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Porte-parole de la souffrance

29 avril 2008, 00:00

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Porte-parole de la souffrance

«Souvent, je me maudis moi-même. Car je n?ai presque pas de lecteurs à Maurice. Je suis encore un étranger dans mon propre pays.» A qui la faute, on se le demande ? Un peu à lui-même. Abhimanyu Unnuth l?avoue. Il vient de terminer son 70e ouvrage, et pas un seul n?a été lancé à Maurice. Pour une raison d?ordre? protocolaire. Puisqu?il y a toujours un ministre qui est invité au lancement d?un livre. Et de ministre, notre ami n?en veut pas. «C?est comme s?il déclarait un enfant qui n?est pas le sien. Je n?aime pas ça.»

La deuxième raison de son lectorat très moyen chez nous, c?est que «la lecture supplémentaire n?a jamais été encouragée à Maurice. Nous ne lisons que les livres prescrits pour les examens. C?est une tragédie extraordinaire.»

Faute d?avoir été prophète en son pays, il l?a été dans le pays de ses racines. Tant qu?à faire. Docteur en littérature. C?est sa dernière récompense. Sa 21e distinction en Inde. Sa 22e au total. Qui lui a été décernée par la Mahatma Gandhi International Hindi University-Vardha, dans le Maharashtra, en Inde. Un prix qui l?émeut davantage que les autres. «C?est le rêve du Mahatma Gandhi qui se réalise avec du retard. Vardha, c?était son champ de bataille.» Il a, par la même occasion, posé la première pierre de cette université. Il a aussi lancé le magazine de l?établissement.

Consécration plus que méritée pour cet autodidacte. Qui ne passera que six mois au collège, car il faut aider sa mère à tenir la maison. À 14 ans, il est glaneur dans les champs de cannes. Le temps d?entendre les injures des chefs, de voir les marques laissées par les coups de cannes sur les corps? Douloureuse et anonyme souffrance. «Personne n?a chanté leur chanson». Abhimanyu Unnuth s?en charge. «Je voulais devenir leur porte-parole. L?écrire noir sur blanc.»

Ce qu?il fait à travers Aur nadi bahti rati (La rivière coule toujours). Qu?il écrira une dizaine d?années plus tard. En hindi. Allant ainsi presque contre la volonté de sa mère. «Al aprann angle franse. Ar hindi, to pa pou gagn to lavi.» Un brin rebelle, il persiste. C?est la langue qui coule dans ses veines. Celle avec laquelle il s?exprime le mieux. Son créole n?étant pas parfait à l?époque.

Il envoie son manuscrit à la maison d?éditions Rajkamal Prakashan, sans savoir que c?est l?une des plus grandes de New Delhi. Une folie selon ses amis. Qui n?en sera pas une. Car une semaine après, son roman Aur nadi bahti rafi est publié.

En 1977, sort Lal Pasina (Sueurs de sang), un succès immédiat en Inde. Il raconte la lutte pour la liberté des immigrés indiens. Un texte qui est même étudié à La Sorbonne à Paris. Son meilleur roman selon les critiques et les lecteurs. Lui a un faible pour Leh ron ki beti (La fille des vagues), un hymne au courage de la femme. Une contestation du grand William Shakespeare. Fragilité, ton nom est femme ! disait-il. D?autres l?ont répété. Abhimanyu Unnuth désapprouve. «J?ai vu la souffrance de ma maman, celle de mes s?urs, leur lutte. Je voulais témoigner de ce courage.»

C?est vrai, il a plus de succès ailleurs qu?à Maurice. N?empêche qu?il est fier d?être Mauricien. «Grâce à toutes ces cultures, nous avons énormément de possibilités. Les cuisines. Apprendre plusieurs langues?»

Mais, nous n?en faisons pas bon usage. «Nous sommes en train de construire une île dans une île. Nous devons plutôt en faire un continent.» Il s?arrête net. «Je deviens un peu moraliste. Je ne suis pas moraliste dans mes écrits.» assure-t-il.

<I>«Nous sommes en train de construire une île dans une île. Nous devons plutôt en faire un continent. Je deviens un peu moraliste, mais je ne le suis pas dans mes écrits.»</I>

Mais, il y a des choses qu?il faut dire. Se taire n?a jamais été son fort de toute façon. Et il ajoute : «La culture amène l?harmonie. Je ne dirais pas la même chose de la religion. C?est pour cela qu?il est athée. «Le dialogue que j?ai avec mes personnages, c?est ça mon plus grand puja.»

Ses personnages. Ils prennent une grande place dans sa vie. Son épouse Sarita pourra en témoigner. Écrire, c?est ce qu?il préfère. En deuxième lieu, il a ses 800 plantes à s?occuper. Sa femme arrive en troisième position. «Elle le sait», rit-il. «C?est le cas de la majorité des écrivains. Ils ne sont ni un bon parent, ni un bon époux, ni un bon ami. Ils ont un monde à part pour eux.»

Un monde pas tout à fait à part certes. Ses écrits s?inspirent du réel. L?oppression passée et présente, les castes, les syndicats? bref les réalités mauriciennes, la souffrance mauricienne. Mais la souffrance est «universelle». C?est pourquoi ses écrits ont tant de succès.

On va le laisser travailler. Sur les 39 épisodes à venir de Naya Ayam, la série télévisée dont il est le directeur. Chaque épisode parle d?un fait de société dans le contexte mauricien. Il y a aussi son prochain roman qui se prépare. Matam Poorssi raconte l?histoire d?une Mauricienne partie en Angleterre pour apprendre le métier d?infirmière. Espérons que celui-là aura plus de succès à Maurice !

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