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La grand-messe du père Grégoire (II)

4 mai 2008, 00:00

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La grand-messe du père Grégoire (II)

Comme d?habitude, chacun aura sa lecture des foules mobilisées ça et là. C?est un éternel faux débat, quand on sait qu?environ 40 % des électeurs ne sont proches d?aucun parti politique. D?ailleurs, cette année encore, la très grosse majorité des Mauriciens sont restés chez eux au lieu d?aller se faire comptabiliser aux meetings. Et malgré cela, les états-majors politiques continuent à marteler victoire. Qu?ont-ils gagné ?

Deux semaines de cela, alors que nous titrions « La grand-messe du père Gré-goire », d?aucuns pensaient que nous accordions trop d?importance à un mouvement communal. Un politicien a même dénoncé « ce courant ambiant pour en (NdlR : Grégoire) faire un phénomène ». Un autre a parlé de « dangereuse dérive sectaire ». Si nous con-damnons des regroupements sectaires, si nous estimons que la religion devrait être une affaire privée au sein d?un État laïque, en revanche, nous ne pouvons que partager ? et comprendre ? toute l?angoisse de ceux qui « piétinent et peinent » face à la cherté de la vie en général, des produits alimentaires en particulier.

Cette propension à souligner la montée en puissance d?un mouvement revêt une autre dimension lorsqu?il s?agit de la défense des sans-voix, des citoyens négligés par les élites politiques, justement à cause de leur appartenance ethnique. Ces Mauri-ciens ne comptent pas parce qu?ils sont historiquement marginaux dans des circonscriptions dont les profils ethniques ont été dessinés pour pérenniser un système politique aujourd?hui dépassé. D?où l?importance de favoriser l?émergence du mauricianisme pour dynamiter ces barrières ethniques, mises en place par des règles élec-torales d?un autre temps. En attendant cet idéal républicain, si un mouvement pare au plus pressé sur le plan social, sans chercher à remettre en cause le mauricianisme (au contraire, en l?encourageant), tant mieux pour le climat général?

Ce n?est pas la presse qui a inventé ou rendu populaire Grégoire, c?est lui qui a émergé du vacuum autour des laissés-pour-compte. Alors que les partis traditionnels s?activaient à mijoter des formules d?alliance pour rester ou revenir au pouvoir, le père et son équipe ont sillonné les quartiers défavorisés, échangé longuement avec des jeunes, des ouvriers, des chômeurs, bref des gens qui ne se retrouvaient dans aucune formation politique, dé-connectés des réseaux en place. Grégoire ne leur a pas offert de « briani », d?autobus, ou de patentes, mais il a déployé une organisation, des ressources pour canaliser leur énergie. Au décompte, il revalorise leur place dans la société. C?est ce résultat impressionnant qu?on a vu au stade de Rose-Hill jeudi. La teneur du discours rassembleur du père Grégoire mérite d?être soulignée ici. Voila qui est fait.

Au MMM, ils avaient mis les bouchées doubles, sachant qu?ils seraient les plus vulnérables en cas de raz-de-marée grégorien. Aujourd?hui, même si Bérenger estime avoir remporté la fameuse bataille des foules, il ne peut se voiler la face : une bonne partie de son « dépôt fixe », le c?ur brisé, est allée se réfugier fièrement au pied du Baobab. Ce qui peut expliquer la démarche du leader du MMM d?adhérer tout de suite aux cinq revendications de la Fédération des créoles mauriciens ? des combats du MMM d?hier qui ont été tout bonnement oubliés, sur le coaltar, en cours de route. Si le leader du MMM tente actuellement de récupérer des brebis égarées, c?est qu?en face de lui, la menace se précise?

Poussé de plus en plus par des apparatchiks mauves à se présenter comme Premier ministre, Paul Bérenger a sûrement déjà mesuré la posture post-1er Mai de Pravind Jugnauth.

Évoquant, de manière anecdotique, « Pac-Pac » et « Pagla Mamou » sans arrêt, le leader du MSM dit, par ailleurs, trois choses fondamentales sur le processus de décomposition-recomposition du paysage politique : 1) Le poste suprême n?est pas une priorité pour lui, 2) Sir Anerood quittera le Réduit pour épauler le MSM, 3) le MMM court à sa perte avec Paul Bérenger comme tête d?affiche. Jug-nauth junior annonce la couleur et ménage Navin Ramgoolam. De maniere convergente, ce dernier s?en prend aussi au leader du MMM de manière frontale. Les Jugnauth et Ramgoolam semblent avoir identifié leur adversaire commun. Et ce n?est certainement pas Grégoire !

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