projet initial. Et quand il y a modifications, vous parlez de revirement. Which is Which?
● Justement, pour vous le dialogue ne devient important que quand il y a contestations ?
Ce projet de conversion a été annoncé dans le budget 2008-2009. Il y a eu, au préalable, une réflexion au niveau de mon ministère à ce sujet. Il faut savoir que pour la conception et la réalisation de projets, différentes approches peuvent être adoptées ? soit dialoguer et consulter dès le départ, soit venir avec un projet et enclencher les consultations après et trouver un terrain d?entente pour la mise en application du projet. Si on choisit la voie des consultations au départ même pour chaque projet, vous pouvez imaginer la situation de blocage que cela engendrerait. Un gouvernement doit agir et ne pas subir.
● Que veut dire cette réflexion à la lumière de la rencontre que vous avez eue avec les parents, vendredi, et où il y a eu une forte résistance à vos propositions ?
Bon, ils ont dit qu?ils voulaient le statu quo par rapport à La Gaulette et que la filière technique et professionnelle devrait être séparée du collège. Mais je dis et je répète que le système doit évoluer.
● C?est-à-dire qu?il n?y aura pas de statu quo ?
C?est effectivement notre politique. Nous allons bien sûr prendre en considération les griefs des parents mais nous n?allons pas abandonner notre projet. J?ajoute que cette évolution a commencé à se faire ? déjà dans certains collèges, il y a des matières professionnelles, par exemple Arts and Design, Travel and Tourism, Home Economics, etc. Ces matières sont déjà disponibles mais je crois que le problème est que nous ne les avons pas assez valorisées. On a toujours eu tendance à penser qu?elles étaient destinées à ceux qui ne pouvaient pas exceller dans la filière académique. Or, les choses ont changé, il nous faut un système éducatif qui réponde aux besoins de notre économie. C?est ce que nous voulons offrir à ces enfants : une occasion de se former dans des métiers qui ont de l?avenir. Mais ils ne veulent rien entendre.
● Ont-ils expliqué les raisons derrière leur attitude ?
Pour eux, cela équivaut à une formation pré-vocationnelle et donc inférieure et dégradante. Ce qui n?est absolument pas le cas puisque nous leur donnons des options. Il y aura toujours des enfants qui brilleront et d?autres qui ne brilleront pas nécessairement dans une matière donnée mais qui ont des talents pour d?autres. Ne devons-nous pas leur donner cette chance ? Malheureusement, il y a des préjugés contre la filière technique et professionnelle. Vous savez, récemment Le Bocage ? où ce ne sont certainement pas les exclus qui étudient ? a signé un accord avec l?IVTB pour que ses élèves puissent y être canalisés s?ils décident de choisir une filière technique ou professionnelle. C?est bon pour Le Bocage mais c?est dégradant pour Rivière-Noire ; allez comprendre !
«Mais enfin ! Comment peut-on penser qu?un ministre de l?Education va essayer d?exclure délibérément des gens de sa politique ?
C?est du n?importe quoi ! Vous savez, ce que nous sommes en train de faire est révolutionnaire...»
● Ce que vous dites semble raisonnable. Mais si vous l?avez expliqué aux parents, pourquoi sont-ils toujours aussi hostiles au projet ?
Parce qu?ils pensent qu?avec une filière académique, «nou zanfan pou al liniversite, pou vinn dokter, avoka, inzenier». Mais tous les enfants ne seront pas ingénieurs, avocats et médecins ! Et en faisant ce que nous faisons, nous sommes en train de faire en sorte que ceux qui ne deviendront jamais avocats ou médecins ne soient pas exclus du système ! Les gens disent que je suis contradictoire mais ce sont les mêmes personnes qui dénoncent le fait que le système éducatif exclut certains, qui s?élèvent contre un projet qui va en fait, inclure tout le monde !
● Pouvons-nous connaître les raisons qui vous ont poussé à prendre cette décision par rapport à La Gaulette ?
L?Association for the Development of Education in Africa (ADEA) a fait une étude sur notre système éducatif de 2000 à 2005 et a établi des faiblesses. Elle a trouvé qu?en dépit du fait que le pourcentage de réussite avait augmenté, la performance et la qualité avaient paradoxalement baissé. La région de Rivière-Noire était celle qui demandait une attention particulière. Pour rattraper ce retard, nous avons décidé qu?il fallait un centre de formation moderne à Rivière-Noire.
● Cette controverse autour de La Gaulette a aussi pris une dimension communale?
Oui, j?en suis conscient. A Maurice, il y a des politiciens et des opinion leaders qui disent qu?ils vont combattre la pauvreté et l?exclusion. Mais je me pose la question : Do they walk the talk? Quand ils ont l?occasion de le faire, ils ne font rien. Mais quand d?autres le font, ils se révoltent. Pourquoi selon vous ? J?ai la réponse. Parce que si nous arrivons à sortir ces gens de la pauvreté et de l?exclusion, ils vont commencer à réfléchir et à poser des questions et cela va ébranler les assises du MMM puisque la vault bank du MMM consiste, pour beaucoup, en gens pauvres et exclus. Les garder dans cette situation est une bonne chose pour le MMM.
● Et ceci expliquerait les réactions des gens face à votre politique, selon vous ?
A La Gaulette, définitivement. Je le pense vraiment parce qu?au MMM, il y a d?excellents démagogues, comme Alan Ganoo qui se fait passer pour un sage. Ce sont des gens comme Ganoo et Labelle qui sont allés à Rivière-Noire pour dire aux gens que le ministre est en train de prendre une décision qui n?est pas dans leur intérêt. Avec toutes ces connotations communales. Mais enfin ! Comment peut-on penser qu?un ministre de l?Education va essayer d?exclure délibérément des gens de sa politique ? C?est du n?importe quoi ! Vous savez, ce que nous sommes en train de faire est révolutionnaire : nous sommes allés plus loin que ce que préconise l?Education for All de l?UNESCO et nous sommes en train de viser une éducation pré-primaire universelle, c?est-à-dire ouverte à tous. Et si nous arrivons à faire ce que nous avons décidé de faire pour l?université, bientôt nous allons ouvrir l?accès à l?éducation tertiaire pour tous.
● En théorie, c?est très bien mais quand une école primaire a un taux de réussite de 8 % comme c?est le cas au Morne, n?est-ce pas une mesure de l?échec de votre politique ?
Avant 2007 le taux de réussite était de 41,4 %. En 2007, il y a eu des circonstances exceptionnelles liées à ce faible taux de réussite à la Morne GS, notamment une agression contre un enseignant et des relations très tendues entre la PTA et le management de l?école. Ajoutez à cela le problème d?absentéisme et un manque d?intérêt des parents. Il faut changer cette situation et mon ministère a déjà initié plusieurs actions. Nous avons besoin du support de tout un chacun.
● Mais les raisons que vous donnez n?expliquent pas ce taux d?échec !
Les raisons d?une faible performance ont justement à voir avec le système en place et c?est pourquoi nous sommes en train de proposer cette «évolution» du système. D?abord, faut-il continuer avec le clivage entre l?éducation traditionnelle et le secteur Technical Vocational Education and Training? Ne faut-il pas répondre aux besoins divers des apprenants ? Au-delà des notions et concepts purement académiques et techniques, ne faut-il pas aussi exposer nos jeunes à ces nouvelles compétences nécessaires dans le monde d?aujourd?hui, tels le problem-solving, le leadership, la communication, le travail d?équipe, l?esprit d?entrepreneuriat et l?innovation ? Ne faut-il pas intégrer les life-skills dans nos programmes ?
Le modèle que nous proposons permet de trouver une solution au clivage traditionnel entre la filière académique (salle de classe) et la filière technique et professionnelle (monde du travail) avec, en prime, cette mobilité à travers des passerelles entre les institutions dites polytechniques et les universités. Cette approche holistique est un des piliers de notre vision pour une éducation de qualité de standard international et un capital humain compétent et créatif. Comme vous le savez, le temps de jobs for a lifetime est révolu et on est tous appelés à épouser une culture de multiple-careers, life-long learning and employability.
● Cela nous ramène à cet éternel débat : est-ce que finalement le grand coupable ne serait pas le CPE ?
Le CPE dans sa présente forme a une double fonction : certification et sélection. Actuellement, la certification se fait en fonction des examens de fin de cycle. L?introduction d?une dose de continuous assessment aiderait à diminuer le poids de l?examen dans la certification et rendre le curriculum plus intéressant pour l?élève avec une grande dose de créativité dans l?apprentissage.
● Pour éventuellement abolir le CPE ?
Il faudrait d?abord établir comment assurer la transition de l?enfant du primaire au secondaire. Même les spécialistes ? et je cite Suren Bissoondoyal ? disent qu?il faut du temps. Entre-temps, nous travaillons à introduire certaines modifications au niveau de l?assessment pour le rendre plus souple et, en même temps, pour trouver cette formule pour la transition.
● Votre slogan de «World Class Education» est devenu un peu une plaisanterie mais vous continuez à l?utiliser. Cela ne vous gêne pas ?
Vous savez, le Swami Vivekananda disait que quand vous venez avec un nouveau concept, cela passe impérativement par trois étapes : opposition, criticism and finally acceptance. J?ajoute que quand j?ai parlé de Word Class Education (WCE), je parlais de WCE dans le temps.
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