Publicité

La fin d?un long calvaire

3 juillet 2008, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

La fin d?un long calvaire

Ingrid Betancourt, dont l?armée colombienne a annoncé la libération mercredi après six années et demie de détention, était devenue le symbole des otages des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) en Colombie et son sort avait ému la communauté internationale et la France, où vit sa famille.

Les dernières preuves de vie de la sénatrice, les premières depuis août 2003, étaient apparues le 30 novembre 2007 avec la diffusion d?une vidéo où elle apparaissait amaigrie et fatiguée, et surtout d?une lettre poignante adressée à sa famille. «Ici, nous vivons comme des morts», écrivait-elle dans cette longue missive.

Ingrid Betancourt avait été capturée par des membres de la rébellion colombienne le 23 février 2002 à Florencia, alors qu?elle menait campagne pour l?élection présidentielle en compagnie de sa directrice de campagne, Clara Rojas.

La candidate se trouvait alors dans la province reculée de Caqueta, truffée de guérilleros. Après avoir ignoré les mises en garde de l?armée colombienne concernant sa sécurité, Ingrid Betancourt et son équipe de campagne étaient arrêtées par une dizaine de rebelles colombiens.

«Elle avait à coeur de montrer qu?elle ne ferait pas marche arrière malgré les recommandations des militaires colombiens», témoignait à l?époque Alain Keler, journaliste français capturé en même temps qu?elle mais rapidement relâché par les FARC.

Les FARC détiendraient plusieurs milliers de personnes dans la forêt amazonienne, selon des estimations et ont pour habitude d?utiliser leurs otages comme source de financement de leur rébellion, outre l?extorsion et la participation au trafic de drogue.

Mais Betancourt était considérée comme une otage à part, ses ravisseurs souhaitant l?utiliser comme monnaie d?échange contre des guérilléros incarcérés.

En août 2003, une chaîne de télévision colombienne avait diffusé une vidéo de l?ancienne candidate réclamant une intervention militaire afin de la délivrer. «Il est capital que le président colombien évalue les risques d?une telle intervention et ses chances de succès. Je lui accorde toute ma confiance», avait-elle déclaré, un chapelet à la main. Elle excluait d?être échangée contre des rebelles emprisonnés: «Nous ne pouvons accepter que des civils deviennent des boucliers dans cette guerre.»

Ingrid Betancourt s?était fait connaître en France par la sortie, un mois avant son enlèvement, d?un livre écrit en français et intitulé La rage au coeur.

«Elle avait à coeur de montrer qu?elle ne ferait pas marche arrière malgré les recommandations des militaires colombiens.»</I>

L?histoire d?une femme de 40 ans, sénatrice franco-colombienne à Bogota et de son combat contre le trafic de drogue et la corruption dans son pays.

Née le 25 décembre 1961 de parents colombiens, la jeune étudiante diplômée de Sciences-Po avait obtenu à Paris la nationalité française après son mariage avec Fabrice Delloye, duquel naîtront deux enfants élevés en France.

Divorcée, Ingrid Betancourt avait rejoint Bogota en 1990 pour intégrer le ministère des Finances colombien, devenir député puis sénatrice, sous l?étiquette de son propre parti, Oxigeno Verde.

A la veille de l?élection présidentielle de 2002, la candidate était créditée d?environ 1 % d?intentions de vote. Le sort d?Ingrid Betancourt avait ému la population française en raison des interventions régulières dans les médias français de ses enfants, et notamment de Mélanie Betancourt.

De nombreux comités de soutien avaient également vu le jour dans l?Hexagone et avaient organisé de nombreuses manifestations durant les plus de six années de détention de l?ancienne candidate.

Le 6 mai dernier (2007), au soir des résultats de l?élection présidentielle française, Nicolas Sarkozy, tout juste désigné vainqueur de Ségolène Royal, avait déclaré : «La France n?abandonnera pas Ingrid Betancourt.»

<B>Ingrid Betancourt a retrouvé ses enfants Mélanie et Lorenzo à Bogota</B>

■ Ingrid Betancourt a retrouvé jeudi à Bogota ses enfants arrivés de France, au lendemain de sa spectaculaire libération par les militaires colombiens après plus de six ans passés aux mains de la guérilla marxiste des FARC. A l?intérieur de l?avion arrivé de France, et à l?écart des caméras, elle s?est jetée dans les bras de Mélanie (photo), 22 ans et Lorenzo, 19 ans, qu?elle n?avait pas revus depuis six ans. Son ex-mari Fabrice Delloye ainsi que la soeur de l?ex-otage, Astrid, se trouvaient aussi à bord de l?avion parti dans la nuit de Paris avec une trentaine de personnes à bord, dont le médecin de l?Elysée.

<B>Comment Ingrid Betancourt a retrouvé la liberté</B>

L?audacieuse opération de sauvetage a été menée par des soldats se faisant passer pour les employés d?une ONG.

Ingrid Betancourt a raconté comment elle avait, elle-même, été dupée par les militaires en pénétrant, menottée, dans l?hélicoptère. Ce n?est qu?ensuite, à bord de l?appareil, qu?elle a vu ses ravisseurs désarmés entendu un officier lui annoncer : «Vous êtes libre.»

L?opération, de l?atterrissage de l?hélicoptère à la neutralisation des deux guérilleros qui étaient à bord, a duré 22 minutes et 13 secondes, a déclaré le général Freddy Padilla, chef des forces armées colombiennes. Les deux rebelles ont été placés en détention.

Le ministre de la Défense, Juan Manuel Santos, a expliqué que les renseignements militaires avaient infiltré le mouvement de guérilla dans la jungle de la province de Guaviare (sud).

Des soldats se sont présentés comme les membres d?un groupe humanitaire chargé de convoyer les otages par hélicoptère vers un autre camp pour y rencontrer le nouveau chef des FARC Alfonso Cano.

Le président Uribe a salué une opération «comparable aux plus grands moments de l?histoire humaine mais sans effusion de sang et sans aucun coup de feu».

Après avoir fait en espagnol le récit de sa libération, Ingrid Betancourt a adressé un message en français en remerciant son deuxième pays de l?avoir «accompagnée toutes ces années». «Je vais très vite être avec vous, je rêve d?être en France», a-t-elle ajouté.

Le père d?Uribe tué</B>

Le président socialiste vénézuélien Hugo Chavez, aux antipodes d?Uribe sur l?échiquier politique, a téléphoné au président colombien pour le féliciter, a annoncé la télévision de Caracas.

Chavez avait obtenu la libération de plusieurs otages des Farc en début d?année. Il avait appelé le mois dernier les chefs de la guérilla à libérer les otages sans conditions.

Les FARC réclamaient que la Colombie retire ses troupes d?une vaste zone dans la jungle pour faciliter les négociations.

Uribe, dont le père a été tué dans une tentative d?enlèvement des FARC a refusé d?accepter, offrant simplement la création d?une zone démilitarisée plus réduite surveillée par des observateurs internationaux.

Le plus vieux mouvement rebelle d?Amérique du Sud, né dans les années 1960 des luttes des paysans contre les grands propriétaires terriens, ne compterait plus que 9 000 combattants contre 17 000 auparavant.

Les enlèvements constituent aujourd?hui avec le trafic de cocaïne l?une de ses sources de financement.

Réactions</B>

<B>La communauté internationale acclame sa libération</B>

Réactions de la communauté internationale à la libération de la sénatrice franco-colombienne en compagnie de trois ressortissants américains et de onze militaires ou policiers, qui se trouvaient aux mains des FARC, en Colombie :

● <B>George Bush, Maison-Blanche.</B>

Le président américain George Bush a félicité au téléphone son homologue colombien Alvaro Uribe, a annoncé la Maison-Blanche. Les deux présidents ont parlé de la bonne nouvelle que constitue la libération des otages. Le président Bush a félicité le président Uribe et lui a dit qu?il était un «dirigeant fort».

«Le président Uribe a remercié le président Bush pour son soutien et sa confiance dans le gouvernement de Colombie», a dit le porte-parole du Conseil de la sécurité nationale de la Maison-Blanche, Gordon Johndroe.

● <B>Michelle Bachelet, Presidente Chilienne.</B>

«Il s?agit d?une victoire de la démocratie, de la paix et de la liberté.» «Les enlèvements constituent une grave violation des droits de l?homme et des lois internationales.»

«J?appelle à la libération des autres personnes qui sont toujours en captivité en Colombie.»

● <B>Luiz Inacio Lula Da Silva, Président Brésilien. </B>

«J?espère qu?il s?agit d?une étape importante vers la libération de tous les autres otages et vers la réconciliation, la paix pour tous les Colombiens.»

● <B>Ban Ki Moon, Secrétaire general des Nation-Unies.</B>

«Ces otages et toutes les autres personnes encore en captivité ont traversé de terribles épreuves et enduré de nombreuses privations», déclare le Secrétaire général des Nations unies dans un communiqué publié par sa porte-parole Michele Montas. «Les enlèvements constituent des crimes odieux et des violations extrêmes des lois humanitaires internationales.»

● <B>John Mccain, Candidat Réplublicain à la Maison- Blanche.</B>

«C?est une très bonne nouvelle et nous allons concentrer désormais nos efforts sur la libération des otages restants, qui sont des personnes innocentes injustement retenues en captivité», a déclaré McCain depuis la Colombie, où il effectue depuis mardi un voyage diplomatique.

Le candidat républicain a par ailleurs indiqué que sa présence en Colombie n?avait rien à voir avec la libération des otages. «Je tiens à vous rappeler que ce genre de choses requièrent une longue préparation et une longue coordination», a-t-il dit.

● <B>Alan Garcia, Président Peruvien.</B>

«Je pense que la Colombie, qui a parfois rencontré une certaine incompréhension à travers le monde, nous a montré aujourd?hui ce qui pouvait résulter de la constance, de la discipline et de l?usage démocratique de ressources légales pour faire face et bannir la violence.»

Publicité