Publicité
Acte IV : L?anticlimax : contre mauvaise fortune, bon... coeur
Par
Partager cet article
Acte IV : L?anticlimax : contre mauvaise fortune, bon... coeur
The Government must go on ! Cela va de soi. D?autant plus que la délégation de la Banque mondiale (BM) goûte fort peu la tragi-comédie que lui offre notre gouvernement. Elle menace de prévenir Washington que, depuis son arrivée à Maurice, elle attend un développement quelconque de la présente crise gouvernementale. Si elle part sans rouvrir les négociations, elle ne sera pas de retour de sitôt. Nous connaissions la congestion portuaire et pas encore la routière et voilà, en 1982, la congestion gouvernementale ou impasse diplomatique. Les chancelleries étrangères s?inquiètent également de ce qui se passe à Maurice et téléphonent par conséquent à certains dirigeants du MMM.
Le lundi 25 octobre 1982, Bérenger reprend ses fonctions de grand argentier. Il passe chez Jugnauth à 9 heures et se rend tout de suite à son bureau. Nul besoin de prêter à nouveau serment au Réduit. Jugnauth promet d?expliquer l?urgence de la situation au gouverneur général Dayendranath Burenchobay. Au Port-Louis, Bhayat et Bérenger, souriant pour les besoins de la galerie, s?asseyent côte à côte et dirigent la délégation mauricienne. ?Voyez comme ils s?aiment ?, murmure admirativement la galerie. La BM opine. Font partie de la délégation locale, outre les ministres précités, le secrétaire financier Baghwan, C.Coopama, R.Bheenick, R.Manraz, H.Ramdin, R.Ignace, Manna, Sushil Kushiram (militant de la première heure, cicatrice faisant foi). Dix techniciens assistent Michel Devaux de la BM. Kailash Ruhee y participe mais par téléphone car il fait partie d?une réunion PSM chez Rohit Beedassy. La veille au soir, Bérenger prévient la BM, alors logée à l?hôtel La Pirogue, que le GM retrouve son? gouvernail. Le FMI est mis au parfum du succès mitigé de l?opération ?réconciliation?. Ne soyons pas difficiles. Nous ne sommes pas encore au calumet de paix faisant le bouche-à-bouche mais au moins la hache de guerre est enterrée, même si ce n?est pas six pieds sous terre. Ah ! Un fait nouveau et digne de passer à la postérité. Pour une fois, la presse n?est pas désignée comme le bouc émissaire idéal et donc responsable de la zizanie entre Bérenger, d?une part, et Jugnauth, Bhayat, Boodhoo, d?autre part. Il est vrai que, quatre jours auparavant ce bouc émissaire était encore Boodhoo. Lé pep admirab pourrait ne pas comprendre. Rien ne presse d?ailleurs. Il sera toujours temps, plus tard, de régler son compte à la presse, si le besoin se fait sentir.
Advance, journal ramgoolamien par excellence, félicite Jugnauth pour sa grippe? diplomatique. Comme c?est élégamment dit. Ce n?est pas une pneumonie ni une bronchite mais le PM retrouve la force qui lui a fait défaut quatre jours auparavant. Ce journal admirable apprécie. Il se permet même un conseil d?ami. A l?avenir, il faudra se montrer plus ferme. Davantage de vigilance et de discipline, et surtout tolérance zéro à l?égard des empiétements sur les prérogatives du PM. Ce journal déplore que notre MBC soit devenue la? Militant Broadcasting Corporation. Pour mieux enfoncer le clou, Seewoosagur Ramgoolam se fend d?une déclaration dont son journal se fait l?écho : ?Je suis heureux d?apprendre que la raison (N.B?d?Etat ?) a enfin prévalu. Les prérogatives et les pouvoirs du PM doivent être respectés.? Fin de la leçon particulière.
Le journal boolelliste et devenu récemment patriotique conclut ce quatrième acte et annonce même l?Acte V. Il éditorialise : la culture repose sur la langue. Il dénonce un mouvement bien orchestré pour détruire la culture indienne à Maurice. Son slogan est : Ene sel lé pep, ene sel? nasyon, soit la version créole de ?as one people, as one? nation? de notre Glory to Thee Motherland (et non Mother l?Inde comme le chantent certains esprits chagrins). Il en veut au MMM qui désire pareillement promouvoir le bhojpuri comme le créole. Il commente : une seule culture (où a-t-il trouvé cela ?) c?est la disparition de l?hindi. Il ajoute : créole et bhojpuri n?ont aucune valeur linguistique ni scientifique. Leur grammaire et orthographe sont laissées à la discrétion de tout un chacun. Deux langues impeccables donc. Réunionnais et Seychellois ne comprennent pas le créole mauricien. Le bhojpuri est en voie de disparition même dans nos villages, The Nation dixit. Pire encore, ses bons apôtres du créole obligatoire envoient leurs enfants au Lycée Labourdonnais.
Votre dramaturge étant dramatiquement fatigué, il remet à mars prochain la rédaction de cet Acte V. Dès demain, nous changeons de disque. Promis, juré ! Parole donnée, parole sacrée !
Publicité
Publicité
Les plus récents