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Le peintre Jac Desmarais expose au Centre Ch.-Baudelaire

13 avril 2008, 20:00

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En ces mois de mars et d?avril 1983 tumultueusement politiques, les amitiés juridico-littéraires (voir dans l?express d?hier les adieux de Félix Laventure à son ami et confrère sir Raymond Hein) et l?actualité artistique ne perdent heureusement pas leurs droits. Nous en voulons pour preuve la présentation artistique que fait Lucien Masson d?une exposition de peinture de l?architecte Jac Desmarais. Elle a lieu au centre Charles-Baudelaire, Rose-Hill, du 7 au 16 avril 1983. Il y expose des huiles, des gouaches, des dessins, des pyrogravures et plein de gravures. L?exposition frappe d?entrée par la diversité des ?uvres exposées. A cela, Jac Demarais explique qu?il s?agit d?une rétrospective de ses ?uvres, couvrant la période 1949 à 1983, soit 35 ans de peinture.

Le peintre explique qu?il dessine avant même de savoir écrire. Ses premières ?uvres ont comme support l?ardoise de sa plus tendre enfance. Collégien, il passe ses samedis chez le peintre Emile Worsfod, totalement oublié depuis. Il se souvient de sa qualité d?écoute hors pair. Un lecteur pourra-t-il nous apprendre davantage sur ce peintre, à demi-palaysé d?ailleurs quand Jac Desmarais hante son atelier chaque semaine ?

Il ne lui apprend pas la peinture pour autant. A ce sujet, Jac Desmarais rend grâces aux cours par correspondance de l?école ABC de dessin. Ces cours font partie des rêves des jeunes de Maurice de l?entre-deux guerres ou encore de l?après-guerre. L?ambition de se rendre à l?étranger, pour faire des études supérieures, n?effleure guère alors les espoirs même les plus fous des jeunes de la population générale. Elle se manifeste plus facilement, mais toujours exceptionnellement, chez des jeunes d?origine indienne. Les premiers espèrent qu?un certificat du Senior School Cambridge, ou mieux encore un du HSC, leur ouvrira, à coup sûr ou presque, une carrière professionnelle dans la fonction publique ou dans un des bureaux du secteur privé de la capitale. Chez les jeunes d?origine indienne, les choses paraissent moins sûres. La fonction publique est alors dirigée par les Anglais et les oligarques. Les chances d?admission et de promotion leur paraissent beaucoup plus minces. Les plus doués d?entre eux se tournent vers des professions libérales (avocat, médecin, dentiste, ingénieur) et caressent l?espoir de pouvoir se rendre à l?étranger (principalement en Grande-Bretagne) pour effectuer des études supérieures. En attendant, ils acceptent le premier poste disponible (y compris celui de fonctionnaire stagiaire et sans solde) le temps de faire leurs preuves, quelques petites économies, susciter la généreuse compréhension d?un négociant coreligionnaire prospère, avant de pouvoir serrer sur leur c?ur ce talisman inestimable : un billet pour l?Europe mais à fond de cale (IIIe classe), à bord d?un cargo mixte ou d?un navire des Messageries Maritimes. Pour survivre en Angleterre, c?est la débrouillardise et les petits boulots nocturnes après les heures de cours. Rentrés à Maurice, les nouveaux médecins, avocats, ingénieurs, témoignent leur gratitude à leurs bienfaiteurs, en finançant à leur tour les études supérieures à l?étranger d?un autre collégien prometteur.

Pour Jac Desmarais, le recours aux cours par correspondance de l?école de dessin ABC de Paris s?explique autrement. C?est alors la meilleure façon d?essayer d?acquérir une technique ou une spécialisation que les collèges de l?époque ne sont pas en mesure d?offrir à leurs élèves. Ces cours de dessin par correspondance lassent vite un jeune aussi remuant et dynamique que Jac Desmarais. Il découvre rapidement de meilleurs raccourcis pour parfaire sa formation esthétique. Il y a d?ailleurs beaucoup d?autodidactisme chez lui. Il s?initie par lui-même à la peinture à l?huile. Et puis bien sûr, il y a l?ami Max Boullé qui brosse les décors du théâtre municipal de Rose-Hill, avant la Seconde Guerre mondiale, avant de passer le pinceau à l?inoubliable Serge Constantin.

La gravure sur bois fascine également Jac Desmarais. On la connaît mal, à l?époque, à Maurice. Il commande livres techniques, outils, burins, les bois qui se prêtent le mieux à cet art. Il s?associe à Maurice David pour illustrer les éphémères Annales Mauriciennes de celui-ci. C?est ensuite une longue absence artistique, suivie d?un départ pour La Réunion où il reprend goût à ses pinceaux. Il expose au musée Léon-Dierx, sous le patronage du gouverneur Capagory. C?est ensuite au tour de l?hôtel de ville de Curepipe d?accueillir ses ?uvres. De 1946 à 1950, il participe à diverses expositions organisées par Georges André Decotter. Après quoi, l?architecte prend le dessus sur l?artiste-peintre. Il nous offre cependant ce chef-d??uvre de pirogue renversée qu?est l?église de Philippe Goupille à Grand-Baie. Le CRAC de La Réunion accueille, en 1982, ses gravures sur bois et pyrogravures. Il laisse entrevoir une re-naissance artistique car l?architecte consent, en 1983, à accorder davantage de temps à l?artiste inspiré et expressif que demeure Jac Desmarais.

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