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« L?après-Ramjuttun : ni larmes, ni champagne »
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« L?après-Ramjuttun : ni larmes, ni champagne »
Votre collègue Dinesh Ramjuttun a été révoqué jeudi. Champagne ou petites larmes ?
Ni larmes, ni champagne. Il n?y a pas lieu de se lamenter, ni de crier victoire. La décision de Navin Ramgoolam est logique. À un moment donné, il faut savoir trancher. La stabilité du gouvernement a primé, et c?est bien ainsi.
Comment le staff de conseillers du Premier ministre a-t-il réagi ?
Personne n?a été très étonné.
Ni chagriné ?
En tout cas ils ont su maîtriser leur chagrin.
Les « Advisors » du Premier ministre forment une tribu bien étrange. Au mieux, ils donnent de précieux éclairages. Au pire, ils cherchent la bagarre avec ceux qu?ils sont censés conseiller. Où vous situez-vous ?
Je conçois ma fonction en trois mots : compétence, loyauté et éthique. Mon domaine, c?est la communication. Je m?occupe de tout l?agenda public du Premier ministre à l?intérieur du pays. J?ai en quelque sorte un rôle d?attachée de presse.
Une courroie de transmission, en somme, entre le sommet de l?État et la presse. Qui vous donne le plus de fil à retordre ?
Les attaques répétées des journaux. Pas contre la fonction de Premier ministre, mais contre l?homme. Cela perturbe quelquefois mon travail. Ceci dit, ça n?affecte en rien mes relations avec la presse. Les journalistes savent que je m?impose une éthique rigoureuse. Je ne suis jamais dans la désinformation ou la manipulation.
Ai-je le droit de ne pas vous croire sur parole ?
Parfaitement.
Les mots sont très importants. Ceux prononcés à Union Park étaient-ils une erreur ?
Je ne crois pas. Je comprends que Navin Ramgoolam puisse être blessé par certaines attaques et qu?il réagisse à chaud.
C?était le cas à Union Park ?
Oui. Les gens ont tort de croire que ses conseillers lui préparent ses discours. Il a des notes, mais ce sont toujours ses propres mots. Après le discours d?Union Park, j?ai eu droit à des réactions épidermiques ? et c?est un doux euphémisme. Des gens se sont sentis attaqués parce qu?on parlait de clubs privés, etc. On vit dans un monde complètement hypocrite.
De quelle hypocrisie parlez-vous ?
Certaines leçons de mauricianisme m?agacent au plus haut point. De quel mauricianisme parle-t-on ? Agiter un drapeau aux Jeux des îles, c?est ça, être Mauricien ? Moi, j?ai de la chance, je suis métisse. J?ai des grands-parents musulmans et créoles d?un côté ; français et espagnols de l?autre. Il n?y a aucune prise sur moi, aucun groupe de pression ne peut m?influencer.
En même temps, je sais que le jour où j?aurai des ennuis, personne ne se lèvera pour dire « pa touche nou Cadinouche ». Mais ça ne fait rien, je suis totalement libre.
« La MBC est tout sauf un outil de propagande ; ce sont des fossoyeurs »
Communication politique et manipulation sont-ils synonymes ?
Je ne connais personne dans l?entourage du Premier ministre qui manipule les médias. Il y a certaines fois des tentatives, mais les journalistes mauriciens sont suffisamment futés pour ne pas se laisser piéger. Vous avez un exemple ?
La télévision. Chaque nouveau pouvoir s?en empare et la réduit à un simple jouet téléguidé au service du prince.
C?est le seul exemple, effectivement. Mais pour moi, la MBC est tout sauf un outil de propagande ; ce sont des fossoyeurs.
Vous n?êtes pas à l?aise devant le JT ?
Pas du tout ! Je suis contente d?habiter Tamarin car je ne capte pas la MBC. Je la regarde sur Internet par obligation professionnelle. Mais non, je ne suis pas à l?aise, c?est même une souffrance. Je comprends la colère des gens. Ce n?est pas nécessaire d?être si visible une fois au pouvoir, cela crée un sentiment de saturation. On est dans la surexposition, c?est très dangereux. C?était d?ailleurs le seul propos sensé de monsieur Ramjuttun.
La MBC peut-elle faire gagner ou perdre une élection ?
Bien sûr. C?est bien pour cela que je les traite de fossoyeurs. Certains pensent qu?en en faisant autant, ils s?attireront des bonnes grâces. Je trouve ça pathétique?
À qui la faute ?
À la MBC à 80 %.
Et les 20 % restants ?
Il y a des directives de l?hôtel du gouvernement?
Revenons à vos attributions. Une femme, non-hindoue, j?imagine que?
Dans un milieu macho et masculin?
? J?imagine que vous avez dû prendre des coups?
J?en ai pris au premier mandat, entre 1996 et 1999. Aujourd?hui, les gens se sont faits à mon caractère. Je précise toujours que je n?ai pas prêté allégeance au PTr.
Ma loyauté va à Navin Ramgoolam et à lui seul.
Les conseillers s?exposent souvent à déplaire. Comment le vivez-vous ?
Ça serait malheureux si nous étions là pour plaire ! Des yes-men, il y en a suffisamment parmi les ministres, les dé-putés et les visiteurs d?un jour.
Ni le Premier ministre, ni le ministre des Finances, n?ont trouvé le ton juste pour convaincre du bien-fondé de la réforme économique. Cela vous interpelle ?
Je suis assez d?accord. On a peut-être été trop technique autour du budget. L?opposition s?est engouffrée dans la brèche avec démagogie. Ceci dit, les remous actuels ont poussé Sithanen à mieux communiquer. Je l?ai trouvé excellent ces derniers temps.
Cette sacro-sainte « démocratisation de l?économie » reste quand même un message obscur aux yeux de l?opinion publique. N?avez-vous pas un devoir de parler vrai ? L?obligation d?être concrète ?
Tout à fait. Je pense que nous sommes en train de rectifier le tir. Tardivement, mais nous le faisons.
Pourquoi employer un mot qui ne correspond pas à la réalité et qui renforce l?idée qu?il s?agit d?un slogan creux ? « Démocratisation », franchement?
Je reconnais que c?est un terme technique qui n?est pas suffisamment parlant. Certains politiciens n?ont pas osé descendre sur le terrain. Il est de bon ton d?être populiste, mais quand il s?agit d?aller défendre une réforme aussi importante que ça, là, c?est une autre histoire. Il y a peut-être eu un manque de courage politique pour aller expliquer concrètement aux gens la réforme.
Terminons avec un questionnaire « Point conseils ». Que conseilleriez-vous au Premier ministre ?
De descendre plus souvent sur le terrain. Et d?écouter sans intermédiaire ce que les gens ont à lui dire.
Au chef de l?opposition ?
De redevenir offensif à la rentrée parlementaire.
À Dinesh Ramjuttun ?
Aucun conseil.
À votre mère ?
Qu?elle arrête de se faire du souci pour moi.
Au patron de la MBC ?
De faire son autocritique.
Que conseilleriez-vous à ceux pour qui la rétention de l?information est une forme de constipation du savoir ?
De prendre un laxatif.
À ceux qui pensent que la communication politique, c?est du vent ; mais du vent qui fait tourner le moulin ?
Je leur dirais de relire Don Quichotte.
À ceux qui disent que les femmes souhaitant être les égales des hommes manquent sérieusement d?ambition ?
Nous sommes largement supérieures aux hommes, la question ne se pose pas.
Quel conseil vous donneriez-vous ?
Rester la femme que je suis et ne jamais céder sur mes principes.
BIO EXPRESS
● Née le 16 mars 1965, à Port-Louis.
● Maman d?une petite Alizé (7 ans).
● Diplômée en droit et en commerce international.
● Formée à la Réunion, où elle a travaillé 12 ans.
● Signe particulier : passionnée de trekking et de course en montagne.
SES 5 DATES
■ 1789. Déclaration universelle des droits de l?homme et du citoyen.
■ 1962. Mariage de ses parents. « Ma genèse à moi ».
■ 1969. Suit à la télévision les premiers pas de l?homme sur la Lune.
■ 1998. La France est championne du monde de football.
■ 2000. Naissance de sa fille.
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