Publicité

Les conditionnalités

24 octobre 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B>Par Akilesh ROOPUN</B>

Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, porte la question de la réforme sucrière sur le terrain de la souveraineté. Lors du congrès des travaillistes dimanche dernier, il annonce que le plan de réforme du secteur sucre, à savoir la ?Multi Annual Adaptation Strategy? (MAAS), sera modifié.

Le gouvernement veut introduire de nouveaux éléments dans le plan. Parmi ceux-ci, de nouvelles conditions autour de la vente de l?électricité par les sociétés sucrières au Central Electricity Board. Selon Navin Ramgoolam, le gouvernement agit sur la base de nouvelles donnes qui n?étaient pas disponibles lorsque la MAAS était en discussions

Cependant, le problème n?est pas uniquement entre l?Etat et les sucriers. Le plan de réforme a été discuté avec l?Union européenne (UE), le principal bailleur de fonds du projet de restructuration de l?industrie sucrière.

Du coup, les mesures d?accompagnement promises par Bruxelles est sur la balance. Le chef du gouvernement estime que sa politique doit avoir préséance sur les ?diktas? de l?UE. Cette posture ne fait pas honneur à l?image du pays vis-à-vis des bailleurs de fonds étrangers. Cependant, les conditionnalités attachées aux aides méritent débat.

La difficulté concernant le dossier sucre doit interpeller nos dirigeants dans la quête d?aide financière, notamment de l??aid for trade? (AFT). Ces initiatives sont destinées à aider les pays à développer leurs capacités industrielles face à la libéralisation du commerce sous l?égide de l?Organisation mondiale du commerce (OMC). La question des conditions imposées pour accéder à ces enveloppes est primordiale. Si l?aide est généralement salutaire pour les bénéficiaires, les critères qui y sont attachés imposent des limites à l?action des gouvernements souverains. A quel point les pays demandeurs d?aide doivent-ils accepter les conditionnalités des institutions de développement et des pays donateurs ?

Le processus de libéralisation à l?OMC produira, inévitablement, des gagnants et des perdants. Le système multilatéral de commerce, tel qu?il existe, ne peut pas garantir que les pays pauvres et ceux en voie de développement puissent profiter de l?ouverture des marchés au même titre que les nations du Nord et les grandes économies émergentes comme le Brésil, l?Inde et la Chine.

Si l?on part du principe que l?AFT est une forme de compensation et un moyen de reéquilibrage par rapport à ces inégalités, il faut que les conditions d?accès à ces fonds soient les plus souples possibles. Maurice, qui s?est fait le champion de la cause de l?AFT, se doit d?être doublement vigilante.

D?abord, l?AFT n?a pas encore de forme. L?OMC qui est le concepteur de cette initiative n?a pas la structure pour déployer ces ressources. Face à ce vide, les institutions de développement existantes telles que la Banque mondiale et le Banque africaine de développement pourraient être appelées à opérer l?AFT à travers leurs guichets.

Si ces agences appliquent leurs règles conventionnelles, il est fort probable que les aides soient assorties de conditions lourdes par rapport à l?esprit de l?AFT. C?est le danger contre lequel Maurice et les autres perdants potentiels du système multilatéral doivent se prémunir. L?AFT comme un moyen de compensation ne peut être sujet à des exigences au goût des pays riches qui sont déjà avantagés par le système de l?OMC.

Les bénéficiaires devront revendiquer, dès maintenant, plus de liberté d?action dans l?utilisation de l?aide au commerce, dans les échéances de décaissement et dans les indicateurs de performance. Ainsi, une enveloppe d?aide destinée au secteur portuaire ne peut être assortie de conditionnalités qui s?appliquent à l?ensemble de la politique économique nationale.

Publicité