Publicité

PTR L?heure des choix

21 octobre 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

UNE ALLIANCE EN PREPARATION?

Au sein du Parti travailliste, les bruits se font persistants. La plupart des dirigeants sont persuadés que le PTr ne pourra se permettre d?aller seul aux prochaines élections générales. Il devra entrer en alliance avec un des deux partis de l?opposition affirment-ils. « C?est acquis, le Parti travailliste ne sera pas en mesure de gagner seul les prochaines élections générales. » C?est sans détour et avec beaucoup d?assurance qu?un ministre balise la stratégie d?alliance que va adopter, selon lui, son parti dans les mois à venir.

Chez les rouges, deux ailes s?affrontent. Certains, surtout les élus des circonscriptions urbaines, pensent que l?option MMM est celle qui assurerait au parti la victoire la plus confortable lors des prochaines élections. C?est ce que pense notamment un Senior Minister qui dit d?ailleurs à qui veut l?entendre ces derniers temps qu?il lui serait plus facile de travailler avec les membres en vue du MMM, y compris Paul Bérenger, plutôt que de s?arranger avec certains du MSM au sein d?un nouveau gouvernement.

D?ailleurs, Navin Ramgoolam lui-même a semblé récemment laisser le soin aux pro-MMM au sein du PTr de tisser des liens avec certains apparatchiks mauves. Le leader du MMM a toutefois démontré quelques réserves récemment. À un député rouge qui lui a évoqué la possibilité d?un rapprochement, Bérenger s?est contenté de constater que « tout sépare » les deux partis et que « cela n?est pas envisageable ». Ce n?est pas un écho qui a dû contrarier Navin Ramgoolam, loin de là. Car le Premier ministre nous l?a déclaré hier. Il garde toutes les options ouvertes en matière d?alliance.

« Je n?ai pas arrêté ma stratégie. Je n?en ai d?ailleurs parlé à personne au sein du parti. Il y a encore du temps avant les élections générales et, valeur du jour, je n?exclus pas non plus que l?Alliance sociale aille, telle quelle, aux prochaines échéances. Sans s?associer à un nouvel allié », tranche Navin Ramgoolam. Le Premier ministre, qui garde le secret le plus total autour de ses options d?alliance, se fait toutefois assidûment courtiser par les défenseurs d?une alliance bleu-blanc-rouge avec le MSM. Il l?avoue d?ailleurs.

Officiellement, au MSM, on évoque la consolidation des assises du parti comme la priorité du moment. Mais officieusement, certains membres en vue de ce parti sont remontés jusqu?au Premier ministre lui-même pour lui proposer de conclure une alliance au plus vite. Cette proximité, on cherche également à la consolider à la faveur de l?entente très cordiale qui règne actuellement entre Navin Ramgoolam et le président de la République, sir Anerood Jugnauth. Qui ne se serait pas privé, de même que son épouse, de marteler en cercle fermé, à plusieurs reprises récemment, que l?option PTr se doit d?être envisagée par leur leader de fils.

Une alliance avec le MSM aura des retombées positives, selon une frange majoritaire au sein du parti rouge.

En effet, au PTr, on évalue que le gouvernement a perdu un peu de sa popularité au sein d?une partie de cette classe moyenne rurale qui constitue une part non négligeable de son vivier électoral traditionnel. L?imposition des intérêts bancaires, ou encore la mise en place de la National Residential Property Tax (NRPT) n?a pas plu à cette frange de l?électorat. Qui l?a ostensiblement fait savoir aux députés et ministres très ancrés dans les régions rurales, comme Anil Bachoo ou Madun Dulloo. Qui, à leur tour relayent la fébrilité du terrain. « S?allier au MSM, c?est se donner les moyens d?aller parler à cet électorat-là, de le rassurer, et éventuellement, de lui signifier que les choses vont évoluer », explique un travailliste.

Qui n?hésite pas à affirmer que la situation sur le terrain s?améliorera avec l?arrivée du MSM. Car au PTr on évoque que l?une des conditions d?une alliance avec le MSM serait, notamment, un réaménagement de la NRPT. Ce qui, on le sait, hérisse le ministre des Finances, Rama Sithanen. Qui ne s?est pas privé de dire à des proches récemment que des modifications sont inenvi-sageables. « Notre nouveau système fiscal est un tout. Il n?est pas question d?aménager telle ou telle partie », aurait-il décla-ré en petit comité.

« Sithanen aurait tort de croire qu?il est indispensable dans l?équipe de Ramgoolam. Si le Premier ministre pense que se séparer de Sithanen pourrait constituer un signal fort et rassurant envers l?électorat, il le fera. Surtout si cela arrive au moment où la réforme économique est presque entièrement appliquée. Je me demande si Sithanen n?y trouverait pas une porte de sortie commode finalement », confie un collègue du ministre des Finances.

Alors à quand l?annonce ? Certainement pas pour tout de suite. Car Ramgoolam, gardant ses options ouvertes, reste convaincu qu?il ne lui servira à rien de s?adjoindre un partenaire à près de deux ans et demi des prochaines élections générales. En effet, rejoignant le gouvernement, le MSM aura vite fait d?être assimilé à la politique en place. Et éventuellement de faire les frais du mécontentement populaire lié à la hausse du coup de la vie ou à l?impopularité de certaines mesures fiscales. Ramgoolam, s?il décide d?une alliance avec l?un des partis de l?opposition, compte bien jouer sur l?effet de surprise? en l?annonçant le plus tard possible.

UN REMANIEMENT EN SURSIS

Parmi les ministres, on relate volontiers l?humeur massacrante que Navin Ramgoolam peut arborer lors de certaines séances du Conseil des ministres. Où quelques ministres vont en traînant les pieds, sûrs qu?ils vont se faire sévèrement rabrouer par le chef. Cette situation, qui perdure depuis mars, a fini par convaincre certains ministres que le PM procédera tôt ou tard à un remaniement. Mais Ramgoolam l?explique lui-même, « cet exercice ne se fait pas à la légère. Il faut une profonde réflexion stratégique ».

Et un timing précis.

Car si l?on se fie à ce que le Premier ministre nous déclarait récemment, il ne procédera à un remaniement que pendant une période de vacances parlementaire. Afin de permettre aux ministres de découvrir leurs nouveaux portefeuilles avant de subir le feu des questions parlementaires. Le Parlement reprenant ses travaux le 6 novembre prochain, les prochaines vacances s?échelonneront probablement de fin décembre à mars. La période du prochain remaniement ? Peut-être.

Ledit remaniement, si l?on se fie à certains proches de Ramgoolam, aurait dû être effectué depuis plus d?un mois. Mais le départ du PMSD de Maurice Allet de l?Alliance sociale a amené le Premier ministre à reconsidérer ses options. Pour l?heure, certains ministres qui craignaient pour leurs maroquins se décrispent. Il est vrai qu?on n?entend plus parler d?un remaniement punitif.

« La gestion de Mahen Gowressoo, de Sylvio Tang ou d?Asraf Dulull a pu être décriée. Mais il sera difficile pour le Premier ministre de les évincer. Car ils ont chacun une valeur symbolique. Si on les écarte de la scène, il va falloir les remplacer par des personnes qui ont le même profil qu?eux. Ce n?est pas possible pour l?heure. Et cela complique les choses », avoue un député rouge proche de Ramgoolam.

C?est donc davantage à un chassé-croisé de ministres que songerait Navin Ramgoolam. En faisant éventuellement appel à des backbenchers de son parti pour occuper quelques nouveaux postes de ministre dans le cadre d?un cabinet élargi. L?objectif, selon la hiérarchie du PTr, est de démontrer que Ramgoolam est parvenu à redynamiser son équipe.

Et peut-être à la renouveler ! Pour cela, il se pourrait même qu?il procède à un deuxième remaniement à l?approche des échéances électorales de 2010. S?il ne conclut aucune alliance, ce serait une dernière indication visant à démontrer que les ministres les moins performants auront passé à la trappe dès avant les élections. Et si c?est dans le cadre d?une alliance avec un parti d?opposition, ce serait pour accueillir au sein du cabinet des nouveaux alliés.

UNE OFFENSIVE POLITIQUE IMMINENTE

Le 68e congrès annuel du PTr qui se tient aujourd?hui est celui de la mobilisation. Navin Ramgoolam décrira ainsi à Réduit les grandes lignes de sa stratégie politique menant vers l?échéance électorale de 2010.

« Il y a eu un manque d?information sur la politique gouvernementale. Une campagne d?explication a fait défaut. Nous attendons que le Premier ministre demande qu?il y ait plus de contact entre la direction, les députés, les ministres et la base. Cela évitera les frustrations et facilitera la mobilisation », explique un activiste rouge de la capitale.

La suggestion de ce militant est d?autant plus cruciale que 2008 sera une année électorale pour le PTr. D?où la nécessité d?une mobilisation tous azimuts. L?écrasante majorité des juristes locaux s?accorde à dire que le Privy Council confirmera la décision de la Cour suprême d?annuler l?élection d?Ashock Jugnauth à Moka-Quartier-Militaire en juillet 2005. Forçant alors le gouvernement à organiser une élection partielle de remplacement durant le premier semestre de 2008.

« Je n?y pense pas trop. C?est effectivement possible qu?il y ait une élection partielle en 2008. J?ai réfléchi parfois à des noms de candidats potentiels que nous pourrions aligner. Mais je n?envisage pas 2008 comme une année électorale cruciale sur laquelle dépendra la suite des événements. De toute manière, ce n?est que quand la possibilité d?une partielle devient réelle qu?on mettra en ?uvre la stratégie appropriée », tempère toutefois le Premier ministre.

À deux ans d?une élection générale, une élection partielle est l?occasion pour un gouvernement de démontrer que sa cote de popularité est au beau fixe. Pour cela, il faudra la gagner? un exercice périlleux. En effet, la défaite du gouvernement MSM-MMM lors de la partielle de Rivière-du-Rempart en décembre 2003 avait, elle, enclenché une baisse inexorable de la cote de popularité du gouvernement d?alors. Jusqu?à sa défaite en juillet 2005.

C?est donc avec gravité que certains au PTr contemplent cette éché-ance de la partielle, en s?attelant à enclencher des actions de terrain pour raffermir son assise. Un ministre est même allé jusqu?à suggérer qu?on organise des activités culturelles dans la circonscription Moka-Quartier-Militaire afin de commencer à mobiliser son électorat.

D?autres souhaitent constituer un front en milieu rural pour contrer l?argumentaire de Dinesh Ramjuttun et de quelques proches que ce dernier a appelé auprès de lui pour labourer les circonscription où le PTr a une assise traditionnelle. Ramjuttun mène désormais une campagne qui vise à démontrer que la réforme économique lèse les intérêts de la population rurale du pays. Au PTr, on veut à tout prix le contrer sur ce terrain.

Dans cette contre-attaque, tout coup de main est le bienvenu. Et les adeptes d?une formule bleu-blanc-rouge redoublent de verve pour suggérer que le PTr utilise cette partielle comme gage de son engagement envers son nouvel allié. En proposant un candidat commun MSM à l?élection. Ramgoolam, on l?a toutefois compris, n?en a pas encore décidé ainsi?

Publicité