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La diplomatie se réinvente
Il est bel et bien fini le temps où nos diplomates pouvaient se prélasser à l?ombre des accords (multifibre pour le textile, Protocole sucre et autres) qui nous garantissaient un certain confort et des entrées en Europe.
Nous sommes désormais dans l?ère où les relations commerciales entre pays s?articulent autour de la recherche d?accords conclus aux termes d?âpres négociations, et sous l??il vigilant de l?Organisation mondiale du commerce (OMC).
En somme, rien n?est sûr dans cette mécanique et il faut parfois batailler ferme. Car le concept de négociation implique obligatoirement la confrontation d?intérêts souvent conflictuels et qu?il va falloir équilibrer à grands renforts de concessions. La négociation peut aussi aboutir sur une situation où l?une des deux parties doit lutter pour ne pas se retrouver dans le camp des perdants.
Lors de la cérémonie d?ouverture d?un cours de formation destiné à des futurs diplomates, lundi, Madun Dulloo, minis-tre des Affaires étrangères, a défini les exigences que les enjeux internationaux imposent désormais à nos représentants sur l?échiquier mondial. « Comparée à ce qu?elle était durant ces deux décennies, l?activité diplomatique a gagné en intensité. Pour relever avec succès des défis de plus en plus complexes, les diplomates doivent faire preuve de vivacité d?esprit, de sens de créativité et d?acuité. Cette posture indispensable exige une connaissance spécialisée, d?autant plus qu?ils seront appelés à assumer tant le rôle de technicien que celui de diplomate », a dit le ministre.
Un vrai tournant dans l?histoire
À défaut d?une Academy for Diplomatic and Foreign Trade Studies, dont la mise en place n?a pu se faire à cause de contraintes financières, le ministère des Affaires étrangères s?est contenté d?un simple cours d?initiation à la diplomatie et au commerce international en guise de préparation de nos jeunes à embrasser une carrière diplomatique.
Bien que limité dans sa durée, à sa-voir, 78 heures, ce cours marque toutefois un véritable tournant dans l?histoire de la préparation de nos représentants. Pour la première fois, les nouvelles recrues bénéficient d?une véritable formation à la diplomatie, axée sur l?acquisition d?une connaissance approfondie de Maurice et des enjeux de ses relations avec l?étranger.
Autre nouveauté : l?intégration des représentants du secteur privé dans ce processus d?encadrement. « L?implication des représentants du secteur privé est extrêmement importante. Ce cours offrira les outils nécessaires à ces personnes du secteur privé qui, à l?avenir, seront appelées à côtoyer les fonctionnaires chargés de formuler d?importantes décisions aux termes de notre agenda national à l?étranger », a indiqué Anand Neewoor, Secretary for Foreign Affairs.
Car depuis les années 60, lorsque le pays se préparait à voler de ses propres ailes dans ses relations avec les autres États, les choses n?ont pas beaucoup changé. Au tout début, le recrutement se faisait parmi les fonctionnaires affectés à l?enseignement secondaire et ayant une certaine maîtrise de l?anglais. Les trois premiers Mauriciens qui ont reçu une formation théorique de diplomate sont Chitmansing Jesseramsing, Dutt Purang et Ranjit Goordyal. Les deux premiers ont suivi une insertion pratique à New York et le troisième à New Delhi.
De ces trois compatriotes, seul Chitmansing Jesseramsing a poursuivi une carrière dans cette voie. Il est l?un des rares dans cette fonction à Maurice à avoir servi durant plus de 25 ans aux États-Unis et évolué sous sept différentes administrations présidentielles américaines. Et le changement de gouvernement à la suite de la vague mauve/blanche n?a en rien affecté Chitmansing Jesseramsing.
L?idée ne date pas d?hier
Nommé ambassadeur à Washington en 1982, ce n?est qu?en 1993, qu?il quitte définitivement la diplomatie. Il faut ajouter à cette liste le nom de Robert Honoré, qui a bénéficié d?un Foreign Service Course à Oxford, en même temps que Chitmansing Jesseramsing, et celui de Raymond Chasles. Ce dernier a été le premier diplomate de carrière. Il était déjà affecté à la commission mauricienne avant que le statut de cette représentation ne soit élevé à celui de Haut-Commissariat, après le 12 mars 1968.
Robert Honoré a terminé comme chef de cabinet au ministère de la Santé, alors que Raymond Chasles, un des premiers fonctionnaires à accéder au statut d?ambassadeur, a eu une longue carrière de diplomate en Europe.
Jusqu?ici, pour entrer dans le milieu de la diplomatie, il suffisait de satisfaire aux critères établis par la Public Service Commission (PSC), à savoir détenir un certificat de fin d?études secondaires, un diplôme d?une institution tertiaire reconnue par l?État, et avoir une bonne maîtrise de l?anglais et du français. Le candidat devait, en outre, avoir une personnalité extravertie et faire montre de ses capacités à développer des contacts interpersonnels. La connaissance d?une troisième langue internationale était souhaitable. Après une courte période d?initiation, le candidat sélectionné faisait ses premiers pas dans le monde diplomatique.
Quant aux nominés politiques, ils bénéficient d?un simple cours d?initiation à la chose diplomatique. Ceux qui ont été nommés à la suite de la dernière élection générale, par exemple, n?ont eu droit qu?à une seule semaine de « formation » avant d?aller nous représenter ailleurs.
Sur ce plan, on fait pâle figure aux côtés de l?Afrique du Sud qui, sitôt la page de l?apartheid tournée, a vite fait de mettre en place un institut de formation, et d?exiger que tous les futurs diplomates bénéficient d?un encadrement d?au moins six mois.
Et pourtant, l?idée de doter le pays d?un tel institut ne date pas d?hier. « Depuis mon retour de Washington en 1993, j?ai voulu créer un tel organisme dans ce domaine. Des contacts ont déjà été établis avec la Georgetown University, qui dispose d?une académie pour l?enseignement de la diplomatie aussi bien qu?avec la Carnegie International Peace Foundation », soutient Chitmansing Jesseramsing. Avec le temps, ce dernier a modifié son approche initiale, en y incluant l?aspect stratégique des études.
« Pour former un diplomate, il faut une formation avancée, enrichie, éclairée et soutenue par l?expérience du terrain. Cela nécessite un cadre institutionnel propre, durable, et adéquat, de manière à mettre à la disposition de nos cadres aux Affaires étrangères de même qu?aux représentants du privé une véritable formation professionnelle diplômante. Le projet de mettre en place un Institute of Diplomacy and International Studies doit faire partie de nos priorités. »
Un concours de haut niveau
Anil Gayan, ex-ministre des Affaires étrangères, estime que le recours à une institution permanente n?est pas justifié.
Il propose que le recrutement d?aspirants diplomates parmi les diplômés s?effectue par le biais d?un concours de haut niveau, administré par un panel de diplomates étrangers pour évaluer les mérites, les compétences et les talents de chaque candidat. « L?idée est de permettre le recrutement des meilleurs éléments. C?est une idée que j?ai proposée lorsque j?étais en poste. J?ai aussi proposé la même procédure pour effectuer les promotions. Malheureusement, cette idée n?a pas été favorablement accueillie. »
Si on peut attribuer en grande partie le rayonnement international que certains de nos compatriotes diplomates ont connu, à leurs talents personnels, l?émergence d?une classe de professionnels formés, et qui reflète réellement ce que le pays peut produire de mieux, est tout à fait possible. Si on se donne la peine de bien les encadrer.
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