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Un esprit corporatiste

26 mars 2008, 00:00

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A la naissance de Mohammad Isshaq Jowahir, qui est le benjamin de 11 enfants, son père formule le v?u qu?il devienne médecin et qu?il fasse ses études supérieures au Pakistan. Or, ce père qui est propriétaire de bateaux et de pêcheries, de Tamarin à Baie-du-Cap, n?a pu voir ce souhait se réaliser car il meurt l?année où son benjamin célèbre ses sept ans.

Mohammad Isshaq Jowahir est élevé par sa mère et son frère aîné. Il n?aurait peut-être pas respecté le v?u de son défunt père si les sciences et en particulier la biologie, n?avaient exercé une fascination sur lui. A la fin de sa scolarité secondaire au collège Eden, il s?envole pour le Pakistan où il étudie la médecine pendant sept ans.

Il rentre au pays en 1978. A l?époque, les médecins sont recrutés sans passer par la Public Service Commission. Il est envoyé à l?hôpital Victoria mais n?y fait pas long feu en raison «du climat de méfiance entre médecins qui n?étaient pourtant pas nombreux». L?emploi du temps surchargé qui y est en vigueur est aussi pour quelque chose.

Contre l?avis de ses homologues amis, il démissionne pour exercer dans le privé. Il ouvre sa consultation à la rue Desforges. Il consulte toujours là, 30 ans plus tard. Il n?a jamais regretté ce saut dans le privé. Il estime que la clientèle se construit par le bouche à oreille.

Le Dr Jowahir se joint à la PMPA il y a une dizaine d?années avec la ferme intention d??uvrer pour unifier la profession. «Nous travaillons pour le bien-être de la population. Pourquoi être à couteaux tirés ?». De membre, il intègre l?exécutif où il a agi comme secrétaire avant d?être élu président. Un mandat annuel qui a été reconduit pour la quatrième année consécutive en 2008.

Au début, explique-t-il, c?était difficile de rallier les médecins du secteur public à leur cause. «Les réunions se terminaient invariablement en eau de boudin». Le dégel a lieu lorsque Kishore Deerpalsing, occupe le maroquin de la Santé. A l?époque, les hôpitaux souffrent d?une pénurie de médecins et la PMPA propose ses services.

C?est ainsi que le projet de Bank Doctors se matérialise, les médecins du privé étant encouragés par un salaire intéressant à travailler à mi-temps dans le secteur public. Leur apport permet notamment aux médecins du service public de souffler, et de réduire la liste d?attente pour les interventions chirurgicales. Leur contrat temporaire a, depuis, été étendu à quelques années mais le salaire proposé n?est plus aussi intéressant qu?auparavant.

Les relations entre les médecins de l?hôpital et des cliniques deviennent plus étroites lorsque le ministre Deerpalsing tente à travers le Public Health Act de leur faire renouveler leur contrat tous les ans. La résistance s?organise, les médecins, tant du public que du privé, marchent la main dans la main et le ministre est obligé de reculer.

«Au Canada, si vous n?êtes pas au point avec les derniers traitements, vous ne pouvez pas continuer à exercer. De sorte que le médecin ne se contentera pas de se reposer sur ses lauriers.»</I>

Plus récemment, on doit à la PMPA le fait d?avoir tiré la sonnette d?alarme à propos de l?épidémie du chikungunya, d?avoir mis au point un protocole de traitement en avance sur le ministère de la Santé et d?avoir alerté l?opinion sur les méfaits de la cortisone dans le cadre du traitement de cette épidémie. «Les médecins du privé sont toujours à l?avant-garde pour les traitements de pointe.

La collaboration avec l?Etat existe mais elle n?est pas à 100 % car «la bureaucratie empêche tout développement. Et puis, la médecine publique est trop politisée». Et de citer un cas récent d?allocations de bourses pour les médecins du secteur public qui a défrayé la chronique. «Nous avons soutenu nos collègues de la Medical Health Officers Association à ce sujet et avons même fait poser des questions parlementaires».

Il ne comprend pas pourquoi les autorités tentent de mettre en minorité les médecins du privé sur le board du Medical Council. «Le nouveau board ne comprendra pas six médecins du privé et six du public comme c?est le cas actuellement mais huit médecins du public contre six du privé. Avec les quatre autres nominés gouvernementaux, cela fait 12 médecins pour le public contre six du privé. C?est injuste et cela réduit notre force et notre marge de man?uvre».

Bien avant que le Medical Council ne réclame un examen pour les médecins ayant étudié à l?étranger, la PMPA réclamait cette mesure pour tous les médecins. «C?est important pour uniformiser la profession médicale. Les Mauriciens vont étudier la médecine dans le monde entier et on a vu des cas où certains n?avaient pas les critères pour l?étudier. Si à l?hôpital, les médecins sont couverts par la hiérarchie car ils travaillent sous plusieurs chefs, dans le privé, tel n?est pas le cas. Cela peut être dangereux pour les patients si ces médecins ne sont pas aux normes. Il faut non seulement remplir des critères spécifiques avant les études mais aussi prendre part à cet examen au retour».

La PMPA a surpris plus d?un en se prononçant en faveur du fait que les médecins du service public puissent intervenir entre 9 et 16 heures dans le privé. «A l?hôpital, la structure est autre qu?en clinique. N?importe quel médecin examinera un patient opéré par un autre médecin. Par contre, dans le privé, le médecin suit son patient jusqu?au bout. Si le médecin du public opère en clinique, en cas de complication, un autre médecin ne peut prendre la responsabilité de son patient alors que lui est à l?hôpital. Cela poserait un problème médico-légal. Ensuite, le privé étant payant, le patient devra payer le double pour deux médecins différents. C?est inacceptable ».

Le Dr Jowahir reconnaît que la deuxième raison à cette posture de la PMPA est de fédérer tous les médecins. «Nous voulons regrouper tous les syndicats de médecins sous une sorte de fédération». Ce désir de fédérer à tout prix ne risque-t-il pas de faire fermer les yeux sur une maldonne éventuelle d?un médecin ? «Pas du tout. Nous ne cautionnerons aucune maldonne ou négligence. C?est pour cette raison que nous demandons que les pouvoirs du Medical Council soient accrus».

Le projet qui lui tient à c?ur et qu?il veut faire aboutir sous son mandat est la construction d?un Doctors? House à Beaux-Songes. Ouvert à tous les médecins et aux paramédicaux, cette maison favorisera les rencontres mais aussi la formation continue puisqu?elle sera dotée d?une bibliothèque «très avancée et d?ordinateurs reliés aux grandes universités qui font de la recherche médicale». Mais le Dr Jowahir va plus loin. Il aurait souhaité comme cela se pratique au Canada, que les médecins soient évalués chaque cinq ou dix ans par un panel pour vérifier qu?ils soient au point avec les derniers traitements en cours. «Cette formation médicale continue est de première importance. Au Canada, si vous n?êtes pas au point avec les derniers traitements, vous ne pouvez pas continuer à exercer. De sorte que le médecin ne se contentera pas de se reposer sur ses lauriers. Il devra être au point avec les soins pour le bien-être de la population. Il faudrait qu?il en soit de même à Maurice».

Il n?y a pas que la médecine ou le syndicalisme dans la vie du Dr Jowahir. Marié à Feroza, il est père de trois enfants : Shaheen, 22 ans, Tariq, 21 ans, qui est détenteur de deux Mastères en journalisme à La Sorbonne et Saaquib, 19 ans, qui étudie la médecine à Bordeaux. Comme quoi, chez les Jowahir, la médecine est quasi-héréditaire?

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