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Tout se joue avant cinq ans
Les moins de cinq ans requièrent une attention. L?épanouissement de ces jeunes enfants ne peut attendre le cycle primaire. Avant même qu?il ne parle correctement, l?enfant s?imbibe de son environnement familial d?une part, et éducatif au préscolaire, d?autre part. Si le contexte familial fait défaut, c?est déjà un lourd préjudice qui peut être causé au développement de l?enfant. Si le système éducatif préscolaire ne répond pas aux exigences pédagogiques et ludiques nécessaires, c?est une deuxième faillite préjudiciable au parcours du jeune élève.
«Quand on parle de préprimaire, on évoque une préparation au primaire, dit Pushpa Lallah de la Federation of Preschool Playgroup. Or nous ne sommes pas d?accord avec l?éducation primaire telle que pratiquée aujourd?hui car elle ne favorise pas le développement holistique. C?est pourquoi nous parlons de préscolaire qui permet d?appréhender le primaire de manière différente avec des outils éducatifs spécifiques.» La particularité du préscolaire tient bien à la particularité du public visé. Les enfants de moins de cinq ans découvrent, petit à petit, leur environnement et les codes sociaux qui y sont liés. C?est une période déterminante dans l?appréhension et la compréhension du rapport à l?autre, à l?espace, au temps ainsi que sa place dans ces schémas sociaux.
«Au préscolaire, l?enfant égocentrique par nature, apprend la sociabilité et le partage en passant du cocon familial à la collectivité.»</I>
L?environnement familial est la première pierre angulaire dans le développement du jeune enfant. «À trois ans, période de l?entrée au préprimaire, les limites éducatives ont déjà été posées à la maison, explique Irène Alessandri, psychologue clinicienne, directrice de l?Association de parents d?enfants inadaptés de l?île Maurice (APEIM). Là, il y a actuellement de grandes faiblesses à Maurice : parents perdus, démissionnaires, fatigués, dépassés, surmenés sont légion et minent le développement de l?enfant.» Cependant, elle rappelle qu?aucune école maternelle, «aussi bonne soit-elle» ne pourra remplacer un bon environnement familial.
Dans le même sens, Sylvette Paris, de l?école Bethléem, estime : «Les parents doivent être partie intégrante du projet éducatif de leur enfant et c?est à l?équipe éducative de les amener à s?y investir, quel que soit leur statut social.» Il n?empêche que le préscolaire a un rôle à jouer sans pour autant se substituer aux parents, mais en complétant leur rôle éducatif car se sont d?autres aptitudes que l?enfant devra adopter.
Compte tenu du rôle fondamental des parents, Playgroup met au centre de ces préoccupations la sensibilisation des parents «pour poursuivre le travail du préscolaire». L?éducation apportée au préscolaire doit être la suite logique des limites et apprentissages posés dans le cadre familial. Pour la directrice de l?APEIM, la maternelle est un environnement d?expérimentations. «Au préscolaire, l?enfant en bas âge, égocentrique par nature, apprend la sociabilité et le partage en passant du cocon familial à la collectivité. Il faut néanmoins respecter son individualité et son rythme d?évolution et l?accompagner dans son cheminement à travers des activités ludiques. Cette phase d?expérimentation est assez longue et fondamentale pour la suite, ajoute Sylvette Paris.
Le problème reste que le préscolaire manque d?un cadre précis et d?un personnel éducatif formé pour répondre aux besoins spécifiques des jeunes enfants. «Le problème du préscolaire garde son côté quelque peu informel même si aujourd?hui, il tend à se formaliser à travers des textes de loi l?Early Childhood Care and Development Act qui devrait aboutir à la création d?une autorité qui se chargera de cette question», avance Pushpa Lallah. Elle déplore aussi «le manque de formations pratiques nécessaires pour travailler avec les enfants». «Les formations théoriques assurées par le Mauritius College of the Air et le Mauritius Institute of Education, doivent être complétées par une confrontation avec la réalité du terrain.» «Il faut que le personnel éducatif comprenne la psychologie très particulière de l?enfant afin de construire un parcours pédagogique en utilisant des outils spécifiques», ajoute Sylvette Paris.
La thématique linguistique est l?un des points saillants pour la réussite de l?enfant au préscolaire. Comment appréhender un environnement nouveau dans lequel «la socialisation est l?axe fondamental», selon Irène Alessandri, si hiatus linguistique il y a entre la maison et la maternelle. À ce titre, Playgroup plaide pour l?utilisation de la langue maternelle dans le cadre du préscolaire afin que l?enfant puisse retrouver des éléments de son environnement et les utiliser pour son apprentissage d?une autre langue.
En 1998, le ministère de l?Éducation fait une déclaration à la suite d?une affaire portée à la Cour suprême au sujet de la langue au préscolaire : «Following the action plan for the education sector, the Ministry is in the process of formulating a new curriculum for the pre-primary sector which is philosophically different, and we take into account the language of the children environment». Pushpa Lallah rappelle donc que la langue a été remise au centre des objectifs spécifiques du préscolaire.
Le préscolaire joue un rôle fondamental dans le parcours de l?enfant. La formation du personnel éducatif, le rôle des parents, et donc une synergie entre ces deux entités fondamentales à travers lesquelles l?enfant se confronte à la sociabilité, sont au c?ur des enjeux de réussite du préscolaire. C?est à ce jeune âge que l?enfant fait ses premiers pas dans un monde où le rapport à l?autre ? les camarades, les adultes, les parents - et l?atteinte d?objectifs cognitifs sont déterminants dans son développement et son parcours futur. Il est donc nécessaire de se pencher de manière effective sur le préscolaire pour l?améliorer. «L?État aurait dû s?intéresser au préscolaire depuis bien longtemps car son importance est minimisée. C?est à l?État de proposer une politique éducative globale et inclusive pour le préscolaire afin que le parcours pédagogique de l?enfant cadre avec son développement holistique», souligne Sylvette Paris. Les besoins spécifiques des enfants issus de milieux défavorisés, où la démission parentale est plus fréquente, demandent une attention particulière.
<B> Les aptitudes à développer</B>
■ A l?entrée au primaire, l?enfant de cinq-six ans doit avoir développé des aptitudes particulières. C?est au préscolaire que l?enfant acquiert ces aptitudes. Pour Irène Alessandri, l?enfant doit avoir développé «ses capacités mentales et une maturité intellectuelle suffisante, une orientation dans l?espace et le temps correcte, une bonne maturation motrice, un niveau de langage suffisant, un bon équilibre de la personnalité et une maturité affective adéquate». Ce sont en fait, les aptitudes qui vont différencier un enfant en bas âge de celui capable d?appréhender un enseignement, débarrassé de toute charge émotionnelle. L?enfant de moins de cinq ans, confère à ce qui l?entoure une dimension émotionnelle sinon affective. C?est ce qui lui faut apprendre à maîtriser. L?enfant passe d?un stade où il est au centre à un stade où il doit faire avec les autres et son environnement. L?enfant prend conscience des différences et de sa place dans la famille, l?école, le groupe? À la fin de la maternelle, «l?enfant entre dans la période des opérations formelles» explique la directrice de l?APEIM. Ce qui relève de «l?intuitif et de l?imaginaire» tend à laisser la place à la confrontation à la réalité des choses. Les activités ludiques sont essentielles au développement de l?enfant. À travers le jeu, il découvre ce qui l?entoure, développe des réflexes, des aptitudes motrices, des éléments de compréhension. Le préscolaire est à la base de tout apprentissage. L?enfant est curieux, il s?ouvre, il veut savoir, il se questionne et questionne les autres.
QUESTIONS À?
<B>Somoo Valayden</B> <I>président pour Maurice de l?OMEP</I>
● <B>Quel constat faites-vous du préscolaire à Maurice ? Répond-t-il de manière efficace aux spécificités de l?éducation pour les jeunes enfants ?</B>
Depuis 1972, date à laquelle l?Organisation mondiale pour l?éducation préscolaire (OMEP) a débuté ses opérations à Maurice, il y a eu dans le préscolaire beaucoup de progrès. On le voit notamment dans les infrastructures et dans un meilleur environnement pour l?enfant. Il y a aussi plus de formations. Cela dit, nous n?avons pas su garder le rythme global du développement du préscolaire, nous avons été dépassés. C?est là que nous avons pêché. Le secteur de la petite enfance n?attire pas vraiment les personnes ayant les aptitudes et les compétences. La rémunération et la précarité de l?emploi en sont les principales causes certainement. Il ne faut pas oublier que seulement 15 % des établissements préscolaires sont publics, donc dépendants de l?État, alors que 85 % appartiennent au privé. D?où des fermetures ? si ces écoles ne fonctionnent pas ? des dysfonctionnements et un manque d?homogénéité dans les parcours pédagogiques proposés. Le préscolaire est l?affaire de tous, pas seulement des autorités. Je crois fermement que le préscolaire et le primaire sont les bases pour la réussite du parcours d?un enfant. On ne doit pas minimiser l?importance du préscolaire. Les pays scandinaves offrent un bon exemple de ce qui devrait être fait. Ils ont une nette avance car ils n?ont pas hésité à réformer leur système.
● <B>Comment le préscolaire peut-il pallier les déficiences du milieu familial, surtout lorsqu?il s?agit de milieux défavorisés ? Quel est le rôle de la famille et quelle est l?incidence du milieu socio-économique ?</B>
D?abord, il faut savoir qu?un enfant scolarisé dès l?âge de deux ans a plus de chances de réussir dans ses études secondaires qu?un enfant qui n?entre à l?école qu?à l?âge de quatre ans. Le préscolaire est un milieu qui éveille et développe la curiosité, entraîne la recherche et donc l?apprentissage. Dans les milieux défavorisés, où parfois la cellule familiale fait face à des difficultés, le préscolaire a un rôle prépondérant. Mais avant toute chose, c?est au parent d?assumer leur rôle. Ils doivent être investis, par exemple à travers des rencontres ponctuelles et régulières avec le personnel éducatif ou des spécialistes. Il faut qu?ils soient informés. L?école ne peut pas les remplacer mais suppléer à certains niveaux. Pour cela, il faut donner plus de moyens en termes de ressources humaines. Les enfants des milieux défavorisés doivent recevoir une attention particulière. Leur catégorie sociale ne doit pas être un obstacle à leur développement.
● <B>Que peut-on attendre des autorités pour améliorer le préscolaire et donc assurer aux jeunes enfants un parcours aussi bon que possible ?</B>
Le budget de l?éducation est d?environ Rs 6 milliards dont seulement Rs 100 millions sont allouées au préscolaire. C?est très peu. Dans les pays scandinaves, c?est plus de 10 % du budget de l?éducation qui est consacré au préscolaire car c?est un stade primordial dans le parcours de l?enfant. Aussi, les autorités devraient étoffer le cadre légal. On ne peut pas se contenter de beaux discours qui rappellent que le préscolaire est à la base du parcours de l?enfant. Il faut agir pour cela. Par exemple, la formation doit être revue. Le personnel éducatif ne maîtrise pas toujours les outils pédagogiques, les éléments essentiels de la psychologie de la petite enfance. Les enseignements théoriques doivent aller de pair avec des stages sur le terrain. L?alternance offre, à ce titre, de bonnes perspectives de formation. On ne peut pas faire l?économie d?une bonne formation. Et les autorités ont un rôle à jouer, dans cela, en travaillant sur une politique éducative globale pour le préscolaire et en définissant des cadres précis pour la formation.
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