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Belgique : un coup de force flamand aggrave la crise

8 novembre 2007, 20:00

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La Belgique s?est enfoncée avant-hier dans la crise politique la plus grave de son histoire après le vote, par les Flamands, d?une proposition de loi qui priverait les francophones de la périphérie flamande de Bruxelles du droit de voter pour des listes de leur communauté.

Pour la première fois depuis l?indépendance en 1830, les représentants des six millions de Flamands ont utilisé leur majorité pour imposer leur volonté aux quatre millions de francophones dans le cadre de la formation d?un gouvernement.

Cent cinquante jours après les élections du 10 juin ? record battu, le démocrate-flamand Yves Leterme, qui tente de mettre sur pied une coalition entre sa famille politique et les libéraux, est désormais dans une situation délicate et les négociations sont pour l?instant suspendues. ?Je ne peux pas vivre dans un pays avec le vote d?une communauté contre une autre?, a déclaré le négociateur libéral, le ministre des Finances Didier Reynders, selon lequel le ?pacte des Belges? risque d?être irrémédiablement brisé. ?Ce vote est ni plus ni moins une gifle donnée à plus de quatre millions de francophones?, a renchéri le parti démocrate-chrétien francophone dans un communiqué. Le caricaturiste du quotidien belge Le Soir résume bien la gravité de la situation lorsqu?il dessine le roi Albert II coiffé de sa couronne appelant au téléphone le président français pour lui demander : ?Au pire, Monsieur Sarkozy, vous viendriez nous chercher en avion, ma femme et moi ??.

Les députés flamands de la commission de l?Intérieur de la Chambre des représentants ont voté seuls en faveur du texte de loi controversé sous les protestations de leurs homologues francophones, qui ont quitté la salle sous les quolibets de l?extrême-droite flamande indépendantiste, ravie de l?aubaine. ?Bye, bye ! Adieu !?, ont-ils lancé, hilares.

Jusqu?à présent, les négociateurs, avaient soigneusement évité de toucher à la bombe à retardement que constitue le droit des 120 000 à 150 000 francophones vivant dans la périphérie flamande de Bruxelles de voter pour des listes francophones. Ils peuvent pour le moment exercer ce droit grâce à l?existence de l?arrondissement électoral bilingue de Bruxelles-Hal-Vilvorde (BHV), qui dépasse largement les limites de la région bruxelloise, peuplée à 85 % de francophones.

Les partis flamands, tous unis sur ce dossier, exigent la scission de BHV afin de faire respecter la frontière linguistique fixée en 1962, ce qui délimiterait les contours d?un futur Etat flamand si le pays devait éclater. Les partis francophones veulent de leur côté obtenir des garanties dans le cadre une éventuelle scission de BHV, ce qui prendrait pour eux la forme d?un élargissement de la région de Bruxelles, zone bilingue, à certaines communes de la périphérie.

Mais, pour les Flamands, il s?agit d?une provocation, puisqu?il leur faudrait céder une partie de leur territoire. Yves Leterme, qui a été chargé par le roi de former une coalition ?Orange bleue?, mélange des couleurs politiques traditionnelles des partis en négociation, a présenté mardi dernier seulement une proposition de compromis.

Il suggérait que seuls les 60 000 francophones vivant dans six communes à statut spécial où ils disposent de ?facilités?, par exemple d?obtenir leur courrier administratif en français, puissent voter pour des listes francophones à Bruxelles. Les francophones qui vivent dans les communes flamandes sans facilités ? de 60 000 à 90 000 ? ne pourraient voter que pour des listes flamandes dès les prochaines élections législatives. Cette proposition a été rejetée par les négociateurs francophones, ce qui a incité les députés flamands à tirer profit de leur majorité automatique à la Chambre: ?leur? scission est nette et sans compensation pour les francophone. Personne n?ose qualifier ce geste de bénin, les politologues ayant comparé ce geste à une ?déclaration de guerre?.

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