Publicité
Un pour tous, tous pour un
«Je constate que les électeurs sont démobilisés et démotivés. S?il y a un cyclone contre le gouvernement de Navin Ramgoolam, je ne vois, par contre, aucun vent favorable pour l?opposition et encore moins en faveur de Paul Bérenger comme Premier ministre», analyse Harish Boodhoo. «Toutes les réunions de mobilisation des partis de l?opposition n?ont pas attiré grand monde. S?ils n?avaient pas investi dans des gratifications, ils auraient réuni encore moins de gens. Le sentiment général est celui du découragement d?une opinion qui ne fait plus de différence entre partis au pouvoir et l?opposition», poursuit-il, en précisant qu?il intervient en tant que citoyen qui ne fait pas de politique.
Sa lecture correspond-elle à la réalité ? Un fort sentiment de lassitude prévaut. Il faut dire que le flou politique persiste avec une situation incertaine au sein de l?opposition. Le Mouvement militant mauricien (MMM) fait cavalier seul pour ce 1er mai. Les électeurs savent que la configuration actuelle est condamnée à changer. Autant pour l?opposition que pour l?Alliance sociale. Navin Ramgoolam, soutient ainsi Ananda Rajoo du MMM qui intervient en son nom personnel, ne peut reconduire la même alliance aux prochaines élections.
Le MMM et le Mouvement socialiste militant (MSM) sont dans un rapport de force qui casse la dynamique d?une opposition forte. Ces éléments pourraient être la source de la désaffection. «Alors que la révolte civile a gagné de nombreux pays, à Maurice, il y a un sentiment de lassitude au point que les électeurs se disent que ce n?est, en fin de compte, que blanc bonnet et bonnet blanc», souligne Harish Boodhoo. Au sein des états-majors politiques, on ne partage, évidemment, pas cet avis.
A ceux qui estiment que l?Alliance sociale minimise l?importance de ce 1er mai, Lormus Bundhoo du Parti travailliste (PTr), maintient que les enjeux sont autant importants pour l?Alliance sociale. «Le 1er mai est important pour tous les partis. Mais il l?est davantage pour nous cette année, pour différentes raisons», précise-t-il. «D?abord, nous sommes à mi-mandat. Ensuite, il est important pour nous de démontrer que nous avons encore le soutien de la population. Enfin, du fait qu?il devient clair que le MMM veut présenter Paul Bérenger comme Premier ministre, ce sera un bon test pour mesurer les rapports de forces avec cette nouvelle donne», énumère le député travailliste.
«Le rassemblement de la FCM pourrait être le salut pour le pays car il contraindrait les partis à une profonde remise en question. Jocelyn Grégoire va écrire une nouvelle page de l?histoire de ce pays.»</I>
A ces éléments, Lormus Bundhoo ajoute la situation «paradoxale» qui prévaut dans le pays. «Nous sommes dans une bonne situation au plan du développement et des recettes provenant des investissements directs étrangers et locaux. Presque tous les indicateurs sont au vert. Mais, en même temps, les prix des denrées alimentaires ne cessent de grimper. C?est important, dans un tel contexte, que le peuple écoute le message du Premier ministre afin de savoir quelles sont les opportunités sur lesquelles on doit s?appuyer pour s?en sortir. Enfin, après la révocation de Madan Dulloo, c?est une occasion pour nos partisans de réitérer leur soutien à Navin Ramgoolam», explique Lormus Bundhoo.
Ananda Rajoo convient que ce 1er mai intervient à mi-mandat et «à un moment où les sondages indiquent que le PTr est au creux de la vague». Mais il y a d?autres échéances, dont l?éventuel départ de sir Anerood Jugnauth (SAJ) de la présidence de la République et des 25 ans que le MSM célèbre en septembre prochain. «Il faut rappeler que ce parti est né en avril 1983. On peut, par conséquent, se poser la question de savoir pourquoi l?anniversaire est célébré en septembre plutôt qu?en avril ? Y aurait-il un lien avec l?éventuel départ de SAJ ?» s?interroge Ananda Rajoo.
D?autres questions subsistent. Mais une certitude demeure. Tous les partis gardent «toutes les options ouvertes». Cela implique que toutes les unions sont possibles. Le MMM, qui va seul à ce 1er mai, ne veut pas seulement faire l?étalage de sa force. Puisque Navin Ramgoolam ne peut reconduire l?Alliance sociale, il doit étudier d?autres configurations. «Dans la tête du leader du PTr, c?est soit le MMM soit le MSM. Pour le MMM, avec les récents sondages et l?état actuel des rapports de force, nous ne pouvons penser alliance avec un MSM qui vaut 7 % et qui veut imposer ses conditions», déclare Ananda Rajoo. «D?un autre côté, tout nous sépare du PTr. Donc, il ne nous reste plus qu?à continuer à consolider le parti afin de pouvoir nous poser comme locomotive de toute alliance avec un Premier ministre qui sort de nos rangs», assure-t-il.
Derrière les scénarii connus, il y a un impondérable à ce 1er mai 2008. C?est la manifestation qu?organise la Fédération des Créoles mauriciens (FCM), menée par le père Jocelyn Grégoire, entre autres. «Ce 1er mai risque d?enregistrer un changement drastique dans le paysage sociopolitique du pays», prévient Harish Boodhoo. «C?est la première fois qu?un leader aussi charismatique que lui émerge dans le pays. Il répond aux attentes d?un peuple assoiffé de justice. Je prends le pari qu?il fera mieux que les trois partis politiques. Si tel est le cas, ce sera un signal fort envoyé à toute la population», insiste-t-il à cet effet.
Il estime que de nouvelles donnes vont apparaître à l?Hôtel du gouvernement sous l?effet FCM. «Jocelyn Grégoire va devenir le réservoir Mare-aux-Vacoas et les partis politiques vont être réduits à n?être que de simples robinets. Ce rassemblement pourrait être le salut pour le pays car il contraindrait les partis à une profonde remise en question. Jocelyn Grégoire va écrire une nouvelle page de l?Histoire de ce pays», lance Harish Boodhoo.
Jocelyn Grégoire va-t-il jouer une nouvelle note dans la partition traditionnelle du 1er mai ? La question est posée. Il reste que les partis traditionnels seront confrontés à une donne nouvelle. Si Ananda Rajoo s?empresse de faire remarquer que la présence de la FCM, le 1er mai prochain à Rose-Hill, où son parti organise aussi son meeting, ne peut être un hasard, il n?en demeure pas moins que toutes les conditions sont réunies pour sortir du traditionnel rapport de force. Toutes les options restent ouvertes. Toutes les ouvertures pourraient ne plus être des options intéressantes.
<B> Histoire et folklore</B>
Le 1er mai n?a pas toujours été un événement politique. «C?est à partir des années mi-70 que les partis politiques ont accaparé la fête du Travail. Ils s?en servent pour faire la démonstration de leur force politique. C?est utilisé comme un baromètre sûr en période non-électorale», explique Raj Mathur, chargé de cours à l?université de Maurice et politologue. C?est le leader du PTr, Maurice Curé, qui a organisé la première fête du Travail, le 1er mai 1938. Aujourd?hui, les formations politiques investissent des sommes énormes pour réunir leurs partisans. «Je me demande d?où provient tout cet argent», se demande le professeur. Un argent investi pour convaincre ses futurs alliés et pour exacerber les rapports de force. «Le PTr va essayer de démontrer qu?il peut encore réunir ses partisans malgré le fait que le contexte est difficile et qu?il est au pouvoir. Le MMM a toujours dit qu?il est le parti le plus fort. Il doit en apporter la preuve surtout dans le bras de fer qu?il livre au MSM. Il ne veut partager son éventuel succès avec personne. Le MSM, en choisissant Port-Louis pour son meeting, veut relever un double défi. Dans tout cela, l?élément nouveau demeure le phénomène du père Grégoire», analyse Raj Mathur. Tous les partis vont donc reprendre les mêmes formules, pour ne pas dire appâts. Transport pour véhiculer les sympathisants jusqu?aux meetings, distribution de cadeaux en termes de «briani» ou d?autres breuvages. «Enfin, immanquablement, il y aura la bataille des chiffres. Les sorties contre les médias qui auront fait des estimations des foules et les conférences de presse pour se féliciter de sa réussite», rappelle le chargé de cours. Un «remake» des précédents «remakes»?
Questions à?
<B>Jocelyn Chan Law historien et politologue</B>
<B> Le 1er mai est-il condamné à être politique ?</B>
Permettez-moi d?abord de faire ressortir qu?il y a eu un glissement de sens pour la fête du Travail. Ce qui était une fête de la classe des travailleurs est devenu un prétexte de mobilisation politique. Précisons qu?il y a eu aussi une convergence des intérêts politiques et syndicaux à un certain moment permettant des rassemblements unitaires. Les partis politiques relayaient efficacement les revendications des travailleurs. C?est le passage des partis de gauche vers le centre-droit qui a accentué la politisation de la fête du Travail. Aujourd?hui, c?est devenu un test de mobilisation. Les sondages peuvent dire ce qu?ils veulent mais, pour les politiques, le 1er mai est une épreuve qui donne des résultats physiques.
<B>Quels sont les enjeux pour ce 1er mai 2008 ?</B>
Sa particularité vient du fait qu?il ressemble à celui de 1999, où on enregistrait l?émergence d?une force ethnique. Avec la Fédération des Créoles mauriciens (FCM), on retrouve une force ethnique qui tente une mobilisation. C?est à l?image de ce qui était réalisé par un mouvement ethnique hindou en 1999. Aujourd?hui, nous nous retrouvons dans cette logique de division. Tout cet élan unitaire construit autour des travailleurs pour un peuple constitué d?immigrants ayant quitté leur terre natale pour une île qui manquait de main-d??uvre, s?estompe désormais. La manifestation qu?organise la FCM contribue à annihiler le sens de la fête du Travail. D?autres mouvements ethniques vont être tentés de faire de même.
<B> Chaque parti a ses défis à relever. Le MMM a choisi d?organiser seul son 1er mai. Comment analysez-vous cela ?</B>
Il y a plusieurs raisons à cela. Le MMM est en train de retrouver une partie de son électorat qui l?avait abandonné en 2005. En faisant cavalier seul, il veut encourager le retour au bercail de ceux qui étaient partis. Partager une plate-forme avec d?autres partis aurait pu refroidir ce type de partisans. La priorité du MMM, avant toute alliance, est de faire le plein d?allégeance de ses partisans. C?est aussi une manière pour ce parti de garder toutes ses options ouvertes car le jeu politique est très ouvert à ce stade. Il s?agit donc de démontrer sa force à ses éventuels partenaires. Il lui faut devenir incontournable pour influer sur les négociations et imposer ses conditions.
<B>Est-ce à dire que le MMM garde aussi une porte ouverte au PTr ?</B>
J?ai toujours dit que les alliances se font deux semaines avant le dépôt des candidatures. Donc personne ne veut se précipiter. Le MMM garde ses options ouvertes autant à l?égard du MSM que du PTr. Le MSM, pour sa part, semble revenir à de nouveaux sentiments à l?égard des mauves. En effet, son leader nuance ses propos et ne parle pas de poste de Premier ministre mais des conditions auxquelles son parti aura à se soumettre au sein d?une alliance.
<B>Le PTr et le MSM semblent minimiser l?importance de ce 1er mai. Partagez-vous cet avis ?</B>
Le PTr n?a, manifestement, pas haussé les enchères. Quant au MSM, je pense qu?il fait preuve d?humilité. Je ne les ai pas entendus dire qu?ils vont réunir de grosses foules. Je crois également que les partis se réservent l?énergie nécessaire pour faire face au jugement du Privy Council dans l?affaire d?Ashock Jugnauth.
Publicité
Publicité
Les plus récents