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Découverte macabre à Tyack : Chronologie d?un drame

3 janvier 2008, 20:00

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Il allait chercher des bred sousou dans sa bananeraie à Tyack. Mais il a fait une découverte des plus macabres. Quatre cadavres gisaient là, calcinés. Nemchand Keenoo, 68 ans, est encore sous le choc. La police, qui enquête, soupçonne un crime.

Nemchand Keenoo, qui habite non loin de la bananeraie , s?y était rendu vers 7 h 30, sur sa mobylette. La plantation s?étendant sur trois arpents, il ne se rend pas tous les jours dans cette partie du champ. La dernière fois qu?il s?y est trouvé, explique-t-il, c?était il y a 20 jours. Sur place, à peine a-t-il commencé à couper des bred qu?il est incommodé par une odeur. Il pense d?abord à du fumier.

Cherchant à en connaître l?origine, il finit par trouver des restes calcinés, à une dizaine de mètres plus loin. Il pense qu?il s?agit d?un chien mort et s?apprête à retourner à sa besogne quand quelque chose attire son regard. Sur un rocher, près des restes brûlés, se trouve un bracelet en or. Le sexagénaire se rend alors compte de son erreur et comprend qu?il s?agit de restes humains.

Il remonte immédiatement sur sa mobylette et rentre chez lui, sans chercher à en savoir plus. Là, il contacte un ami policier qui informe à son tour le poste de police de la localité. Nemchand Keenoo repart alors sur les lieux du drame, cette fois accompagné de policiers. Dans le champ, Nemchand Keenoo entend un des policiers informer les autres que d?autres cadavres se trouvent à proximité. Il comprend alors qu?il n?y avait pas un, mais quatre corps calcinés.

Si les policiers de Rivière-des-Anguilles étaient les premiers sur les lieux, ils ont vite été rejoints par ceux de la Division Support Unit et de l?Emergency Response Service. La Criminal Investigation Division (CID) de Rivière-des-Anguilles, dirigée par l?inspecteur Sailesh Omrawo et le sergent Shaban Korimbocus, est aussi mandée sur place. Les hommes de l?assistant surintendant de police Yousouf Soopun et des inspecteurs Ranjit Jokoo et Dieudonné Gérard et ceux de la Major Crime Investigation Team se joignent aussi aux enquêteurs.

Examens toxicologiques

L?assistant surintendant de police Jean Claude Gunga, responsable de la CID de la Southern Division, est aussi présent, en compagnie d?autres équipes de la CID basées dans le Sud. L?adjoint au commissaire de police Mario Nobin, responsable de la division sud et responsable des opérations au quartier-général de la police, donne des directives, avec, à ses côtés, l?assistant commissaire de police Printamsing Jawaheer, Southern Divisional Commander.

Un chien est conduit sur les lieux afin de trouver des pistes éventuelles. Les éléments du Scene Of Crime Office et ceux du Forensic Science Laboratory (FSL) recueillent, eux, des indices et effectuent des prélèvements.

Au bout de quelques instants, une carte d?identité est retrouvée. C?est celle de Hanesh Kumar Mahindar, un habitant de Camp-Banane, Grand-Bois, employé à la menuiserie Domah. Cette découverte met les enquêteurs sur une première piste. Ils retracent les fréquentations du jeune homme et tombent sur Bharati Gura, une habitante de route Royale, Tyack. La jeune femme habitait, avec ses deux enfants, chez ses parents.

C?est vers 11 h 45 que les quatre corps sont évacués par les forces de l?ordre et conduits à l?hôpital Victoria, Candos, après un premier examen sur place par le Dr Satish Boolell, Chief Police Medical Officer. L?autopsie pratiquée par ce dernier a attribué le décès des deux adultes à des brûlures excessives. Il n?a pas été en mesure de se prononcer sur la cause du décès des deux fillettes (undetermined). Celles-ci portent des hématomes au niveau de la boîte crânienne. Mais le médecin légiste estime qu?elles sont mortes avant que leurs corps ne soient brûlés.

Des prélèvements ont été faits durant l?autopsie, pour une analyse au FSL. Des examens toxicologiques seront aussi effectués pour connaître les produits qui auraient été utilisés pour allumer le feu. La façon dont les quatre corps étaient disposés, allongés sur le dos sur des bambous, fait penser à un bûcher funéraire. Hanesh Kumar Mahindar s?y serait installé après les trois autres.

En examinant les cadavres et les larves présentes sur place, le Dr Boolell a estimé que les victimes sont mortes depuis six jours, soit le vendredi 28 décembre. Ce jour-là, Hanesh Kumar Mahindar a fêté ses 22 ans...

Les funérailles des quatre victimes ont lieu ce matin. Les corps de ces victimes quitteront la morgue de l?hôpital Jawaharlall Nehru à Rose-Belle pour le lieu de crémation de leur village respectif.

PORTE DISPARU LE JOUR DE SON ANNIVERSAIRE

■ «Zame mo tia krwar ki mo garson ti pou al avan mwa.» Bissoonall Mahindar est atterré. Son fils, Hanesh Kumar Mahindar, venait d?avoir 22 ans. Quelques jours avant que son corps calciné ne soit retrouvé , avec trois autres cadavres, dans une bananeraie à Tyack.

Le jour de ses 22 ans, le vendredi 28 décembre, il a quitté le toit parental vers 8 heures, disant qu?il allait travailler. Mais il ne devait pas rentrer. Ses parents expliquent qu?ils ont essayé, à plusieurs reprises, de l?appeler sur son portable, mais en vain. Le téléphone était éteint. Ils ont ainsi consigné une déposition à la police de la localité pour signaler sa disparition. Et hier, son corps a été découvert.

La police n?a pas encore déterminé s?il s?agit d?un suicide collectif ou d?un meurtre. Mais les parents de Hanesh Kumar affirment qu?ils ignorent si leur fils avait une quelconque relation avec Bharati Gura, la femme dont le corps a été retrouvé à côté du sien.

Chez cette famille de Camp-Banane, Grand-Bois, hier, cris et pleurs témoignaient de la peine que ce décès a occasionnée. Plusieurs voisins du défunt étaient rassemblés devant la maison pour sympathiser avec la famille. Le père du jeune homme est en plein désarroi. Victime lui-même d?un accident en 2001, il ne peut plus marcher. Il se demande «pourquoi Dieu n?a pas pris sa vie au lieu de celle de son fils». La mère du défunt est, elle aussi, inconsolable. Parmi ceux qui pleuraient la mort de son fils Hanesh Kumar hier, se trouvait son meilleur ami, Sawan Gangadar. Hanesh Kumar Mahindar était, dit-il, quelqu'un de très religieux et il portait souvent le «cavadee». Il ajoute qu?il venait d?ailleurs souvent chez les Mahindar pour prier, leur maison accueillant souvent des gens de la région désireux de venir offrir des prières. Plusieurs de ces personnes considéraient d?ailleurs Hanesh comme leur propre frère, poursuit-il. Hanesh Kumar Mahindar venait d?une famille de trois enfants dont il était le cadet. Il avait arrêté l?école au niveau primaire, après la «Standard VI». Il travaillait comme «helper» à la menuiserie Domah, à Rose-Belle. Ses collègues n?arrivent d?ailleurs pas à croire à son décès non plus. La police a informé les parents de Hanesh de sa mort hier matin. Puis, l?un des frères du défunt s?est rendu au poste de police de la localité pour répondre à quelques questions.

LE PERE DES ENFANTS RACONTE

■ Au domicile des Bholla, à Nababsing Lane, Camp-Diable, des gens affluent pour témoigner de leur sympathie. Alors que les cadavres de Bharati (elle avait épousé Kumar Bholla en 2000, s?était séparée de lui en 2004 et avait obtenu le divorce en novembre dernier) et de ses deux filles étaient encore à la morgue pour l?autopsie, un lit de mort avait déjà été dressé pour installer leurs corps. Le caporal Bholla, affecté au poste de police de Nouvelle-France, parle d?une voix à peine audible. L?ex-époux de Bharati Gura, les yeux rougis, explique qu?hier matin, il s?est rendu sur les lieux du drame à la suite d?un appel téléphonique de l?inspecteur Omrawo. «Vinn stasyon finn arive enn problem kot ou zanfan inplike», lui a-t-il déclaré. Les corps, dit-il, étaient méconnaissables. Mais il dit avoir toutefois reconnu son épouse qui avait au bras un «bracelet matrimonial».

Kumar Bholla, policier depuis 18 ans, raconte que son ex-épouse travaillait à temps partiel au magasin Domah et c?est là qu?elle aurait fait la connaissance de Hanesh Kumar Mahindar. Selon lui, son ex-épouse entretenait une liaison avec ce jeune homme, malgré le fait que ses parents auraient fait ce qu?il fallait pour qu?il y ait un mariage arrangé entre elle et un chauffeur de Camp-Fouquereaux. La date de la célébration du mariage aurait même été fixée. Dans les milieux des enquêteurs, on apprend que Bharati Gura s?opposait à cette démarche. L?habitant de Camp-Fouquereaux, âgé d?une quarantaine d?années, a été interrogé par les enquêteurs de la CID hier. Il a déclaré n?avoir pas vu Bharati Gura depuis assez longtemps. Comme il n?a le droit de rendre visite à ses deux filles que le week-end, le caporal Bholla explique qu?il s?était rendu au domicile de ses beaux-parents le dimanche 23 décembre pour leur remettre des cadeaux de Noël. Shamista a fêté ses cinq ans le 5 décembre et Ishta a, elle, eu trois ans le 24 décembre. Elles devaient toutes deux entrer à la maternelle. Anil, un des cinq frères de Kumar Bholla, nous raconte que cette année il n?a pu offrir de cadeaux à ses nièces pour Noël. D?habitude, dit-il, les cadeaux sont remis à son frère Kumar et ce dernier se charge de faire la distribution. Mais cette année, les cadeaux sont restés sous le sapin.

BHARATI GURA, UNE MERE RESERVEE

■ Elle avait une trentaine d?années, était divorcée et avait deux enfants. Elle menait une existence tranquille, entourée de voisins qui, à les entendre, l?appréciaient. Comment alors est-ce que Bharati Gura s?est retrouvée calcinée en compagnie de ses enfants et d?un ami dans une bananeraie à Tyack ? Tous s?interrogent?

A Tyack, l?agitation est à son comble. L?information, relayée par les radios, a enflammé le petit village. Bharati et ses deux enfants correspondent à la description. Chez les Gura, qui habitent au fond d?une ruelle à Tyack, on cherche à confirmer la nouvelle. «Pa pe kone sipa li sa», nous lance un proche. Mais tous semblent peu à peu se faire à cette terrible idée.

Les parents de la jeune femme sont rentrés de Goodlands la veille. Sa grand-mère, chez qui elle a vécu quelque temps, est décédée le 30 décembre. Toute la famille s?était donc déplacée à Goodlands, où les trois frères de Bharati se trouvaient encore hier matin. Prévenus par téléphone, ils ont regagné le village vers midi. Leur père, retraité depuis plusieurs années, est effondré. Il ne parle plus.

Depuis le début de la semaine, la maison est vide, nous raconte Feroza, une voisine des Gura. Bharati, dit-elle, était une jeune femme très calme et très gentille. «Li fek donn mo ti zanfan enn gourd pou nwel», raconte la sexagénaire, les yeux embués de larmes. La victime, poursuit-elle, était employée comme enseignante d?hindi a l?école primaire de Britannia. Et pendant les vacances, elle avait trouvé un emploi de vendeuse dans une menuiserie de la région.

Bharati était divorcée depuis novembre. Mais il semblerait qu?elle était séparée de son époux depuis trois ans déjà. Elle habitait ainsi dans la maison de ses parents avec les autres membres de sa famille.

Dans la rue, hier, les habitants de la localité attendaient tous des nouvelles. Mais petit à petit, ils devaient tous finir par rentrer. Tous, sauf les proches des Gura, deux de sa famille mais aussi, et surtout, des amis. Ashvin, un ami d?enfance de Bharati et de ses frères, nous confie avoir été choqué en faisant le rapprochement entre le drame qui s?était joué et Bharati et ses enfants. Comme les autres amis des Gura, il ne comprend pas ce qui a pu se passer.

Personne ne semble savoir avec exactitude à quel moment Bharati et ses enfants ont disparu. Certains disent qu?elle s?était rendue à Goodlands avec le reste de sa famille, d?autres racontent qu?elle était portée manquante depuis quelques jours déjà.. Tous parlent d?elle, en tout cas, comme de quelqu?une de réservée et de gentille.

A l?arrivée des trois frères de Barati ? Vishal, Rajiv et Ravish ? les badauds qui s?étaient dispersés ont refait surface, espérant en savoir plus. De leur côté, les proches et amis de Bharati devaient commencer à s?organiser pour la veillée mortuaire.

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