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L?illusion monétaire
<B>Par Raj MEETARBHAN</B>
Les paris sont ouverts. A quelques jours de la publication du rapport du «Pay Research Bureau» (PRB), la hausse des salaires des fonctionnaires suscite de multiples spéculations. Aucun chiffre n?a été confirmé jusqu?ici mais beaucoup de fonctionnaires croient savoir qu?une augmentation moyenne de plus de 20 % leur sera accordée. Si cela s?avère, l?Etat se trouverait dans une bien fâcheuse situation.
Une hausse de salaires de cette ampleur coûterait plus de Rs 4 milliards aux caisses publiques. Les conséquences seraient dramatiques surtout pour les plus démunis de la société. Car, il faut prévoir une forte poussée de l'inflation au cas où il y a effectivement une injection d?argent aussi massive dans le circuit. Ce sont les pauvres, en particulier ceux qui ne profiteront pas de la manne du PRB, qui seront les plus durement pénalisés. L?Etat est-il prêt à imposer une taxe si lourde sur les pauvres alors que le discours officiel ne cesse d?exhorter à la compassion envers cette catégorie de citoyens ?
En outre, pour l?Etat, une telle charge serait ruineuse. Elle aggraverait sérieusement le déficit budgétaire. Les conséquences d?un accroissement inconsidéré de l?enveloppe salariale globale seraient lourdes à porter. Soit, l?Etat imposera des impôts additionnels pour le payer, soit il empruntera l?argent, ce qui alourdira le poids de l'endettement. Les générations futures endosseront le fardeau.
Pour les 80 000 agents de la fonction publique et des corps parapublics et les 30 000 pensionnaires, les augmentations octroyées par le PRB procureront immédiatement une augmentation du pouvoir d?achat, mais l?inflation pourrait annuler bien vite ce bénéfice. Les fonctionnaires pourraient alors retourner au point de départ. Ce qui les obligera à réclamer un nouveau rapport PRB ! Voilà pourquoi il faut se garder de se réjouir trop tôt à l?annonce des intentions généreuses que l?on attribue au PRB.
S?il y a une hausse de salaires en termes nominaux, alors qu?en termes réels le fonctionnaire se trouve plus mal loti, on dit qu?il est payé en monnaie de singe. Dans ce cas, la hausse des prix est supérieure à celle de son salaire. Le salarié est alors victime d?une illusion monétaire. Personne ne souhaite aux agents de la fonction publique un tel malheur.
Pour sortir de ce cercle vicieux ? augmentation de salaires, inflation, perte de pouvoir d?achat, nouvelle hausse de salaires ? il faut que la hausse des revenus soit accompagnée d?une augmentation de la productivité. Ce paramètre est difficile à évaluer dans la fonction publique mais on sait que dans le privé, il y a un net décrochage entre salaire et productivité. La MEF a estimé récemment que le coût du travail a augmenté deux fois plus vite que la productivité durant les dernières années.
La perte de pouvoir d?achat est un phénomène réel et un rattrapage est nécessaire. Mais, une augmentation de salaires qui n?est pas liée à un gain de productivité n?est que du vent.
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