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19 mars 2008, 00:00

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Lily Tsang Mang Kin est la cadette d?une famille de huit enfants. C?est vers elle que feu son père, Jean-Louis Li, boutiquier, sur la sucrerie de Mon-Trésor-Mon-Désert, demande de l?aide. Que ce soit pour la cuisine ou pour ses comptes. Car ce natif de la province de Moyen en Chine sent qu?elle a du potentiel.

Elle l?exprime ouvertement. «Il m?avait désignée en quelque sorte et je ne pouvais le décevoir.» Elle grandit donc avec l?idée qu?elle doit, non seulement, exceller à l?école mais aller le plus loin possible...

Après une éducation préscolaire à Plaine-Magnien, sa mère écoute l?administrateur de la sucrerie, Roger Bax, le parrain de son mari, et la fait admettre à l?école primaire de La Confiance à Curepipe. Ne pouvant faire la navette entre la sucrerie et la ville lumière, elle est confiée à ses tantes qui y habitent et qui possèdent le Hong Kong Overseas. Portée pour les chiffres et de mémoire, elle fait des calculs en un rien de temps. Ensuite c?est au Queen-Elisabeth College qu?elle poursuit ses études.

C?est sans compter les conseils avisés de l?administrateur de la sucrerie qui recommande à ses parents de l?envoyer au collège Lorette de Curepipe. Sous ses dehors réservés, Lily a un tempérament bien trempé. Si bien que lorsque les religieuses exigent que quelques élèves qui ont terminé leur School Certificate, dont elle, se prêtent à un autre examen pour pouvoir entrer en Form VI, Lily refuse et exprime sa déception. Elle préfère s?en aller plutôt que de cautionner ce qu?elle considère comme une injustice.

«Sa plus grande réussite a été d?avoir pu, malgré ses responsabilités professionnelles, encadrer comme il se doit ses enfants.»

Entre-temps, ses parents quittent la sucrerie pour s?installer à Curepipe. Ils ouvrent un restaurant, le Hong Kong, où Lily fait les additions lorsqu?elle est en congé, de même que le magasin Shanghai où ils revendent des objets importés de Chine.

C?est au collège John Kennedy qu?elle poursuit des études en sténodactylographie et en comptabilité de base en attendant de décider où elle fera sa Form Vl. «Il était vital pour moi de continuer mes études car j?étais convaincue que c?était cela qui me permettrait de choisir ma profession.» C?est finalement au collège St-Andrews qu?elle fait sa Form VI, optant pour la géographie et les matières littéraires.

Son certificat empoché, elle songe à faire des études supérieures et pense à un Bachelor of Arts (BA) en anglais. Mais c?est sans compter sa rencontre avec le pharmacien, Emmanuel Tsang Mang Kin, qui la remarque au restaurant et qui emballe son c?ur. Elle n?a que 20 ans lorsqu?elle accepte de l?épouser.

Son père, un peu réticent du fait que ce mariage l?empêche de faire des études supérieures, finit par se ranger à son opinion. Lorsqu?elle se retrouve enceinte, l?idée de décrocher un BA en anglais lui revient.

La perte de son bébé de sept mois de grossesse est un coup dur. Sa deuxième grossesse se déroule mieux et lorsqu?elle accouche de son fils, Alexandre, son envie de recommencer les études la reprend. Un ami de son mari lui montre le cursus de l?Association of Chartered Certified Accountants et elle se rend compte que c?est à sa portée.

Lily entame ces cours de comptabilité tout en s?occupant de sa famille qui s?est encore agrandie avec l?arrivée de Frédérick, leur deuxième fils. A la mort de son père en 1980, elle doit aller aider sa mère à gérer leur magasin. Les articles importés étant lourdement taxés, Lily décide d?offrir aux touristes des articles locaux de qualité.

Elle pense alors à la sérigraphie. Elle se fait aider d?un spécialiste qui lui donne des cours. Et bien que sa famille se soit agrandie avec l?arrivée d?une fille nommée Rebecca, Lily se lance dans le sous-sol de sa maison à Quatre-Bornes. Elle bénéficie de l?aide de sa mère, de ses bonnes et de son mari. Elle sous-traite la confection de t-shirts pour adultes et enfants sur lesquels elle sérigraphie des dessins. C?est son mari qui lui suggère la marque Citadel, symbole de la solidité. On est alors en 1982.

Lily n?a pas de boutique à elle. Elle fait donc jouer les contacts de ses contacts et bientôt, plusieurs personnes acceptent d?acheter pour revendre ou de consigner ses t-shirts. Elle est étonnée par le succès rencontré par la marque Citadel tant auprès des touristes que des Mauriciens.

Elle jette les bases de ce qui deviendra Tamak Textile Ltd. Aux t-shirts, elle ajoute bientôt d?autres lignes dont elle conserve certaines et rejette d?autres, de même qu?une autre marque, Ozone, destinée à une clientèle plus jeune et branchée. Tamak Textile Ltd prend de l?essor au point où elle est obligée d?abandonner le sous-sol de sa maison et de transférer ses affaires dans un local à St-Jean puis dans un autre plus grand à Quatre-Bornes.

Un quart de siècle plus tard, Tamak Textile Ltd compte 120 employés, dont des ouvrières chinoises et des travailleurs indiens, et trois compagnies distinctes, à savoir Tamak Textile Ltd, Tamak Distribution et Tamak Retail. Vu l?ampleur des affaires, Emmanuel Tsang Mang Kin a démissionné d?Ireland Blyth Ltd pour venir lui prêter main forte.

Lily finit par se sentir à l?étroit dans l?usine de Quatre-Bornes. Elle cherche un autre local afin de gagner en efficience et en productivité. Lorsqu?elle et Emmanuel voient que Fit in Shoe Ltd, compagnie fabricant des chaussures sous licence de Bata International, est en liquidation, ils s?alignent comme repreneurs rien que pour disposer de l?espace voulu.

Leur offre est acceptée et ils accordent priorité au paiement des indemnités aux travailleurs mis à la porte. Ils projettent de rénover le bâtiment pour pouvoir l?investir quand une délégation de Bata International, basée à Singapour, vient s?enquérir des repreneurs de l?affaire.

A l?aide de dépliants et de l?internet, ils présentent le concept Bata International. La famille Tsang découvre l?univers Bata sous un aspect plus grandiose et élégant à travers la présentation professionnelle des chaussures et accessoires qui n?ont jamais été présentés par l?ancienne société qu?ils ont rachetée.

Elle et son fils Frédérick, visitent la branche singapourienne. Ils sont ébahis parce qu?ils voient et surtout par la clarté du concept, la qualité des chaussures et la modernité des magasins «comme on en a jamais vu à Maurice». N?étant pas des chausseurs, ils requièrent l?expertise singapourienne pour une étude du marché local.

Lily et son mari signent l?accord pour être franchisés. Les trois boutiques Bata proposeront, à partir de mai, des chaussures importées de la marque Ambassador pour hommes, Marie-Claire pour dames, Bubblegummers pour enfants et des chaussures de sports de la marque Northstar et Power. Elle recrute actuellement un manager et du personnel commercial. Son fils, Fréderick, assurera la coordination entre elle et le personnel.

Lily, qui prendra du recul de Tamak Textile Ltd, se donne deux ans pour bien asseoir la réputation de Bata. Ce qui la booste, c?est le challenge que la chaussure représente mais s?éloigner de son activité première ne signifie pas l?abandonner. «J?ai une idée en tête pour Citadel mais je l?ai mise en veilleuse.» La roupie forte et la mobilité des travailleurs peuvent parfois lui donner l?envie de baisser les bras. Elle s?accroche en se disant qu?elle fait vivre 120 personnes et leurs familles. Ce qui n?est pas rien.

Malgré son succès en affaires, Lily estime que sa plus grande réussite a été d?avoir pu, malgré toutes ses responsabilités professionnelles, encadrer comme il se doit ses enfants qui ont tous bien tourné. Comme quoi, ses priorités sont bien ancrées dans sa tête?

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