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Ph. Ohsan : Pas de musique mauricienne car elle est universelle
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Ph. Ohsan : Pas de musique mauricienne car elle est universelle
Après quatre actes de cacophonie politico-gouvernementale, avec abus de volte-face, de coups de théâtre et même de poignard dans le dos, place à l?harmonie musicale et même symphonique. L?exposé porte, bien sûr, la griffe du Maestro, Philippe Ohsan. Alain Gordon-Gentil l?interviewe. Il découvre la musique en voyant, un jour, au piano, son frère Barthélemy, un homme de loi, comptant parmi les membres fondateurs du Parti travailliste du Dr Maurice Curé. Quelque temps plus tard, il est en vacances sur l?île Plate pas encore monopolisée. Il s?arrête, médusé, devant un travailleur, jouant de la mandoline avec une écaille de poisson. Le virus musical le frappe de plein fouet. La musique lui entre dans la peau et l?étreindra jusqu?à son dernier souffle, faisant de lui une des références musicales de la seconde moitié de notre XXe siècle, n?en déplaisent aux envieux et autres jaloux.
Le maestro Philippe Ohsan professe en tout cas et dès le point de départ qu?un musicien digne de ce nom ne saurait penser et, a fortiori, dire du mal d?un confrère car ils poursuivent le même objectif. Il considère la musique comme une affaire sérieuse. Cela signifie surtout qu?on ne doit pas la jouer n?importe comment. Faut-il se réjouir du nombre grandissant de jeunes acceptant, en 1982, de chanter en public ? lui demande-t-on. Oui, répond-il, à condition qu?ils aient, non un bon micro et de bons amplificateurs, mais une belle... voix. Faut-il encore que les heureux propriétaires d?un bel organe vocal sachent chanter et surtout placer leur voix. Des moyens techniques, inimaginables pendant la première moitié du XXe siècle, permettent une démocratisation incontestable du plaisir musical. On peut ainsi parler de la vivacité de la musique de variétés. On ne peut toutefois pas dire autant pour la musique classique, hélas ! Ceux, qui possèdent la formation académique pour composer des symphonies et des concertos, ne le font pas car ils savent combien cela est ardu. Autrement dit, n?est pas Jean Claude Alleaume qui veut ! Philippe Ohsan leur demande pourtant d?écrire des sonates et des cantates, ne serait-ce que pour aider les plus jeunes.
Le séga ne se prête pas, selon lui, à des arrangements musicaux. Il s?agit tout au plus d?un accompagnement, composé d?arpèges et de petites variations. Notre séga n?offre pas assez de construction musicale pensée et élaborée, exception faite pour les compositions de Cyril Ramdoo et de Serge Lebrasse. Philippe Ohsan n?entend pas parler de ?musique mauricienne?. Par définition, la musique ne connaît pas de frontières géographiques. Il n?y a pas de musique mauricienne comme il n?y a pas de musique anglaise, française, allemande, italienne, espagnole, indienne, chinoise ou américaine. Il y a la musique qu?on joue en Afrique ou en Amérique latine mais elle est universelle. Il n?y a pas de musique mauricienne mais de la musique composée ou jouée par des Mauriciens.
Derrière une chanson de Gilbert Bécaud, il y a des années d?études, de formation et de pratique. La composition musicale s?apprend. Elle n?est jamais facile. Pas même pour les compositions modernes. Pas même pour une chanson de variété. Il faut, au départ, un plan mélodique sur lequel on peut broder mais en respectant ses spécificités. Viennent ensuite les différents moyens de développer cette mélodie, de créer des atmosphères. Il reste encore aux compositeurs d?ajouter leur âme. On ne peut pas demander à un illettré de rédiger un roman. On joue plus facilement de la guitare que de la trompette car n?importe qui peut tirer un son d?une guitare. Tel n?est pas le cas pour la trompette ou encore pour le violon.
La question de monter une opérette et, a fortiori, un opéra s?arrête à celle de la disponibilité de voix d?un niveau acceptable. Constituer une petite chorale paroissiale n?est déjà pas de tout repos. Et quand les voix acceptables sont disponibles, on bute sur l?absence de tout orchestre digne de ce nom. Il est difficile, sinon impossible, de réunir les musiciens capables de faire partie d?un orchestre symphonique. Philippe Ohsan préfère ne pas s?étendre sur les causes de cette incapacité. Et quand voix et musiciens sont disponibles, ce sont les fonds qui manquent le plus. Seuls des mécènes peuvent désormais monter des opéras. En attendant, on prive la jeunesse d?une culture musicale ne pouvant que l?enrichir intellectuellement.
Philippe Ohsan récuse, bien sûr, l?étiquette bourgeoise et coloniale dont on veut affubler la musique classique. C?est oublier que Verdi compose Nabucco pour exprimer sa révolte contre l?occupation autrichienne. C?est oublier que Puccini compose La vie de bohème pour dénoncer la vache enragée que doivent consommer les artistes débutants de son temps.
Philippe Ohsan s?inquiète-t-il, en 1982, de l?avenir de la musique à Maurice ? Il se contente de réjouir de la présence de quelques musiciens sortant de l?ordinaire, tels Jocelyn Pitchen, Ernest Wiehé et les Gérard (Cimiotti, François, Chasteau de Baylon et La Hausse de la Louvière). A qui poser cette question, aujourd?hui, en 2007 ?
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