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La vie après les barreaux

2 mars 2008, 00:00

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Nous sommes à Roche-Bois près de l?autopont. Anand circule sur l?ancienne voie qui jouxte la nouvelle route. Il est abordé par trois policiers, et l?un d?eux veut le fouiller. Anand refuse. Il ne veut pas que ce soit fait en public. Il propose alors de se rendre au poste de police le plus proche. Un des agents suggère : « Les Casernes Centrales. » Anand ne doit son salut qu?à des voisins. « Anand n?est pas un enfant de ch?ur. Mais depuis qu?il est sorti de prison, il a totalement changé. Nous en sommes témoins. Alors, pourquoi continuer à le harceler comme s?il n?avait pas le droit de se racheter ? ».

Pour de nombreux ex-détenus, la possibilité de retrouver une place dans la société butte contre des préjugés tenaces, et un climat qui les culpabilise tout le temps.

Ils doivent aussi affronter la tentation de commettre de nouveau la même erreur.

Dès lors, les portes se ferment. La main tendue qu?ils attendent de la société se transforme, bien souvent, en poing fermé prêt à s?abattre sur eux.

Une porte ouverte sur la société

C?est un véritable cri d?alarme que lancent, chacun à leur façon, et avec leurs mots propres, les Lingamanaicka Vijayanarayanan, commissaire des prisons, Deepak Rao Bhookun, ex-commissaire des prisons, Juliette François et Lindsay Aza responsables de Kinouété et d?Elan, deux ONG engagées auprès d?anciens détenus.

Le message est le même. La société ne peut plus fuir ses responsabilités. Elle doit être partie prenante du processus de réintégration des détenus. Elle n?a pas le droit de refuser de donner sa chance à un ancien détenu qui veut refaire sa vie. La prison devrait être une porte ouverte sur la société, une fois sa dette payée.

« Nous réformons certes les détenus. Mais nous leur donnons aussi des outils qui leur permettront de se faire une place dans la société. Notre plus gros souci, c?est d?établir un pont entre la prison et le monde extérieur », explique Lingamanaicka Vijayanarayanan. Ce dernier soutient que la société a plus à gagner avec un ex-détenu qui réussit sa réinsertion qu?avec celui qui rechute.

Les services pénitentiaires disposent, en outre, d?une panoplie d?activités visant à favoriser une réhabilitation plus souple des ex-détenus en société. Il s?agit, entre autres, des cours de formation assurés par l?Industrial and Vocational Training Board (IVTB), sanctionnés par un certificat reconnaissant l?aptitude du bénéficiaire à exercer un métier. Les ex-détenus sont ainsi initiés aux travaux agricoles, et à l?élevage de poulets, de b?ufs, de cabris ou de lapins.

Une ombre au tableau

Pour le commissaire des prisons, le rôle des médias et des ONG est indispensable pour que ce cordon ombilical entre la prison et la société se mette en place. « Le droit des médias d?informer devrait également inclure celui de parler de ce qui se fait de positif en prison pour permettre à ceux qui le souhaitent de s?en sortir après. La participation de certaines ONG à nos côtés est une bonne chose. Cette excellente initiative devrait être relayée par l?ensemble de la société. »

Pourtant, il y a une ombre au tableau. Le gel du compte d?un ex-détenu est, par exemple, un obstacle majeur à son intégration. « On peut comprendre que les biens de trafiquants aisés puissent faire l?objet d?un gel. La même procédure devrait-elle être appliquée à ceux qui ne possèdent rien ? Le gel des comptes veut dire que si un ex-détenu est payé par chèque barré, il ne pourra jamais toucher son argent. Les démarches que nous avons entreprises dans ce sens n?ont rien donné jusqu?ici. Cet obstacle est un handicap conséquent à une véritable réinsertion », soutient Lindsay Aza.

Deepak Rao Bhookun, quand il était commissaire des prisons, avait fait de la réhabilitation son cheval de bataille.

« Le suivi et l?accompagnement du détenu à sa sortie de prison sont indispensables à sa réhabilitation. Faute de quoi, il risque de rechuter et de se retrouver à la case départ. »

Dépassionner le débat

Juliette François estime que la réussite d?un programme de réinsertion dépend de beaucoup de facteurs. Elle cite, entre autres, la nécessité pour la société de modifier l?idée qu?elle se fait de la prison. « La prison renvoie à la société les images de sa propre réalité. Ce serait dommage si la société ne se donnait pas la peine de décrypter leur sens et de dégager les décisions qui s?imposent », affirme notre interlocutrice.

Les situations dramatiques qui sont vécues à Kinouété, interdisent de ne se limiter qu?au délit qui a valu à son auteur un emprisonnement. « C?est pour cette raison que la prison devrait être plus une plate-forme de remise à niveau d?un citoyen qui a mal tourné qu?autre chose. Cela demande des ressources tant humaines que financières. C?est ce qui fait défaut », conclut Juliette François.

Le discours des professionnels de la prison et des ONG proches des milieux pénitentiaires contraste avec le durcissement de ton des défenseurs du droit des victimes de la violence. Vivement un débat dépassionné sur la réintégration des détenus !

EMBAUCHE : DU COTE DES PATRONS

Les patrons sont-ils disposés à donner leur chance à d?anciens détenus ? Chez Brinks, explique son directeur, Éric Rey, les règlements sont scrupuleusement appliqués. La validation du certificat de moralité d?un candidat est indispensable pour prétendre à un emploi dans le secteur. Diksha Kalachand, directrice de la Maison des matelas est, elle, prête à donner sa chance à un ex-détenu qui a montré qu?on peut lui faire confiance. D?ailleurs, la compagnie est déjà intervenue in extremis pour sortir un employé de l?enfer de la drogue. Après un programme de désintoxication, cet employé a retrouvé son poste. Le monde des détenus ne fait pas non plus peur à Randhir Ramloll, directeur de Gumboots. Il a vécu dans les résidences des hauts cadres de la Prison Centrale de Beau-Bassin, où son père était affecté. Il est prêt à donner sa chance à un ex-détenu, souligne-t-il. Une analyse des aptitudes de l?intéressé permettra de l?affecter dans un département qui contribuera à sa réintégration.

LEURS PARCOURS

Pritiviraj, la volonté de s?en sortir

Il y a trois ans, Pritiviraj Goindoo décide de mettre un terme à des activités louches (vol et trafic de stupéfiants) qui lui ont valu de faire le va-et-vient à la prison de Beau-Bassin.

« Je remercie tout particulièrement le père Filip Fanchette. » Aujourd?hui, Pritiviraj s?est réconcilié avec lui-même, sa famille et son entourage. Grâce à un mini-crédit, il s?est lancé dans la vente du prêt-à-manger, et il gagne dignement sa vie. En 2007, Pritiviraj a même décroché un trophée dans la catégorie des citoyens exemplaires de son quartier à Roche-Bois, dans le cadre d?un concours organisé par la Federasyon Bann Organizasyon Rosbwa. Il prépare le mariage de sa fille qui, aux côtés des autres membres de sa famille, s?est donnée à fond pour sa réintégration.

Berty, l?artiste retrouvé

C?est en prison que Berty Fleury découvre l?importance de la famille. Depuis qu?il l?a retrouvée,il ne veut plus s?en séparer. Pour ceux qui savent tirer le meilleur du pire, la prison pourrait donner l?opportunité d?être une école de formation. C?est en effet là-bas que Berty a développé ses talents de compositeur. Il vient de sortir son premier album, À contre-c?ur, avec le concours de son ami George Coret. Tous les titres mettent en évidence les conséquences de la vie carcérale. Seul point noir au tableau : parce que son compte est gelé pour une période indéterminée, Percy a du mal à échanger les chèques barrés tirés à son nom.

Gérard face à son destin

Gérard R. n?arrive toujours pas à comprendre la portée du gel de son compte, alors qu?il affirme n?être qu?un type ordinaire qui doit trimer pour gagner sa vie. Il veut bien lancer sa petite entreprise, mais ne pourra pas utiliser son nom. Toutes les procédures doivent se faire sur celui de sa femme. Gérard veut bien tenter sa chance auprès d?une firme privée pour trouver de l?emploi. Mais lorsqu?on prendra connaissance de son passé de prisonnier, sera-t-il embauché ? C?est une question à laquelle il n?a pas de réponse.

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