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Encore des menaces
Le Premier ministre reprend le chemin de l?intimidation. Il a annoncé, samedi, son intention de faire adopter une loi contre la diffamation afin de protéger le droit à la vie privée. Certes, Navin Ramgoolam a pris l?habitude de menacer la presse de mesures répressives et de se rétracter ensuite. Mais il ne faut pas minimiser ses propos et les mettre sur le compte d?un mouvement d?humeur sans conséquence. En fait, ses tentatives d?intimidation font un tort à la démocratie. Du fait de sa démarche, une épée pend sur le cou des journalistes.
Il y a une confusion dangereuse qui peut naître dans l?esprit du public suite aux menaces du Premier ministre de sévir contre la diffusion de fausses nouvelles. L?on peut penser que la presse peut actuellement s'affranchir du respect de la vérité sans s?exposer aux foudres de la justice. Il n?y a rien de plus faux. Le journaliste n?est pas au-dessus de la loi. Il existe un arsenal législatif fortement répressif à l?encontre des journaux qui prennent des libertés avec les faits. Et les juges, à Maurice, appliquent le droit dans toute sa rigueur.
De même, en cas de diffamation, la législation existante permet aux personnes lésées d?avoir recours à la justice pour obtenir réparation. Les textes de lois comprennent déjà de nombreuses dispositions pour contrôler les manquements que le Premier ministre reproche à la presse.
L?article 288 du code pénal prévoit la peine d?emprisonnement pour les journalistes trouvés coupables de diffamation. Même en cas d?injure, un délit d?une gravité moindre car aucun fait précis n?est imputé, une peine de prison peut être prononcée contre l?accusé. De même, à l?article 299, sur ?la publication, diffusion ou reproduction, par n?importe quel moyen, de nouvelles fausses? susceptibles de menacer l?ordre et la paix publics, la peine est sévère. Ce délit est réprimé par une amende et un terme d?emprisonnement ne dépassant pas un an.
Le code civil traite avec la même sévérité les délits liés à la diffamation. L?article 1382 du code oblige celui qui cause à autrui un dommage de le réparer. Le respect de la vie privée est également imposé par la loi. L?article 22 du code civil prévoit non seulement la réparation du dommage en cas de non-respect, mais également d?autres mesures telles que le séquestre et la saisie afin de faire cesser toute atteinte à l?intimité de la vie privée.
Le cadre légal est adéquat pour protéger le citoyen contre d?éventuelles dérives de la presse. Un dirigeant respectueux de l?équilibre des pouvoirs dans une démocratie ne devrait pas continuellement menacer de durcir les lois contre les délits de presse. Les professionnels de l'information doivent être libres de rapporter les informations qui sont d?intérêt public. Sinon, les médias indépendants finiront par ressembler à la télévision et seront réduits à assurer des publireportages sur les activités des ministres.
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