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Vers la pénurie

22 octobre 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Maurice court vers la catastrophe. Alors que la demande en eau augmente avec les développements industriel, touristique et foncier, la quantité d?eau que reçoit le pays est en constante baisse. Un déficit de 200 millimètres en 56 ans? Un manque énorme pour un pays qui ne reçoit, aujourd?hui, qu?environ 2 000 millimètres de pluie par an.

Effet de chaîne constaté : le phénomène des pluies intenses? Maurice reçoit ainsi cette eau par des pluies intenses et de courte durée. Auparavant, ce déversement se faisait petit à petit, sur une période échelonnée dans le temps. La terre n?arrive ainsi pas à absorber cet épanchement d?eau que provoquent ces fortes pluies. Très vite gorgée d?eau, elle laisse écouler un fort volume vers la mer. Les nappes phréatiques ne sont ainsi pas alimentées adéquatement.

D?autre part, les conduits naturels ou artificiels qui canalisent l?eau vers les réservoirs n?ont pas la capacité pour stocker cette eau. Ils sont vite débordés. Et laissent échapper une grande partie de ces eaux de pluies intenses (voir encadré).

Face à ces phénomènes, une seule solution : la construction en urgence de nouveaux réservoirs et barrages et une restructuration du réseau de canalisations. Or, aucun réservoir ou barrage ne peut se construire du jour au lendemain. Même si Maurice possède d?énormes potentiels de captage de l?eau de pluie.

Un pays n?arrive à capter, en général, qu?environ 35 % des eaux de pluie qu?il reçoit. Maurice n?a pas encore atteint ce pourcentage et ne pourrait l?atteindre que dans 40 ans, explique Lomesh Juggoo, ingénieur à la ?Water Ressources?.

Pour le moment, des 2 000 mm de pluie qu?il reçoit en moyenne par an, soit 3 900 millions de m2 d?eau, Maurice n?en conserve qu?environ 490 millimètres, au lieu des 700 millimètres qu?il est possible de capter et de stocker.

?Nous ne captons que 70 % de ces 700 millimètres. Nous allons pousser cette capacité à 80 %, soit 10 % de plus, avec notre projet de construction d?un réservoir à Bagatelle le ?Bagatelle Dam? et la construction d?un autre réservoir dans le Sud. Cela nous prendra 30 ans pour terminer ces projets et arriver à augmenter la capacité de stockage par 10 %?, explique encore Lomesh Juggoo.

Pourquoi 30 ans ? ?Parce qu?un barrage ne se construit pas comme une route ou un aéroport. Dans tous les pays du monde, environ 15 à 20 ans s?écoulent entre la première étude de faisabilité et la réalisation du barrage. Cela a été le cas avec le Midlands Dam et c?est le cas avec le barrage de Bagatelle qui ne sera prêt qu?en 2013. Il coûtera Rs 2,5 milliards de roupies, somme que l?on devra trouver?, explique-t-il.

Incluse dans les Rs 2,5 milliards : la construction du barrage et de son réservoir, d?une unité de traitement de l?eau et de toute l?infrastructure nécessaire pour connecter le débit du réservoir au réseau national. Chose qui sera faite dans sept ans, selon les estimations les plus optimistes.

LE PNUD A CLASSE MAURICE PARMI LES ?WATER STRESSED COUNTRIES?

Maurice produit moins de 1 700 m2 d?eau par habitant par an. De fait, le pays offre légèrement plus de 1 000 mètres cubes d?eau à chacun de ses habitants annuellement. Quand nous descendrons sous la barre des 1 000 m2 d?eau par habitant, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) nous classera parmi les ?water scarce countries?. Jusqu?ici, les habitants de l?île peuvent s?estimer heureux de la fourniture d?eau. En effet, 80 % de la population jouit d?une fourniture 24 heures sur 24 en temps normal. Tel n?est pas le cas pour les grands hôtels et certaines usines, qui achètent leur eau des camions citernes privés ou qui ont recours au dessalement. Leurs notes ne sont plus salées? mais amères ! Qui sait si la population ne goûtera pas à cette amertume dans un proche avenir? Mais il est certain qu?avec l?intensification du bouleversement climatique, Maurice pourrait connaître la précarité en ce qui concerne son capital eau. Des pénuries seront alors son lot quotidien.

DES FACTURES D?EAU DE RS 1 MILLION

Les grands hôtels et certaines usines, principalement les teintureries payent des factures d?eau variant de Rs 800 000 à Rs 1,3 million par mois. ?Avec de telles factures, la tentation d?installer des tuyaux pour contourner le compteur ou alors d?inverser ou de le manipuler est énorme?, indique un ingénieur de la Central Water Authority (CWA). En fait, près de 50 % des eaux que la CWA traite et pompe dans son réseau de distribution sont volés. ?Nous connaissons le volume exact d?eau que nous distribuons chaque mois. Or, l?argent que nous recevons en termes de recettes représente seulement 55 % environ de ce que nous aurions dû récolter. Je ne crois pas que nous perdons 45 % de l?eau dans des fuites. L?eau impayée est volée?, nous affirme Jeet Munbauhal. Face à ce phénomène, la CWA commence à réagir. Quoi que timidement. Deux projets sont en cours : le contrôle à distance des compteurs et une informatisation, ce qui fera que la CWA pourrait suivre en temps réel la consommation des gros clients à partir de son quartier général de Saint-Paul. Un projet en attente depuis longtemps?

QUESTIONS A?

SURESH BOODHOO DIRECTEUR ADJOINT DE LA METEO

Les services de météorologie de Maurice ont-ils fait des études sur la pluviosité de ces dernières années ?

Oui. Nous avons, en fait, analysé les données sur la quantité de pluie que reçoit l?île annuellement depuis 1950. (Nous avons remis notre analyse à l??International Panel on Climate Change? qui vient d?obtenir le prix Nobel de la Paix.) L?étude indique que de 1950 à 2006, Maurice a connu une baisse de la pluviosité d?environ 15 %.

Depuis 1950, on constate une tendance : le pays reçoit, chaque année, un peu moins de pluie par rapport à l?année précédente. Bien sûr, il y a eu pendant cette période des exceptions. Des années exceptionnelles. Mais la tendance est à la baisse. En chiffres, cela signifie qu?en l?espace de 56 ans, la pluviosité a diminué de 200 millimètres. C?est énorme pour Maurice, surtout si l?on prend en considération notre développement industriel, touristique et la croissance démographique de ces dernières années.

Cette tendance à la baisse se poursuivra-t-elle ?

Je répondrai par l?affirmatif. Rien que les phénomènes que nous observons en ce moment indiquent que cette tendance va se poursuivre. La période de transition entre l?hiver et l?été a été bouleversée. C?est exceptionnel? En novembre, ce ne sera ni tout à fait l?été, ni l?hiver. Il y aura des cyclones au Sud des Mascareignes. Dans la période de transition, les anticyclones disparaissent. Or, nous en aurons toujours. Ce qui fait que les pluies d?été de novembre ne tomberont pas.

Or, quand les mois secs se prolongent ainsi, le manque de pluie se couple à une forte demande en eau pour l?irrigation. Et nous avons remarqué un autre phénomène : si la quantité de pluie a diminué, son intensité a augmenté? Je m?explique.

Par exemple, si dans le passé, on recevait 100 millimètres de pluie en un mois, aujourd?hui, on les reçoit en une journée seulement. Les conséquences de ce phénomène sont très graves. La forte intensité de la pluie provoque des inondations. Quand il pleut à faible intensité sur une longue période, la terre arrive à absorber une grande quantité d?eau et les nappes phréatiques sont bien alimentées. La situation est différente lors de pluies intenses. La terre n?est pas capable d?absorber cette grande quantité d?eau et la plupart de se déverse dans les rivières et la mer. Bonjour les inondations et les érosions !

Quelles sont les raisons de cette baisse de la pluviosité depuis 1950 ?

Il y a plusieurs raisons. A commencer par le bouleversement climatique occasionné par le réchauffement de la planète. Mais nous autres Mauriciens, sommes également responsables de ce qui se passe au niveau de la pluviosité chez nous. Les études que nous avons menées, à Belle-Rive par exemple, indiquent clairement que la déforestation a eu un impact direct sur la température. Et donc, sur la pluviosité, surtout en hiver. La végétation un rôle important dans la température et la condensation des nuages qui passent sur l?île. Or, l?urbanisation et les développements agricoles ont considérablement abîmé cette végétation. Les forêts ont bien été remplacées par des champs de cannes à Belle-Rive. Mais c?est un autre type de végétation? Ce n?est pas pareil ! Les champs de cannes n?auront jamais le même impact que les forêts sur la température et les nuages qui passent en altitude.

Y a-t-il des solutions ?

Oui, préserver le peu de forêt qui nous reste, reboiser là où cela est encore possible, construire d?autres réservoirs et prendre des précautions contre des inondations ? ?flash floods? ? et des érosions.

Et quid de l?insémination artificielle des nuages ?

Trop cher, peu développé et difficile à réaliser sur un petit pays comme Maurice. Cette technique a été, en fait, très peu étudiée. Et ses résultats sont très peu précis. Cela nous posera des problèmes en raison de notre petite superficie. Les nuages inséminés donneront des pluies qui risquent de tomber en mer ou alors, ailleurs que dans les régions dans lesquelles on en a besoin. ?It?s not value for money?, tout comme le dessalement de l?eau de mer sur une grande échelle, qui coûte très cher.

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